Antoni Campañã, la boite rouge et noire de la Guerre d’Espagne

Le 19 décembre 2020, par Sylvain Boulouque

L’idée : Un magnifique et terrifiant album de photos méconnues réalisées par Antoni Campañã au temps de la République puis du franquisme vient d’être publié.

La Boite rouge, Antoni Campañã, Seuil, 332 p., 32 €. Paru octobre 2020.

L’homme L’itinéraire de auteur des photos est en lui même une épopée. Antoni Campañã a travaillé au Leica et au Rolleiflex. Ce reporter réputé a vu plusieurs de ses prises faire la une des journaux comme l’American photography ou Die Volks illustrierte. Elles ont souvent été reprises dans des affiches, puis dans des livres. Catholique républicain, il est en Catalogne lorsqu’ éclate le pronunciamiento du 17 juillet 1936. Il sillonne le territoire et est présent dans la capitale catalane, lorsque Barcelone la libertaire commence sa révolution deux jours plus tard. Pendant plus de deux ans il photographie les mutations politiques de la ville. Il franchit les Pyrénées pendant la Retirada en 1939. Mais, il fait marche arrière préférant revenir à Barcelone où il croise un ami franquiste, ce qui lui permet de continuer à faire des photographies. Néanmoins, il cache les négatifs fait au temps de la République dans une boîte rouge. Cette dernière échappe miraculeusement à la destruction, permettant l’exposition permanente qui se tient à Barcelone et dont le livre est issu.

L’œuvre
L’exposition aborde chronologiquement la carrière du photographe de Barcelone du début des années 1920 jusqu’à la proclamation de la République en 1931, soulignant l’espoir qu’elle fait naitre. Arrivent ensuite les photographies de Barcelone insurgée et de la guerre civile. Si quelques-unes sont connues comme celle d’une militante anarchiste et féministe, Sara Berenguer, avec son calot noir et rouge et son fusil en bandoulière, nombre d’entre elles sont inédites. L’une d’elle est particulièrement saisissante une église transformée en garage de la Confédération nationale du travail. Les négatifs permettent également de voir que certaines de ces photos sont connues mais que souvent elles n’étaient pas rattachées à son auteur.
Par ailleurs, il montre bien la complexité de la situation espagnole. Les scènes de joies se mélangent à aux images de terreur liées à la guerre, aux destructions et aux bombardements, à la violence aveugle des franquistes. Plus le temps progresse, plus la désolation se fait jour. Le tournant de 1937 est aussi observable, les photos montrent que la propagande soviétique est omniprésente y compris dans la Catalogne noire et rouge. Néanmoins, pendant toute cette période la vie a continué avec son corollaire de drames et parfois de joies. Les dernières photos laissent la place à la victoire du franquisme et d’un ordre nouveau contrastant avec les scènes de joies de 1936.
La boite rouge sauvegardée livre ainsi de magnifiques illustrations de la tragédie espagnole.




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