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Un Sud-Coréen concourt pour le Darwin Award

mardi 10 septembre 2013, par Arnaud Vojinovic

Les crues du Han en cette période de mousson auront mis un terme de façon tragique à la performance du leader et avocat d’une association de défense des droits des hommes, « Homme de Corée ».

Leader charismatique, Sung Jae-gi avait bien préparé les choses ; quelques jours avant ce qui allait être son quart d’heure de gloire, il était venu sonder le fleuve sous le pont afin de s’en sortir vivant. Le 26 juillet 2013, le jour J, les journalistes rameutés pour l’occasion et les fidèles sont près de lui quand il enjambe la rambarde au-dessus du fleuve Han qui traverse Séoul, l’équivalent de la Seine mais d’une largeur d’un kilomètre. Son action spectaculaire doit lui permettre de lever des fonds, 67 000 € pour rembourser les dettes de l’association de défense des hommes dont il est le principal représentant, Homme de Corée. Une association antiféministe. La menace est claire : « Si je ne trouve pas de donateur, je saute ». A l’arrivée des équipes de secours appelées par les journalistes présents sur place, il a sauté. Malgré la mobilisation de 30 pompiers et d’un hélicoptère, son corps n’a pu être repêché que trois jours après. En cette saison de mousson, qualifiée de mousson sèche cette année, les pluies diluviennes des jours passés venues grossir le courant et les tourbillons n’ont pas facilité la tâche des sauveteurs. Une mort absurde pour un combat absurde.

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Le 26 juillet, Sung Jae-gi, leader d’Homme de Corée. De la parole aux actes.

Femme de Corée

Être une femme en Corée n’est pas chose aisée. La condition féminine est issue d’une longue tradition confucianiste où si l’homme représente l’image extérieur du foyer familial, la femme en est son volet intérieur. Interdit de sortie sauf à la nuit tombée, elle n’existe qu’à travers l’Homme. Comme le faisait remarquer Juliette Morillot [1] la femme coréenne n’a pas d’existence légal. L’auteure de préciser « jusqu’à quinze, seize ans son destin est entre les mains de son père, après le mariage sa vie est prise en charge par le mari et en cas de décès ou d’absence, par les enfants ». Même si la loi essaye de rétablir un certain équilibre dont la réforme du système Hoju en 2008 [2], la femme reste fortement discriminée dans de nombreux domaines dont certains emblématiques comme le travail (discrimination salariale, plafond de verre etc...) et la sécurité (viol et harcèlement sexuel sont un mal endémique à la péninsule).

« Homme de Corée »

L’évolution des lois coréennes sont en droite ligne de ce qui est attendu d’un pays démocratique, à savoir une égalité de traitement face à la loi sans considération de sexe. Mais cela en est beaucoup trop pour notre bouillant activiste. La cible à abattre, le Ministère de l’équité et de la famille, source de tous les maux, dont il réclame la dissolution. Face à la discrimination des hommes par rapport aux femmes l’association demande aussi la réactivation d’un système de point-bonus pour les hommes ayant accompli leur service militaire [3]. Pour preuve de cette discrimination, l’association n’a touché aucune aide financière de la part du gouvernement au contraire des associations de défense des droits des femmes.

Darwin Awards

Le Darwin Award est un prix donné à titre posthume. Ces récompense informelles nées dans la nébuleuse internet (Usenet en 1985) sont « décernées aux personnes mortes ou (qui) ont été stérilisées à la suite d’un comportement particulièrement stupide de leur part, et sont ainsi remerciées (le plus souvent à titre posthume) pour avoir, de cette façon, contribué à l’amélioration globale du patrimoine génétique humain » [4], faisant ainsi explicitement référence à Charles Darwin et à sa théorie de l’évolution.
Sung Jae-gi avait 45 ans. Il laisse une veuve et deux filles. Malgré l’absurdité de sa mort et l’absurdité de son combat, le fait d’avoir des enfants peut remettre en cause sa nomination aux Darwin Awards. Pourtant.


Repères :

[1Tout sur la Corée, Juliette Morillot, Souffles 1988

[2Avec le système Hoju, une fois mariée la femme est enlevée du livret de famille du père pour être ajoutée à celui du mari. En cas de mariage avec un étranger, la femme est déchue de sa nationalité. En cas de divorce, les démarches administratives pour obtenir un passeport pour ses enfants nécessitent la signature de son ex-mari.

[3Les hommes doivent faire un service de 21 mois. Pour compenser cet investissement personnel, les appelés recevaient des points bonus qui leur permettaient de trouver plus facilement du travail. Le système a été jugé anti-constitutionnel car discriminatoire pour les femmes et les handicapés et donc abandonné en 1999. La réactivation de ce système de bonus est à l’heure actuelle à l’ordre du jour en Corée du Sud. Si cette proposition est soutenue par les conservateurs, elle est fortement critiquée par les associations féminines et pourrait ainsi remettre en cause la paix sociale.


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