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Steeve Briois, le cobaye de Marine Le Pen

vendredi 11 mars 2011

Refusé par France Télévisions qui l’estimait trop « anxiogène », mais plébiscité par la politologue Nonna Mayer, un film documentaire « Au pays des Gueules noires », signé Edouard Mills-Affif filme au plus près la stratégie de conquête du Front National à Hénin-Beaumont. Les travaux pratiques de la génération Marine Le Pen.

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(Source : lavoixdunord.fr)

En 2007, le documentariste Edouard Mills-Affif, avant de se retirer au Canada où il travaille désormais, nous avait fait le récit de son tournage et de ces observations sur son tournage à Hénin-Beaumont.

« J’ai rencontré mon lascar grâce à un livre d’enquête de Claude Askolovitch, « Voyage au bout de la France. Le Front national tel qu’il est » (Grasset). Steeve Briois y était croqué, avec talent, comme un jeune loup frontiste, l’enfant du pays, petit-fils de mineur, avec une gueule d’avenir, un militant omniprésent sur le terrain, labourant sans répit une terre de gauche blessée. J’avais aussi épluché les résultats du 21 avril 2002 pour voir quel score avait fait Le Pen dans l’ex-bassin minier. Il était arrivé en tête dans 13 des 14 communes de la communauté d’agglomération d’Hénin-Carvin, avec des scores dépassant parfois les 30 %.

Aux législatives de juin 2002, Steeve Briois, tête de liste FN, avait fait 32 % au deuxième tour. J’ai alors eu le réflexe, tout bête, de me dire : il faut que t’ailles sur place voir ce qui s’est passé et essayer de comprendre quelque chose à cette mystérieuse percée du FN dans le plus vieux bastion de gauche.

J’ai appelé le Front à Saint-Cloud, en demandant à la standardiste Eric Iorio, le secrétaire départemental du Pas-de-Calais (depuis Steeve Briois l’a remplacé à ce poste). Le compagnon de Marine Le Pen a tout de suite été coopératif et a accueilli avec beaucoup de bienveillance le fait que je m’intéresse à l’un des jeunes espoirs du Front et, qui plus est, un fidèle poulain de l’écurie Marine, la fille du chef. Je raccrochai avec, en poche, le numéro de portable de Briois et les encouragements de mon interlocuteur.

C’est avec la même courtoisie que m’a reçu Steeve Briois dans son petit pavillon, situé au cœur du quartier pavillonnaire d’Hénin-Beaumont, une ancienne ville minière de 26 000 habitants, à 10 km de Lens. Bruno Bilde, son conseiller politique et plus proche ami, profil étudiant à sciences-po, est présent lors de cette première rencontre. Un intérieur coquet, soigneusement ordonné, une grande salle de séjour avec baies vitrées, des murs couleur saumon, du carrelage blanc au sol, des peintures apaisantes représentant l’océan, des bateaux de pêcheur et des drapeaux tricolores flottant au vent. Une paire de pantoufles à côté du canapé et un jeune chien fou, « Picsou », qui vous saute dessus dès votre arrivée. Steeve Briois m’invite à m’asseoir et me propose gentiment un jus de fruit. Bruno Bilde nous rejoint à table.

En guise de préambule, je me présente. Je suis documentariste, fils de communistes, d’origine juive, de gauche et viscéralement anti-raciste. Ils sourient, en se jetant discrètement un regard complice. Ma franchise semble les amuser mais ne contribue pas à les rassurer. Briois se crispe. Il se méfie de moi. Je devine ses pensées : « Encore un journaleux venu pour nous descendre. » Je dévoile ma démarche : les suivre dans leur activité militante pour comprendre les clés de leur ascension électorale. Sans les mettre en joue et en respectant leur parole. Comprendre, voilà tout. Les comprendre sans se méprendre, sans se confondre avec eux. Les voilà à présent plus détendus, la tension baisse d’un cran. Bruno Bilde fait les éloges du documentaire de Moati sur la campagne présidentielle de Jospin, en 1995, et m’incite à m’en inspirer. A voir ses yeux pétillants, j’imagine qu’il se verrait bien dans le rôle du conseiller du prince, à la place de Séguéla. Et Steeve Briois superstar, figure de proue médiatique d’un FN light, relooké et propre sur lui. Je sentis, à cet instant, que mon projet commençait à les intéresser.

Un film de promo en quelque sorte, au service d’un candidat et d’une stratégie politique, visant à redorer l’image du Front national. Je venais manifestement à point nommé, ma proposition s’inscrivait de plain-pied avec leur entreprise de séduction et leur plan-médias. Après seulement deux heures de palabres, ils me donnèrent leur accord, en échange de ma promesse de leur montrer le film avant sa diffusion. On prit rendez-vous pour le lendemain, afin que je commence à les suivre dans leurs démarches militantes. Sur le palier, Bruno Bilde me salua d’une poignée de main en claironnant d’un air suffisant : « Vous verrez, ici, on n’a qu’à se baisser pour ramasser les électeurs ! »

Un souriant prédateur

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Edouard Mills-Affif (Extrait des Gueules Noires)

C’est le prédateur carnassier que je découvre ce matin-là dans les allées du marché d’Hénin. Steeve Briois, à l’élégance endimanchée, entouré de son carré de fidèles, s’avance entre les étals à la rencontre du chaland. Il distribue ses tracts, appliqué et souriant, serre toutes les mains, fait la bise aux mamies. « Bonjour, je suis Steeve Briois, candidat du Front national », répète-t-il en boucle, tel un bateleur inépuisable. A quelques rares exceptions près, les gens prennent le tract, les uns avec indifférence, les autres avec enthousiasme. Je suis surpris par l’absence de gêne devant la caméra de la part des badauds qui interrompent leurs courses pour discuter le « bout de gras » avec le leader local du Front national. Ils n’ont aucun complexe à s’afficher publiquement à ses côtés, ni à lui confier le plus naturellement du monde ce qu’ils ont sur le cœur. Avec ses airs de gentil garçon bien élevé, le jeune Steeve n’a aucun mal à faire accoucher les consciences, et surtout, à extirper les peurs. A l’évidence, il sait parler au peuple. Il en est issu. Il nage comme un poisson dans l’eau. Cela saute aux yeux.
Voici des bribes de dialogues, saisis au cours des déambulations de Steeve Briois dans le marché :
« une dame, la cinquantaine, plutôt aisée : C’est de pire en pire, il va falloir faire quelque chose… moi, je n’ose même plus sortir le soir avec tout ce qui se passe…
steeve briois : Ah ben, je peux vous dire que ce n’est pas prêt de s’arranger. Dalongeville [le maire d’Hénin] ne fait rien pour combattre la délinquance. Il a fait plein de promesses mais il n’en tient aucune. Les délinquants peuvent dormir tranquille, croyez-moi…
– au fait, je voulais vous dire, je suis la mère de Céline, vous étiez ensemble au lycée Darchicourt…
– Céline, Céline ?
– Céline Moreau
– Ah oui, bien sûr, Céline, comment va-t-elle ? Vous lui ferez la bise de ma part. Tenez, je vous donne mon calendrier des vœux 2003, il y a mon numéro de téléphone dessus, qu’elle m’appelle, cela nous donnera l’occasion de parler un peu. »

Bien accueillis chez les ouvriers

« un couple de retraités, anciens ouvriers : Vous pouvez pas imaginer monsieur Briois, on n’en peut plus. On ne rêve que d’une seule chose : déménager, partir. Cela fait plus de cinq ans que nos voisins nous font la misère et qu’on arrive pas à les faire déguerpir… Ce sont des cas sociaux. Moi, j’ai travaillé toute ma vie pour avoir ma maison et c’est nous qui devons partir, c’est un comble, tout de même…
un vieux militant du Front l’interrompt : Oui, je vois… toujours les mêmes ! De toute façon, on donne toujours raison aux assistés et on enfonce les honnêtes gens, que voulez-vous…
– On a écrit au maire trois fois pour lui demander d’intervenir. Il nous a jamais répondu…
Steeve Briois, exultant : Des histoires comme la vôtre, j’en entends tous les jours, madame. C’est scandaleux, il se moque des gens ! »

J’étais effondré à l’issue de cette promenade de santé. « C’est à chaque fois le même accueil ou je suis tombé sur votre jour de chance ? », leur demandais-je, en parvenant difficilement à dissimuler mon malaise.
– Bruno Bilde : Ici, on est très bien accueillis tout le temps, mais c’est particulier. Cela n’a rien à voir avec le Front dans le sud de la France. Ici, ce sont les anciens communistes et socialistes qui votent pour nous. La base socialiste est paniquée, déboussolée. Sur le plan des idées, on a déjà gagné, le peuple a nos idées. Le seul blocage qui reste, c’est que le sigle FN effraie encore. Mais c’est comme le mur de Berlin, ça va tomber. Et à Hénin, c’est en train de tomber. On est banalisés, on n’est plus des repoussoirs comme Le Pen, parce que les gens savent qui on est. Steeve est en permanence sur le terrain. Il connaît tout le monde. Personne ne refuse de nous serrer la main… sauf peut-être les communistes, et encore… Il n’y a plus de cordon sanitaire autour de nous.
– steeve briois : On n’a pas besoin de les convaincre, les gens. Il suffit de les écouter, de les faire parler. Avec les salopards et les tocards qui sont à la mairie, on ne peut que progresser. On a notre temps. Si c’est pas la prochaine municipale, ce sera la suivante, mais Hénin tombera de notre côté. Notre premier objectif, c’est de corriger notre image. En allant voir les gens, en faisant du porte à porte, en serrant des mains, en occupant le terrain, on leur montre qu’on n’est pas des méchants fascistes, des horribles racistes.
– bruno bilde (avec un petit sourire ironique) : Vous savez, c’est pas sorcier, on fait ce que la gauche faisait avant, rien de plus… »

Dans un bastion communiste

Lors de notre première rencontre, Steeve Briois m’avait parlé de ces cités populaires, anciens corons, hier bastions communistes et socialistes, aujourd’hui basculant de plus en plus vers le FN. Je voulais vérifier, en avoir la preuve. Nous sommes donc allés ensemble à la cité d’Arcy, située à l’extérieur du centre-ville, sur la route de Drocourt, en direction d’Arras. Je conduis, Briois me guide. Bilde, assis sur la banquette arrière, prend soudainement un air inquiet :
« Où c’est que tu veux aller pour faire ce porte à porte, Steeve ?
– Ben, à d’Arcy…
– Mais t’es complètement fou, d’Arcy, c’est un fief à Dalongeville, on va se faire allumer…
Steeve, agacé : Ecoute, hein, Monsieur [le monsieur, c’est moi] veut voir des bœufs, il va en voir ! »

Dans ces petites maisons, anciennement propriété des Houillères, vivent essentiellement des veuves de mineurs silicosés, des familles d’ouvriers de l’automobile (Renault-Douai) et de la métallurgie (Métaleurop), quelques contremaîtres et techniciens de l’industrie, ainsi que des chômeurs.

Briois, un bloc-notes à la main, s’avance vers un quinquagénaire moustachu qui sort de sa voiture :
« Bonjour monsieur, je suis Steeve Briois du Front national. En tant _ qu’élu du conseil municipal, j’ai le devoir de rencontrer les gens pour savoir ce qu’ils pensent et connaître leurs problèmes au quotidien.
– Moi, le problème, c’est les gens qui roulent à toute vitesse la nuit, ça nous réveille. Le week-end, il y a un défilé, là derrière, et puis ils font leurs trafics, avec leurs casquettes en biais.
– [rires] Oh oui, on voit qui… Bon, je vais faire un courrier à Monsieur le maire pour qu’il installe un ralentisseur.
– Vous savez, moi, j’ai été cambriolé en 97. La police est venue une heure et demi plus tard.
– bruno Bilde intervient : De toute façon, à l’heure actuelle, on a à faire à une police administrative, ils ne sont plus sur le terrain.
– Steeve Briois  : Il faudrait installer des caméras de surveillance dans toute la ville, notamment sur le parking de la gare. [le quartier de la gare est un quartier avec une majorité de logements vétustes, habités essentiellement par des familles immigrées.]
– Bruno Bilde : Ah oui, le quartier de la gare, cela devient Chicago…
– Le monsieur moustachu : Je ne suis pas raciste… enfin si, mais jusqu’à un certain degré…
– Bruno Bilde l’interrompt : Vous savez, monsieur, ils sont plus racistes que vous et moi. Certains immigrés ont la haine de la France. Quand on voit qu’ils brûlent le drapeau français.
– Le moustachu : Venez le vendredi soir, ils roulent à 120 sur cette route. Ils font crisser les roues. C’est toujours les mêmes avec leurs casquettes en biais. C’est des dealers. Je me demande comment ils font. Ils achètent des maisons, roulent avec des grosses voitures…
– Steeve Briois : Ah ben, c’est tout simple, hein… [une dame d’un certain âge passe à ce moment-là en bicyclette] Un beau sac… [rires] et puis les allocations. »

Ne s’accordant aucun répit, les deux compères se précipitent vers la maison d’à côté. Ils sonnent. Une vieille dame, revêtue d’un tablier à fleurs, ouvre, s’essuie les mains avec un torchon, sourit :
« Bonjour messieurs !
Bonjours madame, Steeve Briois, élu du Front national. En tant qu’élu, j’ai le devoir, patati, patata…
– Oh moi, ça va à peu près, je suis veuve de mineur, j’ai la pension de mon mari.
– Vous arrivez à vous en sortir avec votre pension ?
– Oh, c’est pas facile, je n’ai que 3 000 francs vous savez…
– On ne peut pas vivre dans ces conditions, c’est pas possible. Ce sont les gens qui ont le plus trimé dans leur vie qui sont le moins récompensés. Vous n’avez qu’à voir Metaleurop… Oui, et puis ils sont licenciés sans rien, sans indemnités. Vous savez, quand ils trouvent de la main-d’œuvre moins chère dans d’autres pays… Ce sont les actionnaires qui décident de tout, cela se passe au niveau mondial, avec des sociétés apatrides. Bon, on va vous laisser déjeuner tranquillement, tenez, je vous laisse mon calendrier. Au revoir, madame ! »

Nouvelle poignée de main chaleureuse. Steeve, le bateleur, continue de frapper aux portes, tandis que Bruno, l’expert, fait les cent pas sur le trottoir d’en face, le téléphone portable vissé à l’oreille.
Un trentenaire barbu et corpulent sort de chez lui. L’élu FN ­l’accoste, se présente et amorce la conversation en évoquant les « fausses factures du maire ». Pour cet ouvrier-cariste à Renault-Douai, le problème majeur se situe autre part : « J’ai des amis qui demandent un logement, ils travaillent et la mairie en donne aux étrangers et pas à eux. Y’en a marre, il faut que ça change ! »
« Et une voix de plus ! », minaude Steeve Briois, juste après avoir salué le monsieur et tourné les talons, avec l’air conquérant du VRP qui vient de décrocher un contrat.

Un challenge

La veille de mon retour sur Paris, après deux semaines de repérages, je demande à Steeve Briois un entretien en tête à tête. Je veux savoir ce qui l’anime dans la politique. On marche côte à côte dans les rues d’Hénin, sous un soleil d’hiver aveuglant, jusqu’à un estaminet vieillot, « Le Relais Café-Tabac-Presse ». Briois pousse énergiquement la porte d’entrée, commence par saluer la patronne, serre la louche à tous les consommateurs le long du zinc, y compris au père de famille maghrébin, seul devant son café noir au bout du comptoir. On s’assied à une table à l’écart. Avant de devenir un professionnel de la politique et d’être élu, en 1998, Conseiller régional, Steeve Briois était représentant commercial. Il vendait des abonnements à la télévision par câble en porte à porte. Je lui demande ce qui lui plaisait dans ce métier :
« Ce qui me plaisait, c’était le contact. On entre dans la vie des gens, on voit à qui on a à faire. Je suis naturellement curieux des autres. J’aime les ragots, les anecdotes. Vous rentrez dans l’intimité des gens, on appartient un peu à tout le monde, on est partout chez soi. En écoutant les problèmes des gens, ils vous accordent plus de confiance, alors que si vous arrivez en disant “ je suis le meilleur”, c’est nettement moins productif.
– C’est pareil qu’en politique ?
– Oui, évidemment ! La bonne méthode pour gagner une mairie, par exemple, c’est de ne pas se couper des gens, être en permanence à l’écoute.
– La politique, c’est une forme de commerce ?
– La politique, c’est vendre un idéal. Quand l’idéal s’appelle Front national, c’est peut-être plus dur à vendre, on a un boulet au pied au départ avec le logo FN, mais cela devient un challenge. Ici, on vend du Le Pen. On fait de la publicité comparative : il y a des périodes de soldes, des têtes de gondole pour attirer le chaland. La politique, c’est du marketing, je n’y peux rien, c’est la société qui est comme ça. La différence avec le commerce, c’est que nous, ce qu’on vend, c’est gratuit. La seule chose que je demande aux gens, c’est de se déplacer le dimanche matin pour aller voter, c’est tout. C’est une sorte de contrat de confiance entre les électeurs et nous. Moi, j’ai envie de dire aux gens : “Essayez-nous !” Et l’essayer, c’est l’adopter, comme dit la publicité. Pour y arriver, il faut absolument qu’on corrige notre image et qu’on prouve aux gens que la maison-mère [le Front national] est normale. Si on gagne la mairie, cette ville sera une vitrine. On commence par Hénin, puis après on prend le canton, la circonscription et ainsi de suite. Pour faire tâche d’huile, il faut d’abord se concentrer et mettre toutes nos forces sur un seul endroit. »

A près une heure de discussion, Steeve Briois m’annonce qu’il doit partir. Il est déjà en retard à son prochain rendez-vous. On se lève, il refait un tour de poignées de mains, en veillant une fois de plus à n’oublier personne. Deux quinquagénaires, accoudés au zinc devant un ballon de blanc, l’interpellent :
« Vous savez monsieur Briois, vos idées sont bonnes, on est d’accord avec tout ce que vous dites. Le problème, voyez-vous, c’est le mot Front national… ça nous gêne ! Vous pourriez pas changer de nom, non ? Ça vous ferait gagner des voix, je vous assure, la mienne par exemple…
– Ecoutez, monsieur, je suis désolé, je dois partir, je suis très en retard, mais je vous donne mon calendrier, il y a mon numéro de téléphone, là, appelez-moi, on se voit et on prend le temps de discuter. Vous m’appelez, hein ? Allez, à bientôt ! »

Je comprenais mieux, à présent, pourquoi Eric Iorio et l’état-major du Front national avaient été si coopératifs avec moi, dès les premiers contacts. Le bassin minier, c’était leur nouveau pays de cocagne, leur petit coin de paradis, leur Vitrolles du Nord. Avec ses 25 % de chômage, ses usines qui ferment les unes après les autres, et ses partis de gauche en déclin, le pays des gueules noires était un terrain de chasse idéal pour ces prédateurs en bras de chemise, ainsi qu’un gigantesque laboratoire pour roder le discours sur l’insécurité sociale, le tout nouveau fonds de commerce du FN.
Avec son sourire d’ange et ses faux airs de gendre idéal, Steeve Briois était d’autant plus dangereux qu’il ne faisait même plus peur. Il incarnait à merveille la stratégie de Marine Le Pen, visant à donner du FN, une image respectable.

Voilà pourquoi depuis deux ans, le service de presse du FN tente systématiquement de diriger les journalistes vers Hénin-Beaumont. Le sud de la France n’est plus la seule vitrine du Front national.
J’étais décidé à revenir dans le bassin minier, mais cette fois, armé d’une caméra, pour faire le récit de la fulgurante ascension de l’extrême droite dans une région au bord du gouffre.

J’avais déjà en tête un titre pour ce film : Au pays des gueules noires, la fabrique du Front national. 


Repères :

Edouard Mills-Affif est l’auteur d’un film documentaire, Au pays des gueules noires, la fabrique du Front National (52’), encore inédit à la télévision française. 20 € + 3 € de frais de port.
contact@lesfilmsducyclope.fr
51, boulevard de Belfort- 59 000 Lille

Précis et d’une franchise à couper le souffle, ce film retrace la stratégie ouverte de Steeve Briois pour s’emparer de la mairie d’Hénin-Beaumont aux municipales de 2007. Le film en VHS (85’) est assorti de deux entretiens, le premier avec Nonna Mayer, politologue, directrice du CNRS-Cevipof et auteure de Ces Français qui votent Le Pen (Flammarion) et René Monzat, journaliste spécialiste du FN.


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