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Banzaï sur Karoline Postel-Vinay

dimanche 30 mai 2010, par Emmanuel Lemieux

La Fondation Franco-Japonaise Sasakawa, inspirée par un ancien criminel de guerre, traîne une spécialiste du Japon en justice pour "diffamation". Elle avait rappelé ce détail au Quai d’Orsay et fait capoter un prestigieux colloque.

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Ryôichi Sasakawa, considéré comme un criminel de guerre de catégorie A et qui se définira à Time magazine comme "le fasciste le plus riche du monde".

Qui veut traîner en justice Karoline Postel-Vinay, directrice de recherche au CERI (laboratoire de Sciences Po et du CNRS), spécialiste reconnue de l’histoire politique japonaise contemporaine ? La Fondation Franco-japonaise (FFJS) qui porte également le nom de Ryôichi Sasakawa (1899-1995). Il s’agit d’un personnage clé au Japon. C’est un ancien criminel de guerre de catégorie A. Il a été une figure forte de l’extrême droite ultranationaliste, mais aussi du patronat et de la pègre yakusa. Le "fasciste le plus riche du monde" comme il se qualifiait lui-même, et qui fit la pluie et le beau temps au Parti Libéral Démocrate, avait lancé dans les années 1960, sa fondation philanthropique. Elle a essaimé par la suite et s’est implantée en France depuis 1990.

D’utilité publique, la FFJS, présidée par Shigeatsu Tominaga et l’ancien diplomate Jean-Bernard Ouvrieu, devait ainsi financer en 2009, une manifestation officielle patronnée par le ministère des affaires étrangères, celle du 150e anniversaire des relations diplomatiques franco-japonaises.

Un huissier dans l’amphi

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Karoline Postel-Vinay, directrice de recherche au CERI.

K. Postel-Vinay et le géographe Philippe Pelletier (Lyon II) lancent en décembre 2008 une pétition signée par une cinquantaine de chercheurs spécialistes du Japon et de l’Asie Orientale, contre cette fête co-organisée par la FFJS et l’IFRI (Institut français de relations internationales). Les signataires s’indignent que la république française puisse s’associer à la Fondation Sasakawa. Le ministère des affaires étrangères renonce, et l’opération prestigieuse capote. Mais la vengeance du FFJS est un sushi qui se mange à chaud.

Le 5 mars 2009, un huissier entre dans l’amphithéatre Leroy-Beaulieu de la Fondation nationale de Sciences-Po où se tient un colloque sur "Mémoire, écriture de l’histoire et démocratie", et remet à K. Postel-Vinay, une demande d’assignation à comparaître devant le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris. "Le procès a été lancé et l’audience (publique) de clôture aura lieu le 28 juin prochain à la 17ème chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris. Je pense que le verdict sera prononcé ce jour là, sinon il sera différé de quelques jours." explique la directrice de recherche à L’Annuel des idées.
Se concentrant sur la seule chercheuse, la FFJS lui réclame plus de 15 000 € de frais de justice.

Or, tous les faits exposés par K. Postel-Vinay sur la biographie Sasakawa et son héritage négationniste très actif sont bien connus et même diffusés avec un luxe de détails dans le monde entier, sans que la fondation mère n’ait jusqu’alors objecté la moindre plainte. Les représentants francojaponais de cette fondation qui diffuse avec succès tous les élements culturels du soft power japonais, comme le zen, les cérémonies du thé, les expositions de peinture et les concerts, semblent avoir perdu leurs nerfs. On se demande ce que Line Renaud et le représentant du ministère de la Culture, membres du conseil d’administration (15 personnes, 8 Japonais et 7 Français) de la Fondation Sasakawa, font dans cette galère.


Repères :

Pour en savoir plus

La Fondation Franco-Japonaise Sasakawa :
www.ffjs.org
La Société Française d’Etudes Japonaises : http://sfej.asso.fr/site/SoutienSFEJKarolyne%20Postel-Vinay.html
L’Association Française de Science Politique : http://www.afsp.msh-paris.fr/
Sciences Po Paris : http://www.ceri-sciencespo.com/k_postelvinay.pdf
L’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie :http://www.aphg.fr/Actualités.htm

Article de K. Postel-Vinay et Ph. Pelletier :
www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/181208/


le 1er juin 2010 : à l’ouest, rien de nouveau

d’aucuns assurent que le ministère de la Culture, en a vu d’autres...


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    Par Héloisele 23 juin 2010 : l’art, les artistes, le ministère de la culture et la fondation sasakawa

    Le ministère en a vu d’autres ?
    Il faudrait nous dire ce qu’il a vu...

    Moi, je vais vous dire ce que j’ai subi en matière d’offre de mécénat dispensé par Sasakawa & cie :

    Sait-il, le ministère de la culture, savez-vous, que les représentants de la branche culturelle de la fondation Sasakawa s’occupent très bien des artistes qui d’aventure se laissent tenter par une collaboration avec des artistes japonais qu’ils sponsorisent déjà ?
    Pression et volonté de censure sont les deux mamelles de cette sorte de bienfaisance. Tout simplement, il y a des choses "taboues" chez ces gens-là ( Hiroshima, la deuxième guerre mondiale, par exemple ). On ne se refait pas !
    Suite à leur "conseil" de révision à propos de la thématique de mon projet artistique, j’ai refusé net toute aide de Sasakawa, et j’ai du rompre avec les artistes japonais pour qui il n’était pas question de quitter leur sponsoring.
    Le pouvaient-ils seulement ?
    J’ai reçu en retour pour mon choix, les yeux dans les yeux, les félicitations du directeur de la Villa Kuoyama de Kyoto de l’époque et aussi de l’attachée culturelle de l’ambassade France.
    Ces représentants de l’Etat m’ont alors assuré, que telle était l’attitude également suivie par le ministère, sinon le gouvernement, de ne pas traiter avec Sasakawa & cie.
    Las, quelques temps plus tard, j’eus deux fois la surprise de voir figurer leur nom ou/et celui de leur ministère, au générique de diverses créations filmiques entre autres, aux côtés de la fondation Sasakawa !
    Je précise que j’avais rencontré ces fonctionnaires pour leur demander de m’éclairer au sujet de la Fondation Sasakawa dont je ne savais rien et je leur avais fait part de mes déboires au Japon.
    Depuis, j’en ai vu d’autres, soit, mais ce coup-là ne passe toujours pas...
    Derrière la façade jolie de la culture, le thé, les bouquets, la danse et la musique, que se cache t-il donc sous les jupons de la fondation franco-japonaise Sasakawa ?
    J’ai mené ma petite enquête et j’ai rapidement trouvé de quoi assouvir ma curiosité car des chercheurs, des historiens, des politologues, des journalistes avaient déjà bien creusé le sujet.
    Le portrait de Sasakawa, avec ou sans ses fondations en tous genres, était dressé avec éloquence depuis des années.

    Que ces gens de la FFJS osent aujourd’hui assigner en justice pour diffamation une honnête chercheuse française, pour avoir rappelé des faits avérés, encore une fois, c’est culotté, mais cela ne m’étonne pas. Cela s’appelle une tentative d’intimidation pure et simple. Ce faisant, la FFJS dévoile son vrai visage. Sans doute ont-ils pensé que cela suffirait à faire taire une petite intellectuelle...
    Et sans doute se sentent-ils sur-puissants parce que sur-protégés jusqu’à aujourd’hui...
    Je m’étonne que l’information entre le ministère des affaires étrangères et le ministère de la culture ne soit pas suivie d’effet.
    Je m’étonne que le ministère de la culture, pour n’en citer qu’un, ne s’émeuve point du contentieux de la fondation Sasakawa qui revient périodiquement sur le devant de la scène médiatique par un biais ou un autre, en France et à l’étranger.
    Jusqu’à quand va t-on tolérer cette fondation Sasakawa reconnue, c’est un comble, " d’utilité publique " sur le territoire ?
    Je me le demande très souvent voyez-vous, très souvent !

    Cette affaire de déni de l’Histoire m’a rappelé qu’ il y a quelques années, d’aucuns ont fait pression sur les éditions Gallimard : il s’agissait alors de gommer la croix gammée sur des photographies représentant l’aviation allemande de l’époque nazie...
    Si mon grand-père avait été vivant il en serait tombé raide mort !

    Tout mon soutien à madame Katerine Postel-Vinay,

    Héloise

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