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Titanic, ce que l’on mangeait avant le naufrage

vendredi 3 février 2012, par Les influences.fr

Dans la flopée de bouquins sur le centenaire du naufrage, un petit récit sort du lot : les cartes gastronomiques selon les classes sociales du bateau témoignent de la fin d’un monde

Les métaphores sur le Titanic ne se sont pas encore tout à fait installées dans la campagne présidentielle, mais gageons que d’ici au 15 avril 2012, anniversaire du centenaire du naufrage du paquebot au large de Terre-Neuve, les allusions devraient proliférer. Seul pour l’instant, le publicitaire sarkozyste Christophe Lambert y a plongé avec son Titanic 2012, à paraître le 22 mars.

Le réalisateur James Cameron ressort son film en 3D. En librairie, une vague grossit de témoignages (Nous étions à bord du Titanic ; Titanic, l’épopée écrite ; Les Enfants du Titanic) , d’expertises navales (Il était une fois le Titanic ; Titanic, le secret de la construction du titan des mers), de jeu de questions-réponses (Tout ce que vous avez voulu savoir sur le Titanic), de BD (Mystère et secrets du Titanic ; La Malédiction du Titanic) et de livres illustrés (Des vies dorées : le destin tragique des passagers de la première classe du Titanic).

Mais l’iceberg sur lequel s’est fracassé le paquebot ne figurait que la pointe émergée d’une mort de toute façon annoncée : à savoir la fin d’un monde social très typé et en apparence stable. C’est l’idée perspicace et excitante qu’a eu Xavier Manente, l’auteur de La Table du Titanic (Alma éditeur) en allant musarder dans les cuisines du paquebot. Il y en avait certes pour tout le monde, mais pas du tout de la même façon. Par exemple, les troisième classes, simples migrants, ne sont pas du tout mal traités, mais différenciés et pas au même niveau que les secondes classes, aux mœurs victoriennes qui à leur tour jalousent les comportements edwardiens de la haute bourgeoisie cosmopolite, comme on la qualifie à l’époque.

Les 11 plats des premières classes

Ce dimanche 14 avril 1912, à 23h40, nombreux sont encore les convives attablés à bord du Royal Mail Ship (RMS) Titanic. Dans ce décorum d’orgueil technologique et de cérémonial compassé tout à la fois, la haute bourgeoisie a le droit à son dîner, digne du Savoy, composé de 11 services !

La clientèle peut ainsi choisir son hors-d’œuvre (variés ou huîtres), son consommé (Olga ou crème d’orge), son poisson (saumon poché et sa sauce ou mousseline et concombres), son entrée (filet mignon Lili, sauté de poulet à la lyonnaise ou courgettes farcies), son relevé (gigot d’agneau et sa sauce à la menthe, caneton rôti et sa sauce aux pommes, aloyau de bœuf rôti, pommes de terre château, timbale de petits pois à la menthe, carottes à la crème, riz à l’eau, pommes de terre nouvelles à l’anglaise ou bien pommes de terre Parmentier), son punch ou sorbet, puis reprendre avec le rôt (pigeonneau rôti sur lit de cresson), sa salade froide d’asperges, sa viande froide (pâté de foie gras et céleri), ses entremets (gâteau Waldorf, pêches en gelée de Chartreuse, éclairs au chocolat et à la vanille, glace à la française), son dessert (assortiment de fruits frais et fromages, vin doux, champagne ou vin mousseux). Café et cigare ferment la cérémonie dînatoire.

Consommé de tapioca, sauce aux canneberges, sandwich à la noix de coco

Le menu de deuxième classe, même plus simple, est lui aussi soigné : consommé de tapioca, haddock au four sauce piquante, curry de poulet et riz ou agneau de printemps avec sauce à la menthe, dinde rôtie sauce aux canneberges, petits pois et purée de navets ou riz à l’eau ou encore pommes de terre rôties, plum-pudding ou gelée au vin ou sandwich à la noix de coco ou glace américaine, assortiments de fruits secs ou de fruits frais, fromages et biscuits, café.

"La troisième classe est traitée avec un respect nouveau, explique Xavier Manente, respect que la White Line Star entretient afin d’attirer et fidéliser les migrants qui composent une grande partie de ses passagers et lui apportent une grande part de sa rentabilité." Les voyageurs de troisième classe peuvent prétendre à un petit-déjeuner, déjeuner, thé et à cette heure du drame, souper frugal (ce qui est déjà un petit luxe comparé aux autres compagnies maritimes) composé de pain de gruau, de biscuits et de fromages.

Xavier Manente livre les secrets de recettes ou propose des adaptations au goût du jour ou en remplacement de produits qui n’existent plus. Il tient comme autant de rêveries statistiques, la liste des stocks de marchandises gargantuesques, les inventaires d’usages hors d’usage et les glossaires, les notes de services et les règlements intérieurs. Ce soir-là, un monde et ses saveurs ont été doublement engloutis.


Repères :

La table du Titanic, 40 recettes avant l’iceberg, de Xavier Manente, Alma Editeur, Paris, 200 pages, 17 euros.

www.alma-editeur.fr


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