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Troy Davis : "Dieu bénisse votre âme"

lundi 26 septembre 2011, par Alexandre Mathis

Troy Davis exécuté le 21 septembre 2011 à 22h50 en Georgie (Etats-Unis)
après vingt ans dans le Couloir de la mort

Des affaires de justice, parties d’un déclic infime, prennent la tournure d’un scénario qu’on pourrait croire être écrit par Fritz Lang. Dès que l’on glisse dans un engrenage fatal, la machine infernale ne s’arrête qu’à la fin. Troy Davis, un Afro-américain, aîné de quatre frères et sœurs, fils d’un adjoint du shérif de Savannah, vétéran de la guerre de Corée, et d’une infirmière, né en octobre 1968, est exécuté à la prison de Jackson en Georgie le 21 septembre 2011. Prévue pour 19h, heure habituelle des exécutions à Jackson, l’exécution a été reportée à 22h50, le temps pour la Cour suprême des États-Unis de rejeter le dernier recours. L’exécution par injection létale commence à 22h53. Troy Davis est déclaré décédé à 23h08. L’état de Georgie compte aujourd’hui 53 condamnés à mort exécutés depuis 1976, date de rétablissement de la peine de mort dans cet état. « Le bureau des grâces a examiné l’intégralité des éléments de l’affaire et délibéré minutieusement sur cette base, après quoi décision a été prise de refuser la grâce  » a annoncé celui-ci. La demande d’être soumis au détecteur de mensonge a été écartée.

Une bagarre sur un parking

Samedi 19 août 1989, station de bus Greyhound avenue Oglethorpe à Savannah, en Georgie. Vers 1 heure du matin, Mark MacPhail, 27 ans, policier blanc, assurant la sécurité d’un Burger-King à proximité de l’arrêt d’autobus, est trouvé gisant sur le trottoir par un collègue. MacPhail, bouche en sang et dents sur le trottoir, arme dans son étui, était venu porter secours à un SDF. L’endroit est à cette heure entouré de sans domicile fixe, et de clients en manque de bière. Dénoncé le lendemain par celui qui sera son premier accusateur, Troy Davis se rend à la police le 23 août. Affaire particulièrement embrouillée et confuse, vu le nombre de personnes sur place au moment des faits, Davis est passé à tabac lors de son interrogatoire. 8 autres témoins désigneront Davis comme celui qui a tiré sur le policier. Parmi eux, un illettré signant une déposition qu’il a été incapable de lire. L’arme du crime ne sera jamais retrouvée. Il n’y aura aucune empreinte digitale, aucune trace ADN relevée. Troy Davis est emprisonné à Jackson en août 1991, après la condamnation à mort prononcée sur la seule identification visuelle par 9 témoins.

Cacophonie

La Cour des grâces de Georgie, composée de 5 fonctionnaires, restera sourde aux appels d’Amnisty International, de Williams Sessions, directeur du FBI sous Ronald Reagan, de Jimmy Carter, ancien Président des États-Unis, qui fait part dans une lettre datée du 16 mai 2011 de ses doutes sur la culpabilité de Troy Davis. La Cour des grâces de Georgie verrait, paraît-il, négativement les condamnés à mort criant leur innocence. 43 exécutions depuis 1983, 6 grâces pour bonne conduite. 7 des 9 témoins qui avaient reconnu Troy Davis en 1989 se sont rétractés après le verdict, précisant avoir menti sous la pression de menaces des enquêteurs, tenant un coupable idéal. Des témoins opteront par la suite pour un autre tireur. 3 des jurés qui avaient condamné Troy Davis déclareront qu’ils ne le condamneraient plus. Les 2 témoins qui ont reconnu Davis comme le tireur, qui ne se sont pas rétractés, sont Sylvester Coles, le premier à avoir identifié Davis, venu au Burger-King acheter de la bière, il a lui-même été accusé de meurtre par d’autres témoins, et Steven Sanders, déclarant que le tireur était gaucher. Or Davis était droitier. Les rétractations des 7 autres témoins seront jugées invraisemblables par le juge. Depuis une loi votée en 1996 sous la présidence de Bill Clinton, Antiterrorism and Effective Death Penalty Act, les recours fédéraux des condamnés à mort sont limités. Le gouverneur de Georgie n’a pas pouvoir de grâce, le voudrait-il. Le Comité des grâces de Georgie qui avait confirmé la sentence en 2008 réitère son refus de réexaminer le dossier. Après trois ajournements d’exécution, ultime appel devant la Cour suprême des États-Unis, le 21 janvier 2011, celle-ci refuse de statuer de nouveau sur cette affaire. 7 septembre 2011, l’exécution est fixée pour le 21 septembre. 3 des 5 membres de la Cour des grâces de Georgie ont été remplacés. L’affaire est examinée le 19 septembre. Avis défavorable. Le porte-parole de la Maison blanche fait savoir, le 20 septembre, que le Président Barack Obama ne souhaite pas intervenir dans cette affaire.

Justice aux USA et souci électoral

On annonce le chiffre de 1269 exécutions aux USA depuis 1976. Le Texas – le trou du cul de l’Amérique pour citer l’écrivain Jim Thompson ‒ détenant le sinistre record de 474 exécutions pour quatre décennies. Cyrus Vance, dans son rapport sur l’affaire DSK, écrit, noir sur blanc, préférer, en l’absence de charges sérieuses, laisser courir un coupable plutôt que condamner un innocent. Brosser dans le sens du poil… Caryl Chessman ne croyait pas en Dieu… une raison qui l’a fait haïr des Américains. Troy Davis a dit s’adressant au personnel de la prison « Dieu bénisse votre âme  » après avoir redit son innocence devant les journalistes présents, et auprès de la famille de la victime : « Ce n’est pas moi qui ai tué votre fils, votre père, je suis innocent. Je ne suis pas responsable de ce qui s’est passé cette nuit-là, je n’avais pas d’arme à feu  ». Peine perdue. Les derniers mots de la famille du policier seront : Justice a été rendue. Une justice qui fait peur, si elle mérite encore ce nom. L’Amérique ne veut pas entendre parler d’erreurs judiciaires. Cité avant son exécution comme symbole de la lutte contre la peine de mort, Troy Davis est le 36ème condamné exécuté aux USA en 2011.


Repères :

Le Texas abolit même le dernier repas pour les condamnés à mort :

http://fr.news.yahoo.com/texas-abolit-tradition-dernier-repas-condamn%C3%A9s-%C3%A0-mort-171317046.html

Lire sur notre site :

100%bio : Caryl Chessman, le ruban noir de l’écriture


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