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Une hypersolitude française

jeudi 4 avril 2013, par Christian Harbulot

Les Français s’accrochent à une économie hors du temps et déconnectée des logiques de puissance

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L’émission Le téléphone sonne de France Inter diffusée le lundi de Pâques soulignait le peu de confiance que les cadres accordaient au pouvoir politique pour redresser la situation économique. Cette remarque a quelque chose de pathétique dans la mesure où le point commun aux économies les plus compétitives est justement le rôle du politique dans conduite de l’économie. La Chine, la Corée du Sud, l’Inde, le Brésil sont des pays fortement marqués par les décisions du pouvoir exécutif dans les stratégies industrielles. Si les inégalités sociales sont importantes, la dynamique de croissance est liée à la volonté de conquête de parts de marché à l’extérieur de leurs frontières pour financer des stratégies nationales dont le point commun est l’accroissement de puissance géopolitique, militaire, culturelle. Cette lecture de la mondialisation oblige des pays comme les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne à repenser leur vision des rapports de force dans les relations internationales. S’il faut parfois lire entre les lignes des annonces officielles, force est de constater que les trois puissances qui ont dominé l’économie mondiale à la fin du siècle dernier sont désormais sur la défensive.

Contrairement à Berlin, Paris ne sait pas repositionner la France dans ce jeu subtil et très hypocrite qu’est la mondialisation, non plus des échanges, mais des politiques économiques de puissance

Il suffit de se reporter aux mesures protectionnistes prises par Obama contre la Chine, au changement de cap « nationaliste » de la nouvelle gouvernance japonaise, et au double langage de l’Allemagne qui masque le renforcement de sa politique de puissance, perceptible par des accords bilatéraux (comme celui sur le gaz avec la Russie), derrière un credo libéral de façade. Le journaliste Eric le Boucher notait dans l’émission L’Esprit public du samedi 30 mars sur France Culture que François Hollande n’avait pas su trouver la bonne grille de lecture pour résoudre les problématiques du nouveau monde. Est-il le seul responsable de cette situation ? Rien n’est moins sûr.

La grande majorité des Français se réfugie dans une lecture de l’économie déconnectée des logiques de puissance. A commencer par l’appareil d’Etat qui préfère s’en remettre à la science des statistiques plutôt que de se livrer au décryptage pas toujours évident des affrontements économiques.
Tout en faisant allégeance à l’Otan et en se mettant en avant dans le pilotage de l’Union Européenne, l’Allemagne n’écarte pas l’hypothèse d’un plan B centré sur la survie de son développement. L’énervement ressenti à l’égard des positions de notre voisin d’outre-Rhin est très significatif d’une certaine impuissance. Contrairement à Berlin, Paris ne sait pas repositionner la France dans ce jeu subtil et très hypocrite qu’est la mondialisation, non plus des échanges, mais des politiques économiques de puissance. Contrairement aux pays à la recherche d’un leadership, nous feignons de croire que le monde occidental a encore un sens alors qu’il est déjà un souvenir désuet de l’ancienne division du monde entre pays riches et pays pauvres.


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- Retrouvez également Christian Harbulot sur www.ege.fr


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