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Sudhir Hazareesingh, un pense-bête pour les intellectuels français

vendredi 4 décembre 2015

Pourquoi nous aimons son essai, Ce pays qui aime les idées

Histoire des idées.L’encouragement le plus réjouissant de l’année nous vient d’Oxford. Sudhir Hazareesingh, historien britannique des idées, est comme un merveilleux Jiminy Cricket qui regarderait avec bienveillance, mais un peu navré quand même, l’actuelle mêlée confuse des intellectuels français. Originaire de l’île Maurice, il fut captivé gamin par l’émission Apostrophes, efficace machine à distiller de l’esprit français. Depuis, il est devenu un parfait « intellocrate » parisien qui fréquente régulièrement, instituts, revues, coulisses de prix littéraires, maisons d’édition et réseaux de chercheurs. Il est aussi l’auteur de livres de référence sur le mythe gaullien, Napoléon ou les francs-maçons sous le Second Empire.

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Sudhir Hazareesingh

Pourtant, nous avons bien manqué de passer à côté de son dernier essai, diffusé en juillet. Le titre français, Ce pays qui aime les idées, nous paraissait d’une trop grande flatterie et promettait l’ennui de la fadeur, mais celui de la version publiée chez Penguin Books nous paraît bien plus passionnant et juste : How the french think. Comment pensent les Français donc ? Mais la ­promesse était tempérée, deuxièmement, par la couverture. Elle figure un ancien-nouveau philosophe, grand col large ouvert et cigarette grillée façon sartro-bartho-malrucienne, et a été comme un visuel urticant pour beaucoup d’entre nous : le PIF serait donc réductible à la seule figure import-export de BHL ? Alors ?

" Dans cette dérive vers un nationalisme xénophobe et larmoyant, Finkielkraut illustre à quel point le déclinisme ambiant a corrompu l’héritage rousseauiste et républicain de la pensée française. "

Eh bien, outrepassant ces deux fautes de goût, et dès les premières lignes, nous avons été happés. L’approche de Sudhir Hazareesingh agit comme un euphorisant en ces temps troublés. Certes, le dernier chapitre et la conclusion de ce fin connaisseur de la France gâchent un peu la fête. Il ne cache ni ses peurs ni ses répulsions face au repli d’un pays qui connut la flamboyance de l’universalisme. « La neurasthénie s’est emparée de la France  » dépeint l’historien qui regrette que même les intellectuels réactionnaires n’écrivent plus que pour un strict lectorat franco-français. La tentation du repli généralisé l’attriste. Le type de raisonnement d’un Alain Finkielkraut l’accable : « dans cette dérive vers un nationalisme xénophobe et larmoyant, Finkielkraut illustre à quel point le déclinisme ambiant a corrompu l’héritage rousseauiste et républicain de la pensée française.  »

Mais lui rappelle aussi que le débat peut exister dans ce pays, spontané, passionné, clair. Il souligne également que les « intellectuels de gauche » n’éclairent plus grand monde, qu’ils ont baissé la garde devant les « antimodernes » et le rouleau compresseur des visions les plus anxieuses, et se sont repliés sur leur petite rente de recherche.
Sudhir Hazareesingh raconte par toute une série d’exemples avec brio, minutie, humour, combien l’influence de la France a pesé dans la pensée moderne. Se penchant là sur l’odyssée du crâne de Descartes, inspectant ici la dimension mystique des idéologies politiques, la variété des paysages utopiques, réfléchissant sur la french theory ou encore l’art français de s’indigner, ce livre éclaire sur l’angoisse diffuse du déclin qui ronge et asphyxie ce pays dans la mondialisation.

«  À l’aube d’un nouveau millénaire, malgré leur fragilité croissante, les Français demeurent un peuple intellectuel, lyrique et pugnace, énergique et impatient, empli de générosité, de fierté et d’un insatiable désir de perfectibilité. Mais ils sont également déchirés entre de multiples contradictions  » écrit l’auteur qui n’aura pas pu intégrer dans son livre les attentats terroristes de Paris.
Cet essai est pour nous comme une borne-mémoire. Ce pays aime sans doute les idées, mais il n’est plus le seul. Les pensées et les sciences sociales postoccidentales sont sérieusement à l’œuvre. Qui s’y intéresse en France ? C’est peut-être par sa réouverture au monde que ce pays retrouvera le goût des idées, et l’une des premières places. Il faut écouter Sudhir Hazareesingh, et bien d’autres amis du monde entier.

Voilà pourquoi la rédaction de la revue Panorama des idées vient de lui attribuer son Grand prix du livres d’idées 2015.


Repères :

- Sudhir Hazareesingh, Ce pays qui aime les idées, Flammarion, juillet 2015.

- Dans le N°6 de notre revue Panorama des idées (décembre-février 2016), nos 25 essais 2015 recommandés. Disponible en librairie, par abonnement ou en vente ici : http://boutique.lemieux-editeur.fr


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