Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama

Bookmark and Share

Bioéconomie, le néologisme du XXIe siècle

mardi 5 mars 2013

Tout le monde à la biomasse ! En signant le 1er mars, un accord de collaboration, L’Institut national de la recherche agronomique et L’Institut du pétrole se mettraient-ils dans la trace de Georgescu-Roegen, père de la décroissance ?

GIF - 3.2 ko

Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994), ça vous dit quelque chose ? Ce mathématicien d’origine roumaine, disciple de Schumpeter à Stanford est le grand théoricien de la bioéconomie et le superhéros des intellectuels de la décroissance. En 1971, il publiait The Entropy law and the Economic Process (Harvard University Press). Enorme empreinte écologiste : En réconciliant économie et écologie, sa thèse constituait un formidable levier de croissance idéologique pour de profonds effets en perspective dans l’organisation d’une société. ADN de son idée directrice : « Le processus économique n’est qu’une extension de l’évolution biologique et, par conséquent, les problèmes les plus importants de l’économie doivent être envisagés sous cet angle. » Depuis une dizaine d’années, ses travaux sont popularisés par les cercles de réflexions pour une décroissance soutenable. Les théories de Georgescu-Roegen rentreraient-elles dans une nouvelle ère... industrielle ?

" Une nouvelle approche systémique de la bioéconomie"

La signature date du 1er mars et veut inaugurer une ambition : celle de la bioéconomie. L’Institut français du pétrole-Energies nouvelles (Ifpen) et l’ Institut national de la recherche agronomique (Inra) conjuguent leurs efforts et leurs capacités scientifiques et technologiques afin de valoriser la biomasse à une échelle industrielle.
Bioéconomie est un terme récent auquel il va falloir s’habituer désormais. Il désigne ici l’ensemble des activités économiques liées au développement de procédés et produits d’origine biologique. Il s’agit d’un concept-clé du XXIe siècle si l’on veut parvenir « à une société à faible intensité de carbone fossile et permettant de répondre aux défis énergétiques, environnementaux et de compétitivité  », indique le communiqué de l’Inra et de l’Ifp-En.
 C’est le cœur de l’économie verte.

Toutes les filières de production et de transformation de la biomasse sont mobilisées : agriculture, pêche, industrie agro-alimentaire, chimie, santé… La biomasse peut ainsi recouvrir des formes très variées, utilisant des micro-algues, des matières végétales d’origine agricole ou forestières, des déchets organiques.

JPEG - 225 ko
Georgescu-Roegen, papa de la bioéconomie.

Lacoopération Inra-Ifpen devrait ressembler à un think tank, selon Gérard Jacquin, directeur de la valorisation de l’Inra, et Olivier Appert, président de l’Institut du pétrole. « 
Pour répondre à ces enjeux, IFPEN et l’INRA préconisent une nouvelle approche systémique prenant en compte, dans une même dynamique, l’ensemble des problématiques interdépendantes qui sont en jeu et impliquant toutes les parties prenantes, chercheurs, pouvoirs publics, industriels, société civile et consommateurs », ont-ils expliqué.

Une feuille de route pour des questions en cascade

Une feuille de route et un agenda de recherche devraient permettre de mieux identifier les domaines de cette bioéconomie. « 
Le développement de la bioéconomie nécessite, en priorité, des efforts accrus de recherche et d’innovation dans le domaine des biosciences, indique le communiqué des deux organisations publiques. Le passage d’une économie fondée sur les énergies fossiles à la bioéconomie requiert également des changements majeurs de société dans les modes de vie et l’utilisation des ressources.  »
 Cette volonté donne du grain à moudre ; questions d’approvisionnement, création de bioraffineries, ressources et concurrence, analyses des coûts-bénéfices, modes de consommation, gestion des territoires et redéploiement industriel, ruptures et synergies… Voilà de quoi occuper de longues années d’études, de recherches et de sérendipités intensives et transdisciplinaires.

GIF - 18.5 ko

Le but du jeu est de « parvenir à une économie plus innovante et à faibles émissions, à même de concilier les impératifs d’une agriculture et d’une pêche durables, de la sécurité alimentaire et de l’utilisation durable de ressources biologiques renouvelables à des fins industrielles, tout en assurant la protection de l’environnement et la biodiversité ». A l’échelle européenne, ce type d’actions a été évalué à 4,5 milliards d’euros d’investissements de soutien. L’accord français en effet s’est mis dans les starting-blocks de la Commission européenne qui, le 14-15 février dernier à Dublin (Irlande) annonçait la création d’un observatoire de la bioéconomie. Annonce elle-même dans le prolongement d’un Livre blanc « Innovation au service d’une croissance durable : une bioéconomie pour l’Europe » de la Commission et de son programme de recherche Horizon 2020. « La population mondiale approchant les 9 milliards d’individus en 2050 et les ressources naturelles étant limitées, l’Europe a besoin de ressources biologiques renouvelables pour la production de denrées alimentaires et d’aliments pour animaux sûrs et sains, ainsi que de matériaux, d’énergie et d’autres produits  ».

22 millions d’emplois en Europe dépendent déjà du secteur de la bioéconomie

Le secteur de la bioéconomie dans l’UE représenterait déjà un chiffre d’affaires de près de 2 000 milliards d’euros et emploierait plus de 22 millions de personnes, soit 9% de la population active totale. Ces emplois relèvent des secteurs de l’agriculture, la sylviculture, la pêche, l’agroalimentaire, la production de pâte à papier et de papier, ainsi que dans certains secteurs de l’industrie chimique, des biotechnologies et de l’énergie.
Selon les calculs de la Commission : « on estime que, d’ici à 2025, chaque euro investi dans des actions de recherche et d’innovation en matière de bioéconomie financées par l’UE produira 10 euros de valeur ajoutée dans les secteurs de la bioéconomie.  » Calculette en main, les eurocrates estiment que « pour l’agriculture, la bioéconomie permettrait d’ores et déjà de générer un chiffre d’affaires annuel de 381 milliards d’euros et emploierait 12.000 personnes. » Tout va bien dans le meilleur des mondes de la biomasse ? Des débats et des critiques sur le fait que la bioéconomie ne relèverait que des industriels et de chercheurs experts sans conscience s’élèvent déjà. L’avenir devrait dire assez vite où se trouvent les faux amis de Nicholas Georgescu-Roegen.


Repères :

www.inra.fr

www.ifpen.fr


Par Robert Alricle 19 août 2014 : Bioéconomie, le néologisme du XXIe siècle

Ce qui devrait nous crever les yeux, c’est que le passage inéluctable des énergies fossiles aux énergies "renouvelables" reproduit celui de la société de cueillette à celle de culture, auquel nous sommes tout de même un peu familiarisés depuis le temps ! Passage que nous n’aurons pas le loisir de faire une fois de plus, étant entendu que nos "énergies renouvelables" ne sont en fin de compte que la cueillette des fossiles de notre soleil.... Mais ça nous laissera du temps.


Répondre a ce message
Poster un nouveau commentaire

idees numero 1

La revue papier.
Soutenez-nous, commandez-le
à votre libraire, faites-le connaître,
ou abonnez-vous en cliquant ici.

Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.