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Saul Alinsky, de la sociologie d’Al Capone à l’auto-organisation des pauvres

lundi 7 mai 2012

La revue des Livres consacre un long article à ce sociologue hors normes qui a inspiré Hillary Clinton, Barack Obama et de nombreux travailleurs sociaux du monde entier

La revue des Livres, bimestriel des pensées critiques piloté par les éditions Amsterdam et Jérôme Vidal, consacre dans son numéro de mai-juin, un long article à Saul Alinsky (1909-1974). Alinsky ? « Un type a dit un jour que j’étais un marxiste, financé par les églises et qui reprenait les méthodes du gang d’Al Capone… Remarquez, je trouve le mélange intéressant… », s’amusait ce représentant emblématique de l’Ecole de sociologie de Chicago.

"Community organizing" et empowerment"

Dans cet article, justifié par réédition de "Etre radical" d’Alinsky, les sociologues belges Daniel Zamora et Nic Görtz présentent cette figure d’intellectuel actif de "la gauche de gauche" américaine fort mal connue en Europe, mais à laquelle se réfèrent volontiers Barack Obama et Hillary Clinton – qui, étudiante, y consacra une thèse –, ainsi que des travailleurs sociaux du monde entier. Le jeune chercheur Saul Alinsky étudia un temps la puissante mafia chicagolaise, et put interviewer pour son étude, Franck Nitti, le bras droit d’Al Capone. Curieux de tout, il entretint également une très longue correspondance avec le philosophe catholique français, Jacques Maritain – qui versera lui dans la nationaliste Action française. Mais, c’est une toute autre biographie intellectuelle qui l’a retenue à la postérité des intellectuels "radicaux" des Etats-Unis et le consacre grand architecte de l’auto-organisation des désorganisés. Dès les dépressives années 30, le chercheur devient plus militant. Sensibilisé aux luttes antifacistes de la vieille Europe et à la Guerre d’Espagne, Saül Alinsky ne se définissait pas comme "liberal" (gauche démocrate et réformisme social) mais plutôt comme "radical". Son approche pragmatique a forgé la notion de "community organizing" pour mieux affronter les phénomènes de désorganisation sociale, pointés par l’Ecole de Chicago, et le repli sur soi à l’oeuvre dans des quartiers pauvres et ghettos noirs tels que Backs of The Yards. En 1939, il y met sur pied, avec succès et notoriété, la première organisation communautaire. Ses talents de structuration et de tacticien s’inspirent et inspirent en retour des combats syndicalistes dont Chicago est coutumière. Visée d’Alinsky : le conflit comme source de l’"’empowerment", l’autonomie, la prise de pouvoir personnel par les ressortissants des classes (très) populaires elles-mêmes. "Il pense vraiment que les pauvres sans éducation ont le droit de décider comment mener leur vie au même titre que les riches" notait, en 1964, le journaliste Charles E. Silberman.

Zamora et Görtz voient un cousinage fort entre les méthodes d’auto-organisation et de praxis d’Alinsky et celles d’un pédagogue brésilien tel que Paolo Freire qui travailla, lui, à l’auto-organisation des femmes des favelas ou bien à l’alphabétisation des adultes comme constitution de "capacitation".
Sans toutefois être occultés, on regrettera parfois le zapping de faits et d’arguments qui auraient mérité d’être un peu plus fouillés sur la méthode Alinsky (risques de dérives racialiste, de démagogie et de populisme), mais l’article (comme le livre) vaut le détour. Stimulant.


Repères :

le 13 mai 2012 : Saul Alinsky, de la sociologie d’Al Capone à l’auto-organisation des pauvres

Voir également la première expérimentation des méthodes d’Alinsky en France : l’Alliance Citoyenne qui rassemble déjà plus de 200 citoyens de l’agglomération de Grenoble qui agissent à travers 5 campagnes d’action. voir www.projet-echo.org

- Projet ECHO

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