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Les versets sataniques de la Camorra

vendredi 8 mai 2009

« J’ai rencontré Roberto Saviano à New York au mois d’avril. C’est un homme extrêmement agréable, très intelligent, mais il court un danger terrible. En avril à New York, le FBI estimait qu’il était déjà en danger, justement parce qu’il y a la mafia aux États-Unis aussi », explique un expert du genre, l’écrivain Salman Rushdie qui a été condamné à mort par une fatwa de l’ayatollah Khomeyni, en 1989, pour son roman Les Versets sataniques. Rushdie qui a vécu l’enfer de la clandestinité, comme protection des balles, plaint sincèrement le jeune écrivain et journaliste italien Roberto Saviano, auteur à succès de Gomorra, enquête dévastatrice sur la Camorra qui s’est vendu à plus de un million d’exemplaires depuis 2006 : « La mafia pose un problème bien plus grave que celui que j’ai rencontré moi-même. » À Paris à l’occasion de la promotion de son nouveau roman, L’Enchan­teresse de Florence (Plon), Salman Rushdie a estimé que si Saviano quittait l’Italie, comme il l’a évoqué le 15 octobre lors de la Foire internationale du livre de Francfort, « il court un danger terrible et devra choisir très prudemment son lieu de destination ».

Les deux hommes se sont rencontrés par l’intermédiaire de Mario Calabresi, correspondant de La Republicca à New York, et par ailleurs fils d’un commissaire assassiné durant les « années de plomb » italiennes.
Roberto Saviano a nuancé cette comparaison avec l’écrivain britannique : « Salman a été menacé pour le seul fait d’avoir écrit, la fatwa est arrivée au moment où il venait de publier. Pour moi cela a été différent : ce qui ne m’a pas été pardonné, ce n’est pas le livre, mais son succès. »
2008 a amplifié le succès de ce livre hors normes, à la langue magnifique (107 000 exemplaires vendus en France en 2008). L’adaptation cinématographique de Gomorra, « un film sans espérance », par Matteo Garrone, a remporté le Grand prix du jury du Festival de Cannes.
La Repubblica a également publié un texte de soutien à l’auteur. En deux jours, la pétition, rappelant à l’État italien son devoir de protection, a recueilli 111 000 signatures, et le soutien de nombreux intellectuels tels Martin Amis, Jonathan Franzen, Javier Marias ou José Saramago. Des prix Nobel comme l’écrivain turc Orham Pamuk, le dramaturge italien Dario Fo, le romancier allemand ont également publié leur texte solennel dans le même quotidien.

Vivant caché depuis deux ans et sous haute protection, Roberto Saviano, 28 ans, a avoué sa fatigue, mais ne se démobilise pas pour autant. Le 21 novembre, il participait au colloque sur le thème « Argent de la drogue, économie souterraine et saisie des avoirs criminels en Europe », organisé au Centre de conférences internationales de Paris. Littérature toujours, il publie en France en 2009, Le Contraire de la mort (Robert Laffont), deux nouvelles inspirées, toujours et encore de la pieuvre maffieuse. Gomorra le film a révélé la prégnance cammoriste, par l’arrestation tout le long de l’année de trois figurants et acteurs qui étaient aussi liés à la Camorra. La mafia qui veut retrouver son honneur en tuant un écrivain n’a pas perdu le sens du business : les DVD pirates de Gommora, qu’elle fabrique, se vendent très bien.