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la justice turque ne veut plus condamner l’écrivain Ahmet Altan à perpétuité

lundi 15 juillet 2019, par Rédaction les influences

Actes Sud publie Je ne reverrai plus le monde, ses textes d’incarcération, le 4 septembre prochain.

C’est déjà la rentrée. Influenceurs. Le 5 juillet, la Cour Suprême turque a cassé sa condamnation à perpétuité. Ahmet Altan (1950), romancier et journaliste, était incarcéré depuis septembre 2016, dans le grand mouvement de répression qui a suivi le putsch manqué de juillet. Condamné à la perpétuité aggravée, sa peine avait été confirmée en appel par la Cour Constitutionnelle en mai 2019. Quelques semaines plus tard, la sentence est détricotée.
Tous les jugements des tribunaux inférieurs sont annulés. De plus, la Cour Suprême a acquitté, faute de preuves de sa culpabilité, Mehmet Altan, le frère d’Ahmet, accusé lui aussi d’avoir participé au putsch.
Si elle a conclu qu’ Ahmet lui n’avait pas commis l’infraction de « violation de la Constitution », ne retenant que celle d’« aide à un groupe terroriste sans être membre », elle a rejeté sa demande de remise en liberté. Le sort de l’écrivain est désormais entre les mains de la 26ème Haute Cour Pénale d’Istanbul.

« Je peux écrire n’importe où, le bruit et l’agitation ne m’ont jamais dérangé. »

Depuis les années 1970, le rôle social d’Ahmet Altan est de faire progresser la démocratie en Turquie par la littérature, ses éditoriaux et la direction de rédaction de journaux . Il a de qui tenir : son père, le journaliste Çetin Altan, et député socialiste au Parlement turc en 1967, fut condamné pour ses ses articles, à la bagatelle de 2 000 ans de prison. Le fils lui a connu très vite la popularité avec ses deux premiers romans, dont le second a fait l’objet d’un autodafé pour atteinte aux bonnes mœurs.
Durant les années 1990, Ahmet Altan est journaliste à la télévision,et irrite avec ses analyses qui condamnent les crimes du PKK et de l’armée turque.
Rédacteur en chef du journal Milliyet, l’un des plus importants et influents du kiosque turc, il en est viré sous la pression de l’état-major. Un article satirique se paie de 20 mois de prison avec sursis. Accusé par ses adversaires de plus en plus nombreux de soutenir la création d’un Kurdistan indépendant, il est encore relativement protégé par son influence intellectuelle et ses livres qui se vendent très bien, tout en abordant les sujets qui fâchent.
En 1999, il rédige avec Orhan Pamuk et Yachar Kemal, une déclaration pour les droits de l’homme (et des droits culturels des Kurdes) et de la démocratie en Turquie. La pétition signée par Elie Wiesel, Günter Grass, ou Umberto Eco, a un écho international. Créant et dirigeant le journal d’opposition Taraf jusqu’en 2012, il aggrave son cas en 2008, avec un article intitulé « Oh, Mon Frère  », dédié aux victimes du Génocide arménien et sera inculpé pour « insulte à la Nation turque ». Le prix Hrant Dink de la Paix (Hrant Dink est un journaliste arménien assassiné en 2007) qui lui a été remis n’a pas vraiment calmé le pouvoir islamo-conservateur d’Erdogan.

Je ne reverrai plus le monde, d’Ahmet Altan (trad. du turc par Julien Lapyere de Cabanes), 224 p., 18,50 €.

Les textes d’Ahmet Altan, écrits depuis son incarcération en septembre 2016, seront publiés en France, par Actes sud, le 4 septembre 2019, sous le titre Je ne reverrai plus le monde. Extraits :

« Je peux écrire n’importe où, le bruit et l’agitation ne m’ont jamais dérangé. D’ailleurs, une fois que je suis plongé dans l’écriture, tout ce qui m’entoure disparaît. Je romps le contact avec le monde extérieur et m’enferme dans une pièce invisible où personne ne peut entrer que moi.

J’oublie absolument tout en dehors du sujet qui m’occupe.

L’une des plus grandes libertés qui puissent être accordées à l’homme : oublier. Prison, cellule, murs, portes, verrous, questions, hommes – tout et tous s’effacent au seuil de cette frontière qu’il leur est strictement défendu de franchir. »