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Brexit : pourquoi Boris Johnson se rapproche de l’Inde

mardi 18 février 2020, par Bernard Turle

ASPHYXIES INDIENNES (2/4). Bernard Turle est l’un des meilleurs traducteurs français de littérature indienne. Mais il ne se reconnaît plus dans l’Inde de Modi.

RÉCIT Si l’axe Washington/Londres/New Delhi n’apparaissait pas clairement jusqu’ici sur les radars de Bruxelles, le résultat des élections de ce mois de décembre 2019 au Royaume-Désuni a clarifié la donne et précisé le genre d’alliances dans le cadre desquelles les ci-devant partenaires d’Outre-Manche fonctionneront à l’avenir pour tenter d’asphyxier l’Union.
Que l’antique fraternité de langue, d’histoire et d’esprit entre le Royaume-Désuni et les États-Unis d’Amérique n’ait été officiellement réactivée au sommet n’a guère étonné. La remise au goût du jour du Commonwealth un tantinet plus, mais c’est oublier que l’affaiblissement de ce dernier lors de l’adhésion du Royaume-Uni à la CEE en 1973 était resté en travers de la gorge des babyboomers britanniques conservateurs, qui sont encore en âge de voter.

Boris Johnson et Modi, congratulations.

Or voici que, si la perspective du Brexit sert les propos de la Trump Organization et, accessoirement, de l’Amérique du même M. Trump, elle sert également ceux du dirigeant actuel de l’ex-joyau de l’Empire britannique (et du Commonwealth), le faussement patelin M. Modi. Précisons, d’ailleurs, ce que les Brexitiens semblent oublier, que le Royaume-Uni est aujourd’hui le joyau de l’empire indien et plus l’inverse. Quelles qu’aient été les raisons pour lesquelles les Britanniques de souche ont donné carte blanche à M. Johnson, les Britanniques d’origine indienne ont abandonné leur parti traditionnel, les Travaillistes, en raison notamment d’un soutien appuyé de Jeremy Corbin au Pakistan, et de sa condamnation des agissements de M. Modi au Jammu-Cachemire, État frontalier du frère ennemi. « Aucun hindou digne de ce nom ne peut voter pour le Parti travailliste aujourd’hui », déclarait pendant la récente campagne un envoyé du Parti safran de M.Modi, qui s’est invité dans le débat. Les nouveaux députés conservateurs d’origine indienne à Westminster seront donc autant des porte-paroles de leur religion que des représentants laïcs de leurs électeurs.

Précisons ce que les Brexitiens semblent oublier : que le Royaume-Uni est aujourd’hui le joyau de l’empire indien et plus l’inverse

Pendant la campagne, M. Johnson a déclaré que sa première escale internationale serait New-Delhi. De son côté, Donald Trump Junior travaille depuis longtemps dans le sous-continent même au renforcement des liens commerciaux de la Trump Organization et, accessoirement, des USA de son père avec la Nouvelle Inde globalisée de M. Modi. Les Indiens de l’étranger forment aux États-Unis un groupe de soutien puissant de ce dernier, qui a désormais ses créatures à Westminster. Donald Trump Junior ne tarit pas d’éloges sur les Indiens, ces « alliés incroyables ». Il a promis récemment que la campagne de ré-élection de son père « ressemblerait à un film de Bollywood, avec moins de ballets ».

À SUIVRE

Lire Les fumées noires de Mister Modi(1/4) ; Ce que l’on ne verra pas au Salon du livre de Paris (3/4) ; Goa, des hippies aux paramilitaires hindous (4/4).