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Pourquoi François Hollande rompt avec le multiculturalisme

dimanche 22 janvier 2012, par Nathalie Krikorian-Duronsoy

En souhaitant inscrire dans la constitution, le principe de laïcité, le candidat à la présidentielle enterre un courant fort du PS né dans les années 80

Dimanche 22 janvier 2012, pour tous les militants socialistes, « ite missa est » : fin du discours du Bourget. L’ensemble des commentateurs politiques semblent s’accorder sur un point : le candidat François Hollande a tenté, et semble-t-il réussi, à franchir une marche dans sa lente ascension à la posture d’un présidentiable digne de ce nom.
Parmi les thèmes traités, il est une mesure qui retient toute notre attention car elle conduit à une interrogation de fond sur les fameuses questions culturelles que le candidat semble s’être décidé à saisir à bras le corps. C’est que l’enjeu est de taille : il en va de la lente déréliction de l’électorat des classes populaires vers Marine Le Pen. Ainsi, sous la présidence Hollande, la laïcité, plus exactement la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, sera inscrite dans la constitution.

L’arrivée de Marine Le Pen aux manettes a donné un coup d’accélérateur à la volonté de conquête du pouvoir du FN, devenu défenseur d’une unité pas seulement nationale, mais aussi, républicaine. Se réclamer de la laïcité s’est pour Hollande une manière de contre-attaquer, afin, il était temps, de récupérer l’un des grands idéaux de la République laissés en jachère par ses héritiers naturels, les socialistes.

Les premières années du septennat mitterrandien furent, au sujet de cet abandon, décisives. A l’époque, « l’idéologie immigrationiste de gauche », nourrie de l’éloge culturel des différences, conduisit le PS à refuser, au nom du progrès, l’intégration républicaine des populations immigrées, considérant que l’idée même relevait du racisme et de la xénophobie et manifestait une forme de national-républicanisme aux relents traditionalistes. Le progrès culturel et politique pour la gauche, c’était l’ouverture des mentalités à d’autres cultures que le relativisme ambiant, hérité des critiques post-colonialistes, désignait comme toutes également dignes de respect. Depuis lors, PS en tête, la gauche n’a guère varié de ses positions : diversité contre unité, identités particulières contre identité collective de l’individu, multiculturalisme religieux contre laïcité.

Se réclamer de la laïcité c’est pour Hollande une manière de contre-attaquer le Front National de Marine Le Pen... et une tendance forte du PS

Mais depuis plusieurs mois, de nombreux intellectuels proches du PS se manifestent, multipliant, livres, notes et rencontres, auprès du candidat Hollande afin de l’alerter sur les causes de la fuite du « vote populaire » et l’amener à prendre position [1].
Si la volonté exprimée aujourd’hui, en forme de scoop, de la part du candidat socialiste de faire inscrire, dans la Constitution, la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat s’apparente donc à une contre offensive visant les débats sarkozistes sur « l’identité nationale », elle affiche surtout une rupture radicale avec ce que furent, à l’égard de la laïcité, les politiques de la gauche, depuis les années 80, jusqu’à nos jours.

A entendre quelques-un de ses lieutenants, il s’agirait moins cependant de rompre avec les positions multiculturelles officielles du PS, développées encore tout récemment par son think tank « Terra Nova » [2], que d’éviter un 2002 à l’envers, d’où le candidat selon eux, ne sortirait pas forcément victorieux.


Repères :

Nathalie Krikorian-Duronsoy, philosophe des idées, rejoint la rédaction des Influences.fr. Il s’agit de son premier article.


[1De l’excellente enquête d’Alain Mergier sur « les ressorts du vote FN en milieu populaire »édité par la Fondation Jean Jaurès au « Plaidoyer pour une gauche populaire » (Le Bord de l’eau, 2011) réunissant les analyses de plusieurs intellectuels proches du PS, rien n’aura été ménagé pour pousser le candidat socialiste vers la prise de conscience de l’urgence à agir. Voir également sur ce point l’excellente analyse de Laurent Bouvet : « Le sens du peuple. La gauche, la démocratie, le populisme » (Gallimard/Le Débat), sorti ce 19 janvier.

[2Publiée en mai 2011, la note de Terra Nova : « Gauche, quelle majorité électorale pour 2012 » préconisait aux instances dirigeantes du PS de s’appuyer sur « une stratégie des valeurs » afin d’attirer « les diplômés, les femmes, les jeunes » et « tous les non-catholiques, (...) les individus d’autres religions composés à 80% de musulmans (...) enclins à voter à gauche ».


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