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Pourquoi Moscou reconnaît sa responsabilité dans le massacre de Katyn

samedi 27 novembre 2010

Selon La Revue des deux mondes, cet aveu officiel participe du nouveau soft power russe auprès de ses anciens pays satellites.

"C’est vraiment une question de conscience, après tant d’années de dénégation et de silence, que de faire une telle déclaration qui referme ce chapitre de notre histoire", a déclaré Konstatin Kosatchiov, président de la commission des Affaires étrangères de la Douma (Chambre basse du parlement russe). "Les députés de la Douma d’Etat tendent la main de l’amitié au peuple de Pologne et espèrent que cela ouvrira une nouvelle ère dans les relations entre nos deux pays".
Cinquante années de chape de plomb viennent d’être définitivement détruites. Certes, les documents et la parole semi-officielle attestant de la responsabilité de Moscou dans les exécutions sommaires de plusieurs milliers d’officiers polonais au printemps 1940, près de Smolenk, étaient connus depuis les années 1990 par les chercheurs et les diplomates, mais ce vendredi 26 novembre 2010, la Douma a voté par 342 voix sur 450, une résolution précisant l’implication personnelle de Staline dans le massacre de Katyn (Pologne). Moscou, jusqu’en 1990, se tenait à la thèse des tueries d’officiers polonais par les nazis, et non par le NKVD, la police secrète soviétique.

Une note de Beria signée par Staline

Le pouvoir russe n’hésite plus à ébrécher la légende du "petit père des peuples". Les archives secrètes du Kremlin "apportent témoignage que le crime de Katyn a été commis sur les ordres directs de Staline", est-il dit dans cette résolution diffusée en ligne (www.duma.gov.ru).
Depuis avril dernier, une autre source officielle, celle des Rosarchiv (archives nationales) diffusait en ligne un document majeur : cette note du 5 mars 1940 émanant de Beria, chef du NKVD, et signée par Staline ainsi que par trois autres membres du Politburo, qui ordonne l’exécution des nationalistes et des contre-révolutionnaires polonais.

Les officiels polonais ont salué ce vote. "Ce geste confirme qu’on ne peut plus revenir en arrière dans le dialogue entre les nations russe et polonaise, un dialogue fondé sur la vérité", s’est réjoui le ministère polonais des Affaires étrangères.
Le gouvernement polonais espère que le président russe Dmitri Medvedev ne devrait pas venir les mains vides lors de sa venue à Varsovie le 6 décembre. Les autorités polonaises espèrent recueillir d’autres documents déclassifiés.

Le levier diplomatique de Katyn

Dans la dernière livraison de La Revue des deux mondes, qui s’intéresse aux nouveaux espaces de la Russie, les experts et les chercheurs indiquent que le "soft power" de Moscou est de retour. Ce rapprochement mémoriel sur Katyn avec la Pologne n’est pas une coïncidence. Selon l’ancien diplomate et banquier, François Bujon de L’Estang, la Russie est en quête d’une parité avec les Etats-Unis, se rapproche de la Chine et personnalise ses rapports avec les Etats européens plutôt qu’avec l’Europe. Dans cette visée, la Pologne, ancienne démocratie populaire indocile, est un partenaire de choix. La commémoration de Katyn, en avril dernier, a constitué un puissant levier diplomatique. Le crash de l’avion présidentiel, survenu lors de cette manifestation et qui a coûté la vie au président Kaczynski a également contribué à un rapprochement russo-polonais, le Kremlin exprimant repentance, condoléances et sympathie.


Repères :

A lire
La Revue des deux mondes, octobre-novembre 2010, 13 euros- En librairie
www.revuedesdeuxmondes.com


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