à Christophe Guilluy, sociologue et géographe et co-auteur de l’Atlas des Nouvelles fractures sociales de la France (Autrement)

Quelle offre politique pourrait-elle de nouveau attirer les abstentionnistes, jeunes et classes populaires ?

Le 14 juin 2009

« Comment pourrait-on « raccrocher » ces abstentionnistes ?… Le problème est à la fois culturel, social et territorial. »

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Christophe Guilluy

L’ABSTENTION… Evidemment la seule question qui vaille est bien celle de l’abstention des couches populaires. C’est-à-dire , rappelons-le, la majorité de la population : celle qui vit dans les banlieues et celle qui vit « de l’autre côté des banlieues » dans ces espaces périurbains, ruraux et industriels… Géographiquement éloignés et surtout très loin culturellement des grandes métropoles. Loin aussi des représentants de ces « centres prescripteurs » qui ont animé la soirée du dimanche soir. Après la lutte des classes , les couches populaires perdent une lutte peut être plus importante car « culturelle aussi », celle des « places »….

En quittant le logement collectif pour le pavillon bas de gamme , les couches populaires ont perdu l’estime des élites de gauche : ils sont sortis de la mythologie ouvrière et du collectif, dans lequels les cantonnaient les partis traditionnels de gauche et d’extrême gauche. Le problème des milieux modestes d’aujourd’hui n’est plus de « faire la révolution » mais de boucler ses fins de mois. Mais aussi de se déplacer, car la mobilité est contrainte : le rapport à la mobilité n’a rien à voir avec la mobilité choisie et positif des couches urbaines moyennes et supérieure. Et aussi : de payer l’essence de la « bagnole-pas-écolo qui pollue » ; de payer les traites et le fuel de « la maison-qui-consomme-de l’espace » (pas écolo non plus. Voir les discours dominant très négatif sur l’étalement urbain, dont ces couches populaires péri-urbaines sont les acteurs obligés).

La gauche sans question, la droite sans réponse

Cela fait plus de vingt ans que les catégories populaires hurlent leur besoin de protection face à la mondialisation libérale (vote protestataire FN/ LO et abstention) . Demande sans réponse. On notera de quelle manière la question du »protectionnisme européen » (préférence communautaire de Todd) , qui est un vrai débat, a été occultée lors la campagne européenne.
Une autre question lancinante occultée, et centrale pour la gauche : comment protéger « l’ouvrier d’ici » de la concurrence de« l’ ouvrier chinois ou roumains » en restant internationaliste ? et libérale ?

La gauche politique ne doit plus éviter les questions sensibles (celles qui permettent à la droite de gagner les élections alors même qu’elle n’y apporte aucune réponse) : la sécurité , l’immigration, « l’identité ».
Les milieux populaires sont en première ligne sur tous ces thèmes. L’insécurité se caractérise par une explosion des violences aux personnes sans précédent depuis dix ans. L’immigration avec la rencontre entre immigré et autochtone constitue, d’abord une question pour les milieux populaires car c’est là que se joue une concurrence très frontale qu’elle soit sociale, culturelle ou territoriale. Cette concurrence renvoie à la question de l’identité du vivre ensemble et des biens communs. Comment aborder cette question culturelle qui révèle des mutations constantes entre des minorités et majorités relative, voilà un grand défi à relever pour la gauche en particulier.

Les oubliés de la « mondialisation heureuse » et des centres-villes

« Gauche sociétale », « gauche sociale » : aucune ne marche plus en milieu populaire. Les prolos ne choisissent plus le camp du « progrès social » depuis longtemps . C’est bien sur ce constat que la gauche, et notamment le PS, aurait dû travailler depuis au moins 2002.
Le « social » messianique fait un bide en milieu populaire. Rappelons ici le bide total du NPA en milieu populaire , à l’instar du bide total du candidat Besancenot en milieu populaire aux Présidentielles ! comme s’il fallait rejouer à l’infini la fusion de la Gauche et du Peuple. Tout cela est bien terminé.

Oui, c’est compliqué le Peuple : même quand on leur propose un bon petit programme social pour aider les pauvres, ou redistribuer un SMIG à 1500 €. Ils préfèrent encore voter Sarkozy,-Le Pen ou, massivement s’abstenir… C’est-à-dire, ne pas voter pour des candidats qui ne remettront de toute façon pas en question la mondialisation libérale qui a contribué à détériorer leurs conditions de travail, à précariser l’essentiel des petits salariés du privé, à vivre sous la menace du chômage ….
On en revient à la « lutte des places » , ces personnes ne vivent plus dans les métropoles de la « mondialisation heureuse ». Ils sont de fait les perdants de la mondialisation.

Une nouvelle culture populaire émerge au-delà des banlieues. Problème : elle ne fait plus partie intégrante du jeu politique.



Repères :

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