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Penser les guerres du XXIe siècle

L’Irsem, (Institut de Recherche Stratégique de L’Ecole Militaire), est le nouveau think-tank du ministère de la Défense. Entretien avec Emmanuel Dupuy et Frédéric Ramel qui réclament un renouveau du travail intellectuel français sur les conflits à venir.

Depuis la fin de la guerre froide, les conflits frontaliers ont globalement disparu pour laisser place à des menaces plus diffuses, moins identifiables. Chaque pays cherche à mettre en place sa parade. Or la France, contrairement aux autres pays, notamment anglo-saxons, négligerait ses experts. Et donc l’identification, l’analyse et in fine la prévention des menaces. Intox de lobby ou réalité intellectuelle ? Entretien avec Emmanuel Dupuy, chargé de mission Recherche-Défense au Ministère de la Défense, et de Frédéric Ramel, professeur des Universités et directeur scientifique à l’IRSEM.

IDEEAJOUR.FR : Pourquoi parle-t-on aujourd’hui d’un renouvellement de la pensée stratégique ? La nature des conflits a-t-elle changée ?

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Emmanuel Dupuy

Emmanuel Dupuy : Les menaces ont évolué, et du même coup les stratégies pour y faire face également. Après plus d’un demi-siècle d’affrontement binaire hérité de la guerre froide et caractérisé par des conflits frontaliers, nous sommes confrontés à de nouvelles menaces très diffuses qui pour certaines ont déjà atteint, -ou sont en voie de le faire-, la sécurité physique et sanitaire des biens et des personnes. Le danger aujourd’hui, c’est le terrorisme « globalisé », l’apparition de nouveaux types de combattants et d’attaques comme celles du 11 septembre, la prolifération des armes de destruction massive (ADM). Mais aussi la cyberconflictualité, la démographie « non-maîtrisée », la diminution des approvisionnements énergétiques et en eau, le réchauffement climatique, la désertification, la fonte des glaciers constituent de dangereuses menaces, potentiellement belligènes ou tout au moins déstabilisatrices. Ils forcent déjà certaines populations à migrer. Nous sommes à l’aube d’un vaste mouvement de « réfugiés écologiques ». On peut parler aussi du risque potentiel du détournement des connaissances par des acteurs malveillants, du risque biologique, de espionnage économique qui peut mettre en danger certains secteurs économiques d’une nation…La liste est longue….

Le recours à la force armée reste-t-il une solution face à ces nouveaux défis qui pour certains relèvent plus de la menace informatique et biologique que du conflit armé ?

Frédéric Ramel : Certains dangers pré-cités peuvent engendrer des conflits qui nécessiteront le recours à la force armée. L’intervention armée peut alors être de faible intensité (Soft policy) ou plus lourde (Hard power). Prenez l’exemple du changement climatique. Celui-ci engendre des migrations qui peuvent créer des tensions et être sources de graves conflits dans certains pays. Le terrorisme ou un risque biologique peuvent tout autant nécessiter une intervention armée. Mais avant que l’armée intervienne, certains de ces dangers doivent pouvoir être identifiés, analysés bien en amont grâce à un travail de récolte d’informations et d’échanges entre experts.

Ce travail que mène l’IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire), et qui n’en est qu’à ses débuts, devrait permettre un travail de prévention important. Et si nécessaire, une intervention armée classique plus adaptée grâce notamment aux informations récoltés et aux analyses effectuées. Quand on parle aujourd’hui du renouvellement de la pensée stratégique, il s’agit en fait d’établir des ponts, des interconnexions entre l’anticipation et l’intervention armée classique pour une meilleure efficacité d’action.

E.D : « La bataille du XXIème siècle », comme cela a été clairement énoncé dans le Livre Blanc la Défense et la Sécurité Nationale rendu public en juin 2008, se joue en effet désormais avant tout sur le terrain de la connaissance et de l’anticipation. Toutefois pour anticiper, faut-il encore que la France puisse disposer des outils nécessaires pour obtenir les renseignements, et surtout la connaissance nécessaires à la compréhension des jeux des acteurs et des menaces de plus en plus complexes.

Cela veut-il dire que la France n’a pas les moyens de ses ambitions ?

E.D : Il y a beaucoup de lacunes… La recherche stratégique de défense en France est délaissée notamment depuis que la France est sortie de l’OTAN. Parce que la France participait activement aux prises de décisions au sein des organisations multilatérales, notamment dans le secteur de la défense, on n’hésitait pas à l’époque à développer la recherche et donc à faire appel à certains experts clairement identifiés, grâce à leur participation dans les cénacles et lieux du débat stratégique. Ces derniers pouvaient éclairer les décideurs sur les stratégies à mener.

La perte d’influence de la France sur le plan diplomatique et de la sécurité va de pair avec sa carence en recherche stratégique. D’où l’importance de faire notamment émerger rapidement des « think tanks » indépendants en France, qui donnent la parole à des experts pluridisciplinaires et interdisciplinaires qui seraient issus d’établissement d’enseignement supérieur capables de rivaliser avec les pôles d’excellence anglo-saxons et asiatiques. Il s’agit aussi de faire participer ces experts aux grands rendez-vous mondiaux qui séquencent l’agenda des décideurs. Et de permettre enfin davantage de publications, reconnues sur le plan stratégique.

F.R : l’IRSEM tente de répondre à cette carence, à cette absence de circulation des idées. Cet institut n’est pas un institut de doctrine, mais avant tout un espace d’échanges et de réflexion qui pourrait inspirer certains décideurs dans leurs décisions en matière de défense et de sécurité.

Est-il vrai que les Américains se sont largement inspirés d’une ancienne doctrine française pour intervenir en Irak ?

E.D : C’est exact. 45 ans après sa publication en 1963, l’ouvrage du lieutenant-colonel David Galula, « Contre-insurrection, théorie et pratique » a largement inspiré la stratégie américaine en Irak, mais aussi en Afghanistan….Passé par la RAND corporation (Think tank américain, ndlr) et les bancs de l’Université d’Harvard, il demeure cependant peu connu en France….Il faut croire que la France n’a pas suffisamment conscience de l’influence intellectuelle qu’elle incarne encore !

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