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Transitions vers une "économie circulaire"

dimanche 22 septembre 2013, par Thierry Jeantet

A propos de la conférence environnementale pour la transition écologique

Le temps presse et l’on nous parle de transition énergétique. Pas de basculer d’un système à un autre. Bien sûr. Ce ne serait pas crédible ou alors trop brutal. Ou les deux. L’ambition est de passer d’une « société fondée sur la consommation abondante d’énergies fossiles, à une société plus sobre, plus écologique  » (cf. www.transitionenergetique.gouv.fr). En économisant l’énergie mais aussi en changeant de modèle de production et exploitation de l’énergie et de…modèle fiscal. Avec (notamment) la volonté de réduire l’émission de carbone. Qui ne souscrirait pas à de tels objectifs ?

Malheureusement encore trop d’Etats, soit officiellement soit officieusement, se tiennent à l’écart, voire y sont hostiles. Les conférences internationales sur le climat se sont succédé en affichant plus d’échecs que de progrès. La transition est à peine entamée. Les débats survenus en France ces derniers jours à propos du diesel montrent combien il est difficile d’avancer, d’effectuer des choix immédiats ; aussi de trouver les moyens d’infléchir le cours de la production comme de la consommation d’énergies : voie fiscale, voie financière, voie pour « l’encadrement »… ? Voie incitative ou voie répressive ?

Innover en politique n’est pas interdit… D’ailleurs des élus locaux, des associations ont déjà œuvré en ce sens sur tout le globe…

Au moment où les Etats commencent à revenir vers la prévision voire la planification, il serait sans doute temps dans un domaine aussi complexe que vital d’en appliquer les principes. Non pour garroter les acteurs économiques ou territoriaux ou les citoyens-consommateurs mais pour déterminer des « scénarios de progrès » et précisément impliquer les uns et les autres dans leur élaboration et leur application. La prospective peut donner naissance à des hypothèses et choix collectifs dynamiques. L’Etat ayant toujours une forte part dans de tels processus. Mais c’est un changement d’approche et de méthode, pour plus de démocratie et d’efficacité qui se révèle de plus en plus indispensable. Innover en politique n’est pas interdit… D’ailleurs des élus locaux, des associations ont déjà œuvré en ce sens sur tout le globe… (cf. notamment le numéro 3 de WE Demain sur l’Economie Bleue et les rapports de nombreuses ONG ).

La Conférence environnementale pour la transition écologique (20 et 21 septembre) française permet aux acteurs (Etat compris) d’aborder plus largement ce type de transition en dépassant la seule question des ressources et en développant des idées et initiatives à dimensions économiques vertes ou bleues. L’un des aspects intéressant de cette démarche concerne «  l’économie circulaire ». Ce n’est pas une découverte récente mais elle est de plus en plus comprise, admise, mise en œuvre. Ellen Macarthur (dans le numéro cité de WE) parle de deux filières : l’une biologique qui «  concerne les matériaux élaborés pour retourner dans le cycle naturel », l’autre dite «  technique » qui « englobe les produits manufacturés qui peuvent être reconditionnés ou déconstruits  ». C’est ce que l’on nomme par ailleurs «  l’écologie industrielle  » source potentielle importante d’emplois. L’Allemagne, la Hollande, la France, les USA s’y intéressent de plus en plus. C’est un des aspects d’une transition environnementale en marche. Timidement en marche. En effet elle se heurte aux vieux réflexes de « productivité pour la productivité » selon des critères éculés mais très prégnants. La nouvelle économie à tendance verte commence seulement à gagner ses galons d’économie efficace. Mais reconnaissons qu’il y a une autre raison : la transformation de l’économie peut dans un premier temps détruire rapidement des emplois alors même qu’elle va probablement en créer finalement beaucoup plus. Là encore faudra-t-il inventer de nouveaux modes de décision, préparation, formation, protection pour assumer les transitions utiles. Décidément la transition doit être sociale et pas seulement verte et bleue .

L’urgence n’est pas de saupoudrer le tandem capitalisme-libéralisme d’une poudre sympathique de « R.S.E » (Responsabilité Sociale et Environnementale) et de credos plus ou moins écologiques

Le temps presse et on n’ose pas nous dire franchement que capitalisme et libéralisme tentent d’organiser leur propre transition. Pourtant les nouveaux habits de ce couple vieillissant ne manquent pas :« économie raisonnée », « économie positive ». Les rapports ne manquent pas non plus pour valoriser les plans de ravalement du vieux modèle. Avec, mis en avant, un mixage dans lequel les promoteurs habiles mettent un peu « d’entreprises sociales », un peu « d’économie sociale », un peu de vert et une touche de bleu… Ce sont des modes cachant mal leurs véritables objectifs.
L’urgence n’est pas de saupoudrer le tandem capitalisme-libéralisme d’une poudre sympathique de « R.S.E » (Responsabilité Sociale et Environnementale) et de credos plus ou moins écologiques. Mais bien plutôt d’organiser le passage de cet ex-système dominant à un mode de fonctionnement des activités humaines tenant compte des critères du PNUD et de véritables engagements sociaux/environnementaux/de gouvernance démocratique.

Les politiques européennes et nationales doivent – au minimum – faciliter la synergie entre économie sociale et économie verte

La transition du « capitalisme d’hier » au « capitalisme corrigé » ne serait qu’un retour en arrière peu supportable. Car les fondements du capitalisme demeurant par définition les mêmes, les dégâts déjà provoqués seraient au mieux limités. Transition ne peut donc vouloir dire repousser éternellement les engagements à réaliser, ni se contenter d’aménager un modèle productiviste en voie d’usure. C’est pourtant ce qu’il nous est encore trop souvent proposé au nom d’un réalisme imaginaire. Le pragmatisme est au contraire du côté des vrais partisans de la transition. Donc de celle qui allie urgence sociale et urgence environnementale.

Il faut « enfoncer le clou » à ce sujet. Il est en effet essentiel mais insuffisant de mettre sous la lampe des conférences environnementales . Tant qu’il n’en est pas fait autant pour des conférences sociales largement ouvertes à tous les acteurs concernés (économie sociale comprise) ; c’est-à-dire qu’il leur ait été donné la même ampleur . Ceci que ce soit dans notre pays ou dans le reste de l’Europe et ailleurs . Sans nier, cela a été souligné précédemment, les efforts déjà accomplis en France en ce sens. L’enjeu est fort, il n’est pas uniquement national mais transfrontières. Les politiques européennes (quand il y en aura réellement…) et nationales doivent – au minimum – faciliter la synergie entre économie sociale et économie verte, bleue. La transition ne peut être que globale pour atteindre un but lui-même global : celui de modèles de croissance intégrant ces deux dimensions et celle de la gouvernance démocratique. Le moment est venu de plaider pour des transitions synergiques ne laissant aucune priorité de côté. Non seulement parce que l’ambition est de redonner la priorité à l’Homme autant qu’à la Terre mais aussi parce que sans citoyens actifs, partie prenante, les transitions énergétiques, environnementales, n’aboutissent jamais. La donne politique doit donc changer.

La lecture des rapports successifs du PNUD démontre que les pays qui progressent sont souvent ceux qui opèrent des transitions à la fois claires et déterminées

Le temps presse. La lenteur n’est pas à la hauteur. Elle ne correspond pas à la notion d’urgence évoquée précédemment. C’est là un avertissement que nous n’avons pas assez prononcé ou pas assez entendu. Nous en sommes collectivement responsables : simples citoyens, associatifs, entrepreneurs, syndicalistes… Sans nul doute a-t-il fallu avancer il y a quelques années par tâtonnements dans le dédale du vieux modèle économique mondialisé pour s’en dégager. Il nous a aidé en se fissurant de lui-même. Ce dont nous devons lui être reconnaissants ! La pression pour le conserver était puissante. Elle s’est affaiblie. Elle demeure. Avec pour conséquence la peur de paraître utopique ou seulement trop… pressé. Les gouvernements ont encore tendance à se brider attendant que les autres gouvernements bougent. L’Union européenne paralysée depuis de trop longues années ne donne pas le bon exemple.
La transition ou la combinaison de transitions doit être au contraire énergique. Transparente et participative aussi. La lecture des rapports successifs du PNUD démontre d’ailleurs que les pays qui progressent sont souvent ceux qui opèrent des transitions à la fois claires et déterminées. Mais encore trop peu souvent interactives et citoyennes.

Les politiques comme les forces sociales, syndicales, économiques sont mises au défi d’innover. Une autre passage est souhaitable : celle donnant une place à la démocratie ,directe, citoyenne.


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