Tariq Ramadan, animateur d’une émission financée par le gouvernement iranien

Le 25 août 2009, par Emmanuel Lemieux

Sa participation à la chaîne Press TV lui vaut une rupture de contrat de conseiller à l’intégration auprès de la mairie de Rotterdam.

#Iran #Islam #Press TV #Tariq Ramadan

Viré de sa chaire « Citoyenneté et identité » qu’il assurait avec un certain succès quatre jours par mois. L’université Erasmus et la mairie de Rotterdam ont annoncé de concert, le 18 août, qu’elles mettaient fin, avec effet immédiat, à leur contrat les liant à l’intellectuel musulman Tariq Ramadan, d’une part en tant que professeur invité et d’autre part, au titre de conseiller de la municipalité sur les questions d’intégration depuis janvier 2007. Il ne sera plus chargé de « stimuler » le débat sur l’immigration ou de « jeter des ponts » vers la communauté musulmane dans la deuxième métropole néerlandaise.

Ses interventions et son attitude auront contribué à semer la zizanie dans l’équipe municipale à l’équilibre politique fragile, et à gêner un peu plus son maire social-démocrate et premier édile d’origine étrangère, Ahmed Aboutaleb, qui avait hérité de cette figure controversée.

Cette fois, Tariq Ramadan n’a pas trouvé de soutien, et ses employeurs n’ont pris ni gants ni temps. Des collègues de l’université Erasmus ont protesté contre cette éviction, mais rien n’y a fait. Le professeur Ramadan, qui réside à Londres, a promis de faire étudier les conditions de ce licenciement abrupt par son avocat. Au centre des débats, ne devraient pas manquer de ressurgir le salaire conséquent (27 500 euros/an pour quatre jours de présence par mois) et les piètres résultats de ses interventions.

Que lui est-on reproché ? Cette info débusqué par le site néerlandais ScienceGuide, le 12 août dernier : Tariq Ramadan collabore depuis avril 2008 à Press TV , comme animateur de l’émission "Islam & Life", une aimable et ennuyeuse émission sur les facettes de la vie quotidienne et les différentes interprétations de l’islam. Or cette chaîne anglophone est financée par le gouvernement iranien.

« Une relation indirecte avec un régime répressif »

Difficile de dissimuler une telle collaboration. Mais vu le contexte actuel du régime de Téhéran, les employeurs du conseiller Ramadan ont vivement réagi : « Cette relation indirecte avec ce régime répressif, ou simplement l’apparence qu’il y est associé, est inacceptable » a déclaré la mairie de Rotterdam.

Pour sa défense, Tariq Ramadan s’est borné à indiquer au Monde qu’il « n’avait jamais soutenu le régime iranien ». Il est vrai que depuis les tensions post-électorales à Téhéran, le collaborateur de Press TV n’a jamais manifesté un mot plus haut que l’autre vis-à-vis de son employeur, et n’a pas non plus songé à interrompre son animation.

Aux yeux de ce prédicateur et demi-clerc de l’islam, il est essentiellement victime d’une ambiance politique : « la fragilité de l’exécutif municipal, dominé par des partis de gauche, alors que les élections locales de 2010 approchent et que le parti islamophobe du député Geert Wilders a fait un très bon score à Rotterdam aux élections européennes, en juin. » Rotterdam compte 49% de résidents d’origine étrangère.

Ramadan et la communauté gay

Le feu couvait déjà depuis le début de l’année. Tariq Ramadan avait été au centre d’une polémique au sujet de propos tenus sur les homosexuels. Le magazine militant « Gay Krant » l’avait notamment épinglé dans son édition du 21 mars, reproduisant des propos enregistrés à caractère homophobe que l’islamologue suisse aurait tenu sur cette orientation sexuelle que l’islam réprouve parce qu’il s’agit là d’« un dérangement, un dysfonctionnement, un déséquilibre ». Ne niant pas qu’il est opposé à l’homosexualité, Tariq Ramadan s’était insurgé contre la version du magazine, l’accusant d’un montage de propos sortis de leur contexte.

On lui a reproché également ses propos sur les femmes. Des propos pourtant récurrents dans les nombreux livres de Tariq Ramadan, recommandant la « sobriété » aux jeunes filles.

L’université avait malgré tout décidé de prolonger son contrat jusqu’à février 2011. Comme les soutiens écolos de Tariq Ramadan, et notamment Rik Grashoff détenteur du portefeuille de l’intégration, menacèrent de démissionner, la municipalité préféra étouffer cette pénible affaire. Mais c’est un autre parti qui rompait alors le pacte municipal. Les deux adjoints au maire du Parti Libéral pour la Liberté et la Démocratie (VVD) ont tiré leur révérence, ramenant la coalition à une seule voix d’écart avec l’opposition (soit 23 sièges sur 45). En difficulté, le maire Ahmed Aboutaleb a préféré réagir le plus vite possible.

Intégration ou communautarisme anglo-saxon

Le départ de Tariq Ramadan pose néanmoins un vide stratégique et conceptuel en matière d’intégration des populations musulmanes. Que compte faire désormais la municipalité de Rotterdam ? La figure même discutée de cet islamologue, petit-fils du fondateur des Frères Musulmans égyptiens, encourageait pourtant les tenants de la voie libérale : celle d’une communautarisation dans la société néerlandaise sous la tutelle de l’islam et des préceptes de la charia.

Tariq Ramadan, controversé en France et aux Pays-Bas, l’est beaucoup moins dans le monde anglo-saxon. La revue américaine Foreign Policy l’a répertorié parmi les 10 intellectuels les plus influents de la planète.

Dès le 1er septembre, il inaugure à l’université d’Oxford, une chaire d’études islamiques. Financée par le Qatar cette fois.




Poster un nouveau commentaire


Le Caoua des idees L'article du jour
L'Europe en livre. 1/12 L'idée : Dans Carnets de la Strandja (Buchet-Chastel), le journaliste Alexandre Lévy explore une nouvelle frontière totalement inconnue des Européens, celle qui sépare les Bulgares des Turcs. Lire l'article

ABONNEZ-VOUS, C’EST NOTRE TOURNÉE !

Le Caoua des idées est notre projet de quotidien numérique des idées, disponible par abonnement, que nous lancerons en mars 2019.

En attendant, abonnez-vous gratuitement à notre newsletter : au fil des jours, vous bénéficierez en premium de nos contenus et découvrirez l’état d’esprit d’un beau projet éditorial.