Jean-Pierre Gratien, 20 ans de mandat à LCP

Le 15 mai 2020, par Emmanuel Lemieux

Confinement, déconfinement. Quels sont les effets de la pandémie sur la politique, les médias, la recherche, les professions intellectuelles ?

Zoom sur La télévision parlementaire LCP en 4 épisodes. (4/4)

Après des semaines de coton, il est revenu au siège de LCP comme une fleur ce lundi 11 mai. « Oui bien sûr, l’ambiance de travail a un peu changé. Un bureau de quatre personnes où l’on est plus que deux… Tous masqués dans des couloirs où l’on ne croise plus personne de toute façon… Les odeurs de gel hydroalcoolique… Plus de blagues à la machine à café  » débriefe tranquillement Jean-Pierre Gratien au téléphone, comme si on intégrait vite la routine de la Covid-19. Avec son lieutenant depuis cinq saisons, Dany Laforge, le journaliste qui cultive l’art du cool assure la conception et l’animation de Débat Doc (anciennement Droit de suite). Un film documentaire, un débat. Le principe est simple comme Les Dossiers de l’écran, sauf que l’époque n’est plus à Catherine Langeais et Armand Jammot. Autour d’un documentaire qui porte haut le plus souvent des sujets d’histoire ou des sujets sociaux, Gratien distribue la parole et ne l’écrase pas, a l’art consommé de la relance et du contre-pied : « On fait les plateaux dans les conditions du direct, 35-40 minutes. Je ne fais pas partie de l’école « On enregistre un max, on coupera après », ce qui mine de rien est un exercice un peu plus stressant. »

Jean-Pierre Gratien, journaliste-animateur de Débat Doc, émission-phare de LCP. Portrait : Claude Germerie pour Les Influences.

Loin des eaux hystériques de l’actualité

L’émission en prime time capte plus de 30 % de l’audience globale de LCP. Depuis huit semaines, des projets ont été figés, des montages ralentis et des tournages stoppés net. Il s’agit de reconstituer au plus vite les stocks documentaires de Débat Doc. Jean-Pierre Gratien enregistre deux émissions par semaine jusqu’à l’été, avec le renfort de Guy Lagache.
Durant les deux premiers jours, Jean-Pierre Gratien a mis en boîte, deux émissions. La première sur la chute de l’URSS, la seconde sur les Qatar papers.
« Moi je ne suis pas un sachant, mais le fait de m’immerger dans un sujet durant deux jours pour préparer le débat est un vrai stimulant intellectuel, savoure le journaliste. Durant des années, j’ai couru après l’info. Baigner dans les eaux hystériques de l’actualité, ça lasse. Comme on n’a pas à se mettre sur le créneau de la chaîne tout info, cela nous oblige à réfléchir. Je pense que ces émissions d’analyse et de savoir sont aussi apaisantes pour le téléspectateur ». Si la Covid-19 a rhabillé d’urgence la chaîne durant le Grand Confinement, elle devrait durablement contaminer les contenus. Va venir rapidement le temps de la réflexion avec Guilaine Chenu, «  l’indispensable cheville ouvrière des documentaires  » Isabella Pisani, et Jean-Pierre Gratien : « ce sont des réunions de gamberge informelles mais ô combien nécessaires. Il me paraît évident qu’après la période exceptionnelle de l’état d’urgence sanitaire, on va mesurer les effets incalculables. Une sensibilité économique et sociale va se faire ressentir dans les docs des mois à venir  », estime-t-il.

« Depuis 2017, le personnel politique a changé de façon considérable. »

En juin, il consacre « une très belle série » sur quatre Premiers ministres, Laurent Fabius, Edith Cresson, Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, portraits politiques signés Patrice Duhamel et Georges-Marc Benamou.
Cette année, L’anchorman de LCP fête ses vingt ans, « vingt ans de maison comme la maison elle-même », mais pas en grande pompe puisque la chaîne a repoussé les festivités. Jean-Pierre Gratien connaît par cœur la chaîne parlementaire. Il la connaissait même bien avant, lorsque journaliste politique à La Tribune, il suivait la gestation douloureuse d’une télé bicamérale. Sénat et Assemblée nationale surent déployer bien des coups tordus d’une concurrence féroce dans un dossier qui rendit fou comme sait si bien le faire la télé, les plus brillants cerveaux politiques de la république. De LCP, il a vécu les moments pionniers, les morceaux de bravoure et ceux moins inspirés, toute la théorie, d’Ivan Levaï à Bertrand Delais, des patronnes et patrons de la Ve république cathodique, occupé ses postes de direction et ses placards aussi. Qui a vécu de grandes heures au fin fond d’un studio improvisé dans un cabinet de toilettes peint en vert avec Roland Cayrol pour commenter des meetings politiques, assisté aux délicieuses passes d’armes entre grands parlementaires tribuniciens, ramassé les meilleurs éclats sur les champs de bataille législatifs et dans la salle des Quatre colonnes, a une certaine mémoire des lieux. Plaidoirie : « C’est une petite chaîne OK, mais depuis toujours ici, pour qui veut la prendre on peut saisir sa liberté, et je trouve que LCP a très souvent montré des ressources d’ingéniosité pour résoudre le manque de moyens. » La télé en arte povera. Le coût de la coproduction d’un doc tourne ici autour de 15 000 euros.

Au fait, comment se passent les relations avec les parlementaires ? « Dans notre émission, on les invite pour leurs compétences, non pas parce qu’ils ont une étiquette spéciale, souligne-t-il. Nous sommes une télévision qui rend compte aux citoyens de la vie et du travail parlementaire, mais LCP est une chaîne de droit privé, en aucun cas une télévision organique ou d’entreprise. D’ailleurs, il ne faut pas oublier que l’Assemblée nationale a son propre service de com.  » De plus, nombre de députés fabriquent désormais leurs propres médias, de sites Web en Instagram, en passant par la production industrielle de tweets. Jean-Pierre Gratien a vu l’évolution de la vie parlementaire accompagner la chaîne. « Le personnel politique a beaucoup évolué en vingt ans et changé de manière considérable en 2017. Avec les députés LREM et LFI notamment, on a vu débarquer des gens de la société civile, dont on n’avait franchement pas l’habitude en ces lieux, dépeint-il. Ces jeunes générations travaillent beaucoup en communautés et en réseaux. Ce qui me frappe le plus, c’est que leurs propositions le plus souvent relèvent de la vie quotidienne, et beaucoup moins de la politique. » De bien beaux sujets pour Débat Doc.

DOCS AU TOP

1- Mon Chirac, par Jean-Louis Debré
2- Les junkies d’Hitler
3- Les investisseurs chinois en France

Lire aussi : Bertrand Delais : déconfiner LCP ; Delphine Gouédart, l’adrénaline des quatre col’ ; Guilaine Chenu : face à la Covid 19, une créativité d’urgence



Par Gruyerle 13 août 2020

Emissions remarquables
.aujourd’hui et hier
Merci
Pgruyer Asnieres

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Par mdl33700le 14 juillet 2020

Merci pour votre qualité d’animation, votre culture, votre neutralité

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