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Il veut réhabiliter le 16 septembre

mercredi 16 septembre 2009

Il ne devrait pourtant rien se passer de particulier ce mercredi 16 septembre. Mais l’historien Benjamin Stora milite pour cette nouvelle date dans la mémoire française.

Benjamin Stora

On a vérifié. Il ne devrait rien se passer d’extraordinaire le mercredi 16 septembre 2009. Sur l’agenda officiel de l’Elysée, le président de la République honore un conseil des ministres le matin, puis l’après-midi conduit une réunion avec des ONG sur l’aide au développement.

Pourtant selon l’historien Benjamin Stora, le 16 septembre 1959, un autre mercredi, constitue une date primordiale de la France contemporaine, une séquence politique de grand souffle et une énigme du gaullisme. Il y a cinquante ans, à 20 heures, dans un discours radiotélévisé, le général de Gaulle annonçait l’autodétermination de l’Algérie : "La seule voix qui vaille est celle du libre choix que les Algériens voudront bien faire de leur avenir."

"Il des mystères qui s’épaisissent à mesure qu’on s’échine à tenter de les résoudre" soutient Benjamin Stora dans son dernier ouvrage, Le Mystère de Gaulle petit mémorial de papier entouré de questions ouvertes et entêtantes. Car mystère il y a. Ce qui intrigue en premier lieu l’historien est que dans la production à flux tendu depuis des décennies de récits, d’essais, de témoignages et d’analyses qui dissèquent la geste gaullienne, il existe bien peu d’études pour éclairer cet événement inouï.

Pourtant, "jusqu’au discours du 16 septembre 1959 sur l’autodétermination, aucun signe ne donne à penser qu’il y ait quelque modification substantielle de ce que l’on croit être la volonté du Gouvernement" remarque encore l’historien de la Guerre d’Algérie.

L’a t-on d’ailleurs bien vu et entendu ce général qui durant 23 minutes détaille sobrement face à la caméra, les options de sa politique algérienne ? Stora estime que le discours du 16 septembre 1959 aura curieusement moins marqué les esprits que bien d’autres dates interventions.

« Un mendésisme avec les moyens de ses ambitions »

Charles de Gaulle lors de son allocution radio-télévisée du 16 septembre 1959

Cinquante ans plus tard, une commune amnésie frappe d’ailleurs les dirigeants algériens qui préfèrent héroïser la guerre de libération, et saturer la mémoire officielle de stéréotypes et de mythes guerriers, plutôt que de retenir un discours télévisé pareil à une implosion politique à l’impact considérable. Seul un Ferhat Abbas écrira dans ses Mémoires, Autopsie d’une guerre (Garnier, 1980) que cette date-là était la plus importante de la guerre d’Algérie après le 1er novembre 1954.

Le 16 septembre 1959 restera le lâcher-prise fascinant d’un politique mais la modernité de la société valait bien de se débarrasser du "boulet algérien", comme l’indique Benjamin Stora. Ce gaullisme de 1959 figure "une politique neuve, une volonté modernisatrice, un mendésisme -toutes choses égales par ailleurs- avec les moyens de ses ambitions" analyse l’historien. Une sorte d’été indien en septembre. De Gaulle par la suite deviendra au fil des années plus conservateur.

Ce même mois, Jean-Luc Godard achève à Bout de souffle, "le nouveau roman" débarque, comme Salut les copains et surtout Astérix le Gaulois dans le tout nouveau journal Pilote. En quelque sorte, le 16 septembre 1959 pris entre le feu de la guerre et la vitalité d’une société qui rongeait son frein a effacé mai 1958 et amorcé mai 1968.