Didier Daeninckx : « L’État doit mettre des villes du 93 sous tutelle »

Le 25 mars 2020, par Emmanuel Lemieux

Plus que jamais, l’écrivain imagine une reprise en main par l’État de la gestion de villes comme Aubervilliers, Saint-Denis, Drancy, Aulnay sous bois, Noisy le Sec et Bagnolet.

#Politique
L’écrivain Didier Daeninckx by ©Olivier Roller.

DÉMOCRATIE C’était il y a mille ans... Durant la campagne des municipales, l’écrivain Didier Daeninckx a mis les pieds dans le plat en publiant un texte sur sa ville natale Aubervilliers (Seine Saint-Denis) : Municipales, banlieue naufragée (Lire note de lecture ici). Une ville qui selon sa description est gangrenée par l’islamisme et le communautarisme, sans oublier les narco-trafics tandis qu’une paupérisation se trouve maintenue sous respirateur clientéliste. En riposte, Patrick le Hyaric, le directeur de L’Humanité et conseiller municipal, avait rédigé un contre-Tracts de circonstance, La banlieue porte plainte (Éd. de L’Humanité).
La photo du premier tour le 15 mars dernier est figée en attendant le second envisagé fin juin -à moins que ces municipales soient annulées et repoussées à 2021 : historique, la liste de Karine Franclet (UDI) arrive en tête avec 25,69% des voix tandis que celle de l’actuelle maire (PCF) sortante, Meriem Derkaoui, (ex-adjointe qui succédé à Pascal Beaudet) ne draine que 17,47 % des suffrages, devancée par son ancien adjoint Sofienne Karroumi (19,09 %). Questions à Didier Daeninckx.

Comment analysez-vous le premier tour des municipales à Aubervilliers et l’effondrement de l’actuelle maire ?

DIDIER DAENINCKX : « L’effondrement électoral de la maire d’Aubervilliers qui ne récolte que 17% en collectionnant les logos de soutien (PCF, EELV, LFI, PRG etc…) sanctionne une politique autocratique qui a précipité la ville dans la misère, la désorganisation des services collectifs, le sectarisme.
Le plus inquiétant réside dans la structuration d’un vote communautaire à 20% des suffrages autour d’un ancien maire-adjoint mis en selle en 2014 par la politique clientéliste de la maire et de son prédécesseur. Une créature qui a échappé à ses manipulateurs. Nous nous dirigeons pour le 2ème tout vers une quadrangulaire qui verra une droite locale modérée qui ne traîne aucune casserole affronter deux listes de gauche, dont celle de la maire désavouée, plus une liste communautaire. La droite dispose d’une chance historique, offerte par des partis de gauche nécrosés, de remporter une ville symbolique du « communisme municipal ».

Qu’avez-vous pensé du « contre-Tracts » de Patrick Le Hyaric, La Banlieue porte plainte ?

Dans chacun de mes combats, j’ai toujours mis cartes sur table et j’avais envoyé il y a un an et demi un long courrier à Patrick Le Hyaric, conseiller municipal d’Aubervilliers et co-responsable du désastre. Je lui donnais toutes les informations sur les pratiques ayant conduit la ville à la ruine. Il est resté muet et n’a répondu à rien. Il dirige le journal l’Humanité créé par Jaurès, et à mes yeux c’est un nain assis dans le fauteuil d’un géant. Son texte est indigent. D’autant que son seul argument consiste à dire que je serais devenu « anticommuniste primaire ». C’est sûrement ce qui m’a conduit à faire partie du comité de soutien du maire PCF de Fontenay sous Bois, vile où je réside désormais, maire qui a été brillamment réélu au premier tour avec 57% des suffrages.

Le plus inquiétant réside dans la structuration d’un vote communautaire à 20% des suffrages

Mais une nouvelle sociologie bobo n’est-elle pas en train de grignoter le paysage politique du 93 ?

C’est vrai dans certaines villes comme Montreuil, dont le maire PCF a été réélu au premier tour, à Pantin ou le maire PS l’a été également. Le rejet des équipes d’Aubervilliers ou de Saint-Denis sanctionne des politiques erratiques d’alliance avec les voyous, les influenceurs religieux, les Indigénistes et la capitulation devant les problèmes du quotidien dont les solutions sont systématiquement demandées à l’État alors que les populations les identifient comme relevant du local.
Une grande partie des « bobos » qui s’installent en Seine Saint Denis sont des familles qui ne peuvent plus supporter la cherté de l’immobilier intra-muros et beaucoup ont une exigence forte sur le « local ». Aux équipes en place de répondre à ces demandes citoyennes.

Estimez-vous toujours primordial de mettre sous tutelle du préfet, certaines cités du 93 ?

Oui, plus que jamais. La Seine Saint Denis est largement gangrenée. Il faudrait faire des audits très précis des embauches, des permis de construire, des attributions de logements, des patrimoines des élus et de leurs proches, des attributions de subventions, des conditions d’octroi des marchés publics. À Aubervilliers, à Saint-Denis, à Aulnay sous Bois, à Bobigny, à Drancy, à Noisy le Sec et bien sûr à Bagnolet. Des travaux de moralisation effectués par la Cour Régionale des Comptes à laquelle on ne donnerait pas un simple pouvoir d’investigation mais également un pouvoir de réparation et de sanction. »




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