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Gilets jaunes : Pourquoi il faut absolument sauver l’élite intellectuelle

Le 23 janvier 2019, par Philippe Liger-Belair

Devant la démagogie ambiante et la survalorisation de la parole de n’importe quel quidam, la démocratie ne s’en sortira qu’avec des élites, et notamment celle de la pensée.

La crise des « Gilets jaunes » est le théâtre d’un phénomène ancien qui atteint pourtant des sommets depuis presque deux mois dans les médias et sur les réseaux sociaux : les intellectuels et les savants sont descendus de force de leur piédestal pour être contraints à la discussion d’égal à égal avec les quidams. Le « grand débat national » initié par l’exécutif pourrait être la manifestation de l’institutionnalisation de cette tendance ; le référendum d’initiative citoyenne (RIC) tel qu’il a été imaginé et commenté jusqu’ici le serait à coup sûr. La propension à dénigrer la parole intellectuelle et à porter aux nues celle du simple citoyen est en train de ronger la démocratie parce que notre société n’accepte plus qu’une élite la guide. Elle préfère se donner l’illusion que la voix de chacun et chacune compte à parts égales. Il devient urgent d’affirmer une évidence devenue honteuse : le petit nombre des intellectuels et des savants doit compter plus dans le débat public que le grand nombre de la masse des citoyens.
D’abord, il convient de rappeler qu’aucune démocratie n’a fonctionné dans l’histoire sans élites. Les philosophes des Lumières qui établirent les piliers conceptuels de notre système politique ont pu donner l’illusion de l’égalité de tous les citoyens appelés à partager le pouvoir sans distinction entre eux. Mais à partir du XIXe siècle, méditant notamment sur les excès de la Révolution française, on en revint à plus de réalisme. Voici ce qu’écrivait Robert Michels en 1911 : « L’idéal pratique de la démocratie consiste dans le self-government des masses, conformément aux décisions des assemblées populaires. Mais l’argument le plus formidable contre la souveraineté de masse est tiré de l’impossibilité mécanique et technique de sa réalisation. Rien qu’en voulant réunir régulièrement des assemblées délibérantes de mille membres, on se heurterait aux plus grosses difficultés de temps et d’espace.  » En d’autres termes, même si nous voulions que chaque citoyen compte à parts égales dans les débats au sein desquels émergent les idées, ce serait impossible. N’est-ce pas, pourtant, la demande des Gilets jaunes ?

Alors qu’Emmanuel Macron ouvrait le « grand débat national » ce mardi 15 janvier devant un auditoire de maires normands, un journaliste sur France Info donnait la parole à un manifestant qui voulait « forcer la sécurité » et participer lui-même à la discussion. Il se plaignait de n’être pas écouté par le président de la République dans les mêmes conditions que les élus de sa région. Il refusait d’être dans la masse, soit qu’il voulût appartenir à l’élite (ce qu’il n’aurait jamais avoué) soit qu’il exigeât un système impossible : ce self-government des masses enterré par Michels, le « gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple » invoqué par Abraham Lincoln dans son discours de Gettysburg le 19 novembre 1863.

" le petit nombre des intellectuels et des savants doit compter plus dans le débat public que le grand nombre de la masse des citoyens." (source image : Var Matin).

La démocratie exige la délégation du pouvoir à une minorité active. J’entends l’objection : pourquoi une élite ? N’a-t-on pas ressorti récemment l’Arlésienne du tirage au sort pour qu’aucun avantage injustifié ne soit accordé à une quelconque catégorie de la population (les plus riches, les plus diplômés ou les « fils et filles de ») ?

Si la nécessité du gouvernement par une minorité est une évidence tant théorique qu’historique – il n’exista pas de gouvernement par le peuple dans l’Histoire à une échelle significative, et les responsabilités ont toujours été assumées par une minorité – reste à savoir qui doit composer cette élite à laquelle la masse s’en remet pour la guider. Il serait orgueilleux et maladroit de chercher à épuiser cette question en quelques mots ; et rien n’oblige à s’appuyer sur une élite plutôt que sur des élites, pluralistes, aux compétences diverses et complémentaires. Mais l’égalité est devenue une valeur dominante dans notre société, et l’on voudrait faire croire que chacun est en capacité, à chaque instant et sur tous les sujets, de prendre une parole tout aussi légitime que son voisin. C’est une illusion. Je suis incapable de me prononcer sur les qualités nécessaires des outils, des ingrédients et des techniques pour réussir un Paris-Brest ; je préfère laisser cette question à un artisan pâtissier. Pourquoi n’en serait-il pas de même en économie, en sociologie, en philosophie, en politique, en urbanisme ou en droit ?

L’égalitarisme de la pensée, ça ne marche pas

Je me rappelle ce débat sur France 2 animé par David Pujadas en 2016 entre Alain Finkielkraut et cette enseignante d’anglais qui le traita de « pseudo-intellectuel », citant ses « théories vaseuses et très approximatives  » comme si elle s’adressait à l’un de ses collégiens. Quelle déchéance et quel scandale ! Que l’auteur de La défaite de la pensée (1987) soit ici la victime ne manquait pas d’ironie. Certains domaines sont relativement protégés de cet égalitarisme de la pensée soit parce que la majorité des citoyens ne perçoit pas l’intérêt d’y intervenir (les débats en mathématiques par exemple) ou parce que le besoin d’expertise leur semble absolument nécessaire pour leur survie ou leur bien-être (comme en médecine). Ailleurs, les intellectuels et les savants sont en danger parce qu’ils ne sont plus écoutés ni respectés. Ils ne sont plus reconnus comme les élites de la pensée, minorité qui devrait disposer du prestige et du privilège de pouvoir prendre la parole plus haut que tous les autres grâce aux qualités acquises, qu’elles soient culturelles ou scientifiques. Et les conséquences sont réelles. On parle de justice sociale ? Savez-vous précisément la définir ? On se prononce sur le protectionnisme ? Pouvez-vous en décrire les conséquences exactes sur la balance des paiements et sur la répartition des surplus économiques ? On dénonce les violences policières ? En connaissez-vous précisément les chiffres et les subtilités du décryptage des statistiques ? On débat de l’opportunité d’intervenir en Syrie ? Y connaissez-vous les différentes forces politiques et militaires en présence ?

L’élite de la notoriété médiatique a remplacé l’élite des intellectuels

Une autre élite a toutefois remplacé celle des intellectuels et des savants en embrassant le discours égalitariste dans le débat public. Il s’agit de l’ « élite de la notoriété », largement issue des médias. Jacques Coenen-Huther (Sociologie des élites, Armand Colin. 2004 à qui je dois ici plusieurs références et notamment cette dernière expression, écrit que leur pouvoir « n’est qu’un pouvoir de fascination. Mais cette énorme emprise sur de larges secteurs de l’opinion a des effets de contagion bien réels ». Dernièrement, deux appels signés par des dizaines d’artistes ont circulé. Le premier pour le « lundi vert, sans viande ni poisson » et le second contre ce qu’ils appellent le « mur de l’argent », c’est-à-dire la hausse des droits universitaires pour les étudiants étrangers. Juliette Binoche ou Lilian Thuram sont des figures habituelles de cette élite médiatique qui n’ont pourtant aucune autre légitimité que ce « pouvoir de fascination » qu’ils exercent, et la complaisance des relais médiatiques qui leur servent la soupe. Mais ils sont écoutés ; les grands journaux relaient leurs analyses le plus souvent simplistes et cimentées par les bons sentiments. Il est intéressant de noter toutefois que l’épisode des Gilets jaunes semble marquer un nouveau palier dans le projet utopique et nécessairement destructeur du gouvernement par le peuple. En effet, jusqu’aujourd’hui, toute tentative de sa récupération par les élites de la notoriété a échoué.

Reste à déminer un terrain dangereux. Si j’affirme que les intellectuels et les savants doivent redevenir l’élite de la pensée dont la parole doit être mieux valorisée et même privilégiée dans le débat public, cela ne signifie pas que les citoyens premièrement n’ont pas le droit d’exprimer une parole dissonante ni deuxièmement qu’ils ne doivent pas être écoutés. Mais la valorisation de la parole du quidam ne doit pas être excessive – elle l’est en ce moment – et sa principale participation à la démocratie doit se faire par les urnes. Par ailleurs, la possibilité pour chacun d’accéder à l’élite, intellectuelle notamment, par ses qualités et ses mérites permettra d’éviter la formation d’une caste coupée du peuple. Joseph Schumpeter (Capitalism, Socialism and Democracy, 1942), l’un des grands penseurs des élites au XXe siècle, écrivait que c’est « l’organisation de la concurrence des idées » qui permet de définir la démocratie mieux qu’une participation commune et égalitaire aux décisions politiques. Avec son concept d’ « aristocratie ouverte », il aurait eu de bons arguments contre le référendum d’initiative citoyenne.



Par Youcefle 26 août 2019

Suivant depuis des mois le mouvement des Gilets Jaunes sur les réseaux sociaux je constate que 99% des commentaires postés par les partisans de ce mouvement sont soit incohérents et auto-contradictoires, soit ignorants, soit délibérément de mauvaise foi (par exemple niant tous les avantages sociaux présents en France et présentant la Russie comme un idéal). Il est impossible d’avoir le moindre débat de fond car en majorité les Gilets Jaunes ne connaissent rien à l’économie, ni au droit, ni aux institutions, ni à l’Histoire, ni aux pays étrangers.

C’est du ressentiment social pur et simple, et lorsqu’il veut s’exprimer dans des termes intellectuels et politiques il est confus et incohérent. Parfois il se traduit par une haine personnelle envers Emmanuel Macron, des insultes envers Brigitte, etc.

Maintenant au lieu de chercher à argumenter avec un discours incohérent (ce qui ne fait que rajouter au ressentiment, car leur montrer que leur discours est incohérent les blesse encore plus dans leur ego) il faut chercher plutôt les causes de ce ressentiment.

La situation économique des pays développés a évolué de telle façon que la mécanisation et l’informatisation de la plupart des secteurs font que de plus en plus seul le travail intellectuel permet la production et la réussite sociale.

Le niveau d’exigence en termes de qualification intellectuelle dans la plupart des professions est de plus en plus élevé, et les gens qui n’ont pas fait d’études se sentent largués, incapables de suivre et angoissés pour leur avenir.

De plus, l’évolution rapide de la production, les changements de demande sur les marchés, etc, font que l’économie est en constante adaptation, les modes de production doivent tout le temps s’adapter à la demande nouvelle et aux techniques nouvelles (ce qui n’était pas le cas avant, avec des marchés plus stables et des progrès techniques plus lents), ce qui demande aux travailleurs de se former constamment, de s’adapter au risque de se retrouver avec des compétences obsolètes et exclus du marché.

Là encore les gens qui n’ont pas fait d’études et qui font un travail manuel et répétitif depuis des décennies sont angoissés et on comprend leurs peurs et leur ressentiment.

Pourquoi Macron suscite autant de haine ? car c’est un jeune "intello" qui leur paraît "donner des leçons", etc, c’est à dire qui leur rappelle ceux qui réussissent dans le monde actuel, basé essentiellement sur la compétence intellectuelle.

Les populistes l’ont très bien compris, ils adoptent une posture d’"homme du peuple" qui parle grossièrement, dit des vulgarités, communique par Twitter, etc, ce qui permet à ces catégories de penser que leur président est comme eux, qu’ils ne sont pas largués ou oubliés, ce qui est une illusion vu que le progrès technique produit les mêmes effets partout, mais la politique c’est beaucoup de symbolique et un peu de concret.

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Par Helmut Fringsle 21 février 2019

Cher collègue et néanmoins collègue,

le monde du savoir vous remercie pour cette contribution essentielle. Je me permets toutefois de vous signaler une malheureuse coquille :

vous avez écrit « sa principale participation à la démocratie doit se faire par les urnes ». Vous vouliez sans doute dire « sa principale participation à la démocratie doit se faire par les burnes ».

Sachez par ailleurs que la revue du Centre d’Analyse en Sociologie Sommaire que je co-dirige avec d’éminents collègues est à la recherche de contributeurs. C’est avec plaisir que nous accueillerons vos textes.

Aimez-vous les caramels mous ?

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Par Olivier Lourdelle 28 janvier 2019

Bonjour Philippe,

J’ai lu votre article l’autre jour dans le train et je dois dire que je le ressasse depuis. Ce n’est qu’aujourd’hui que je prends le temps de vous exprimer ce qui, dans un ensemble qui ne me heurte pas, me met assez mal à l’aise dans vos lignes. Je le fais sans esprit polémique et, disons-le tout de go, sans brevet de compétence particulière en matière de science politique.

Je commence par un point d’accord majeur : je suis, comme vous, horrifié à l’idée que l’avenir de notre démocratie soit désormais régi par des décisions à l’emporte-pièces, fruits de conversations “de coin de bar” et de déclarations tonitruantes, frappées plus au coin des intérêts particuliers qu’à celui du bon sens. Il n’y pas pour moi de sujet ici ; pour ne même pas mentionner l’absence totale de “raisonnement rationnel” – je tiens à cette redondance –, dans certains cas assortie du déni de bon nombre de vérités factuelles.

C’est pourquoi il ne m’a pas été aisé de comprendre ce qui, dans votre raisonnement, heurte ma raison. Je crois qu’il s’agit fondamentalement de ce que j’entends comme étant une confusion entre élite intellectuelle et élite politique. Car, si, pour l’essentiel, les dirigeants – que nous élisons, à qui nous déléguons le gouvernement de la chose publique – passent au préalable par des institutions d’enseignement d’un haut niveau académique, ils ne sont pas pour autant des intellectuels ; ou le seraient-ils au préalable qu’ils cesseraient de l’être à la minute où ils plongent dans le monde de l’action politique, celui du contingent. L’intellectuel en politique se met en quelque sorte en congé du monde intellectuel où hypothèses et réfutations sont de rigueur, où recul et objectivation sont de mise. Cela se vérifie qu’il s’agisse de sciences sociales ou de sciences dites exactes. Quand les progrès de la physique nucléaire sont indiscutables, la production de masse d’électricité selon ses principes se discute. Platon plaidait pour une gouvernance élitiste où la vérité scientifique s’imposerait et point Aristote.

L’élu politique écoute et tranche. Il écoute le peuple – pardonnez ce fourre-tout – et il écoute l’intelligentsia – belle diversité, là encore – , chacun de ces “corps” hétérogènes, voire hétéroclites, y va de sa joyeuse cacophonie. Je suis plein d’indulgence quand je considère l’abîme de perplexité qui doit s’ouvrir devant l’élu, généralement de bonne foi. Quels intellectuels croire, à quelle revendication populaire faire droit ? Qui en répondra, qui en sera comptable ? C’est attesté, les conseilleurs ne sont pas les payeurs et ce ne sont pas les intellectuels, visiteurs du soir ou non, qui devront assumer les décisions.

Je soutiens avec vous que les intellectuels ont toute leur place, dans leur diversité, dans leur conflictualité intellectuelle ; dans la contradiction et dans leurs contradictions ; dans leurs démonstrations et dans leurs réfutations. Faut-ils les sauver ? Je ne les sens pas menacés, mais s’ils s’avéraient qu’ils le soient, OUI, sans hésitation !

Oui, comme vous, je considère que le gouvernement par le peuple, stricto sensu, bute sur une impossibilité d’abord physique, et peut-être même intellectuelle dans certains cas ; une impossibilité d’intérêt, surtout. Je n’aurai pas l’arrogance de disséquer ici les tenants et aboutissants de l’intérêt général, mais il s’agit bel et bien de la pierre angulaire de l’édifice démocratique, dont ni les intellectuels, ni les politiques, ni les peuples ne sont détenteurs. Et pour cause, cette notion repose sur des intangibles et des contingences, ce qui la rend à la fois rigide et mouvante. Je ne crois pas que l’on ait inventé mieux que les alternances et les coalitions. Le système politique hexagonal y est à mon sens trop peu enclin.

Outre l’apparente confusion entre élite politique et élite intellectuelle, je suis gêné par ce qui me semble ressortir d’une vision relativement immuable de la démocratie. Je suis pour ma part, sans que cela traduise une appartenance, partisan bien souvent du “en même temps”. Je vois donc d’un bon œil les “doses” de proportionnelle, les “doses” de démocratie participative. Mais il y a à mon sens une condition sine qua non : les décisions doivent être in fine assumées par ceux à qui le pouvoir a été confié, quoi qu’il leur en coûte. Et lorsqu’elles délibèrent dans un système contradictoire, les élites gouvernantes doivent tenter à tout instant de suivre l’intérêt général, ce qui peut impliquer, dans le temps moyen et long, des mouvements de balancier, des essais-erreurs.

Ce sens de la responsabilité implique de ne pas nécessairement donner au peuple – lequel ? – ce que l’on pense qu’il veut : moins d’impôts, plus de prestations sociales, moins de migrants, plus de peine de mort, du pain, des jeux, que sais-je. Cela peut impliquer de lui donner de la vision et de la visibilité, de la contradiction et même de la complexité en s’appuyant sur les intellectuels, mille fois d’accord.

A ce point culminant de la défiance populaire à l’égard des élites gouvernantes, le paradoxe saute aux yeux. Alors même que nous sommes nombreux à leur reprocher une certaine procrastination depuis 30 ou 40 ans : questions du déficit, de l’endettement, des retraites, pudeur à tenter de réguler les échanges mondiaux, il faut bien reconnaître que nos gouvernants nous ont donné ce qu’ils pensaient que la majorité voulait : une apparente stabilité dans un monde qui bouge. Cela au prix de quelques petits arrangements avec les vérité factuelles qui gênent.

Ce dernier point renforce à mon sens votre cri en faveur de l’élite intellectuelle, qui aurait gagné à être davantage écoutée dans ses analyses, si divergentes fussent-elles. La tension entre les éclairages intellectuels et les pressions populaires – pour fondées qu’elles soient – est nécessaire. Au centre, les élites politiques agissent de leur mieux. Mais je ne pense pas que l’on puisse dénier aux peuples la possibilité de participer au débat entre les échéances électorales et je veux donner leur chance à ces Think tanks qui se font jour en ce moment, ce qui ne saurait impliquer que nos élus soient empêchés de gouverner à moyen et long terme à coups de rixes et de RICs.

Amicalement.

Olivier Lourdel

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    Par P. Liger-Belair (auteur de l’article)le 13 février 2019

    Bonjour,
    Et d’abord, merci pour la qualité de votre réponse. Quel défi pour moi de vous répondre. Comme nombre d’entre nous, j’aimerais toujours avoir raison, et toute contradiction intelligente est un petit défi qu’il faut savoir relever avec humilité.
    Je vais commencer par préciser un peu ma pensée, puis vous donner partiellement (l’adverbe me rassure !) raison sur un point sans toutefois conclure définitivement.
    Là où je ne vous suis pas, mais peut-être est-ce dû à un manque de clarté de ma part, c’est dans la supposée confusion entre l’élite intellectuelle et l’élite politique. Dans mon article, je dis bien qu’il y a des élites, et que l’élite intellectuelle et scientifique est une partie du tout. Autrement dit, je distingue bien les élites intellectuelles, scientifiques et politiques pour n’alarmer que sur la disparition des deux premières dans le débat public, ou au moins de leur réel abaissement. Autrement dit, je déplore que l’élite intellectuelle et scientifique ne soit pas assez écoutée et que sa voix soit systématiquement mise sur le même plan que celle des quidams, ce qui revient à la faire disparaître sous l’effet de la masse. Autrement dit, pour 1 intellectuel vous compterez 999 quidams ; si les uns et les autres sont mis sur un pied d’égalité quelle que soit leur(s) qualité(s) (on remarquera la polysémie du mot selon qu’on l’emploie au singulier et au pluriel), cela revient à faire disparaître l’intellectuel, noyé dans la masse. Je souligne que, par définition, une élite est minoritaire ; au petit jeu une personne = une voix, l’élite perdra toujours.
    Par ailleurs, vous affirmez que ce ne sont pas les intellectuels, visiteurs du soir ou non, qui devront assumer les décisions. Pourquoi ? Ils les assumeront à plusieurs titres : comme le reste du peuple d’abord (tous les intellectuels ne sont pas des nantis, loin s’en faut) ; et pour leur réputation ou bien les honneurs gagnés ou perdus, comme une entreprise perd des parts de marché quand ses produits sont mauvais. En tout cas, hormis une minorité parmi la minorité des intellectuels et des scientifiques, il n’y a pas grand-chose d’autre à gagner que le sentiment qu’on fait son devoir et qu’on remplit là une vocation ancrée au corps.
    Maintenant, peut-être serais-je prompt à vous suivre sur la seconde partie de votre raisonnement, et l’actuel développement du Grand Débat National n’est pas pour rien dans la possible (je suis prudent) révision de mon jugement sur la démocratie directe. Je pense honnêtement que le Grand Débat National était un « joujou », une mesurette qui s’ajoutait aux milliards d’euros mis sur la table pour calmer les Gilets jaunes. Maintenant, par son développement et par la capacité d’Emmanuel Macron à exceller dans l’exercice des débats, mais aussi par le succès des débats locaux (j’en coanimerai bientôt un à Marcq-en-Baroeul), je commence à penser que cette parole encadrée peut avoir des vertus, notamment pour faire redescendre l’élite parisienne (politique celle-là, mais peut-être aussi l’élite intellectuelle) de son piédestal. J’aurai besoin de le voir « en vrai » pour juger mieux, et de voir si la majorité réussit à transformer cette parole populaire en mesures concrètes, efficaces et justes. Ce n’est pas gagné, mais on peut placer là quelques espoirs. Alors, oui, peut-être est-on en train d’inventer une autre forme (complémentaire) de participation démocratique. Affaire à suivre.
    Très cordialement


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