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Wagner bashing

samedi 17 novembre 2012, par Vanessa Postec

Faire son plein d’anti-wagnérisme primaire avant les commémorations obligatoires de 2013

Les anniversaires, qu’ils soient de naissance ou de mort -de mariage, il n’est pas question-, ont ceci de bien qu’ils servent de jalons à la production éditoriale. Cela fera 200 ans, le 13 février prochain, que Richard Wagner a poussé son premier cri, dont rien ne laisse penser qu’il était particulièrement mélodieux. Autant dire que le maître de Bayreuth n’a plus rien composé de très neuf depuis un bail. Mais qu’importe, l’occasion est trop belle, et les ouvrages sur, de, autour de : lui, sa vie, son œuvre et ses proches se poussent du coude.

C’est ainsi qu’une rapide recension des livres à paraître dans les trois mois (et seulement dans les trois mois) à suivre vire inventaire à la Prévert. On retient son souffle : Cosima Wagner, La maîtresse de la colline de Olivier Hilmes (Ed. Perrin) ; L’indestructible Madame Wagner au théâtre de Christophe Fiat (Ed. Al Dante) ; Richard Wagner de Gérard Denizeau (Ed. Bleu Nuit) ; Wagner, Vie et œuvre de Poncet (Ed. Eyrolles) ; La controverse Wagner, choix de textes présentés par Eryck de Rubercy (Ed. Pocket) ; Richard Wagner par Franz Liszt de Nicolas Dufetel (Ed. Actes Sud) ; Wagner, Histoire d’un artiste de Guy de Pourtalès (Ed. Infolio) et, enfin, l’incontournable Ma vie de Richard Wagner himself (Ed. Perrin) publié pour la première fois en intégralité en français.

Et, au beau milieu de ce maelstrom hagiographique, comme un « couac » jailli de la fosse d’orchestre, un petit livre délicieux fait le malin. Pierre-René Serna est journaliste et musicographe, il essaya longtemps, à de nombreuses reprises, d’aimer Wagner. En vain. Il livre alors sa déception, celle d’un amant qui, en dépit de ses efforts renouvelés ne serait pas parvenu à honorer sa belle, mais n’en garderait aucune amertume : après tout, sa belle était trop moche pour lui. Et signe L’Anti-Wagner sans peine, bref texte inattendu, rafraîchissant, savant sans être pontifiant, plein de fantaisie et de mauvaise foi, aux entrées proprement rangées de A comme Antisémitisme à W comme Wolf (en passant par Bruit, Dodo –les œuvres de Wagner auraient, dit-on, des vertus lénifiantes- ou Vociférations). Le principe est simple : charger simultanément Wagner sur tous les fronts : idéologique, esthétique et musical. Et l’avant-propos, déjà, est éclairant : « (…) plus qu’un pesant travail déductif et démonstratif, cette attaque en règle préfère le fleuret souple et acéré, aux dépens du canon de 75 ou de la Grosse Bertha. Il ne fallait surtout pas utiliser les armes du camp adverse. »

Qu’on ne s’y trompe pas, pourtant, si la suite est à l’exacte hauteur du préambule, elle dépasse de la tête et des épaules, non seulement Wagner qui était tout petit, mais l’exercice de style pour le plaisir de se regarder écrire. Car, à l’exception sans doute de quelque Wagnérien accompli ou d’un musicologue averti, le commun des mortels qui, s’il a presque certainement entendu parler de Parsifal et de Tristan et Isolde, ne les jamais écoutés jusqu’au bout, apprendra tout un tas de choses.
Que Wagner empruntait, sans rendre ni l’avouer : « Une harmonie « pillée à Liszt », a pu dire le compositeur Philippe Hersant, qui ajoute éloquemment : « Ce que j’aime en Wagner, c’est Liszt ».  » Qu’il n’était rien d’autre qu’un bourgeois (dans son acception la moins noble) écrivant pour ceux de sa classe : « Le succès économique est l’objectif premier et absolu. Avec, en conséquence, une œuvre qui lui ressemble. Flaubert dit bien : « J’appelle bourgeois quiconque pense bassement. » »

Ou, plus inquiétant, que les fans du maître, bien plus que d’autres méritent ce nom. Pierre-René Serna rapporte à ce propos une anecdote édifiante : Gottfried Wagner, arrière petit-fils du musicien et vilain petit canard dans un monde de cygnes, dut voyager en voiture blindée et assurer une conférence sur l’antisémitisme de son aïeul sous la protection de la police, après avoir reçu des menaces de mort. On ne crache pas impunément dans la soupe familiale : le risque est grand d’éclabousser par ricochet un monument national.

S’il excepte le parti-pris voulu et assumé par Pierre-René Serna, le lecteur sortira de son Anti-Wagner sans peine avec, non seulement le sentiment d’être moins bête, mais l’envie pressante d’écouter Verdi à pleine baffles. Deux raisons amplement suffisantes pour en conseiller l’achat.


Repères :

L’Anti-Wagner sans peine, de Pierre-René Serna, PUF (Paris), 90 p., 9,50€. Publié : 3 octobre 2012


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