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Edgar Morin répond aux accusations d’islamo-gauchisme pro-Daech

lundi 5 septembre 2016, par Emmanuel Lemieux

C’est la thèse du directeur éditorial du Magazine littéraire, Maurice Szafran dans un édito au vitriol.

Politique. Un tweet d’Edgar Morin a indigné Maurice Szafran, le directeur éditorial du nouveau Magazine littéraire. Dans un éditorial au vitriol, « Naufrage d’un intellectuel » (n°571, septembre 2016), le journaliste a été choqué par une pensée expresse : "Les barbares tuent indistinctement par attentats suicides, les civilisés tuent indistinctement par missiles et drones."

Estimant que le philosophe mettait un signe égal entre le camp de la barbarie et de celui de la civilisation, l’éditorialiste après une introduction où il remercie le sociologue de La rumeur d’Orléans et son influence sur sa génération, l’écorche en plus de 140 caractères (et tout juste 3000 signes). Passant « outre sa phobie anti-israélienne » mais s’arrêtant tout de même sur cette « maladie sénile d’un gauchisme persistant » qui fait que Edgar Nahoum (Morin étant son nom de guerre dans la Résistance) concevrait une aversion profonde pour la nature même d’Israël plutôt que de chercher à lutter contre la droite ultra-agressive avec les militants de « La paix maintenant », Szafran l’accuse de ne vouloir que l’anéantissement de l’État juif.

Autopsiant le tweet, Maurice Szafran s’indigne : « Désagrégation de la pensée. Confusion volontaire entre bourreaux et victimes. Edgar Morin, nouvelle recrue, de choix celle-là, des islamo-gauchistes. »

Cette tendance qu’il partageait avec son ami Stéphane Hessel (bien plus virulent) expliquerait sa dérive vers désormais un « islamo-gauchisme » et « une grille de lecture gauchisto-mécanique, et disons-le, débile ». Autopsiant le tweet, Maurice Szafran : « Désagrégation de la pensée. Confusion volontaire entre bourreaux et victimes. Edgar Morin, nouvelle recrue, de choix celle-là, des islamo-gauchistes, ceux-là mêmes qui ont pour fonction idéologique de dédouaner, d’excuser l’égorgeur de Daech, de lui trouver, avec une dialectique stupide parce que mécanique, des excuses sociales, des justifications culturelles. »
Aux dernières nouvelles et selon nos sources, Edgar Morin ne projette pas d’aller faire des conférences dans le califat auto-proclamé. On n’est pas certain d’avoir lu les mêmes choses que Maurice Szafran, notamment dans ses tribunes et textes sur La Marseillaise ou bien la nation, assez proches des thèses de Marianne.

Aux dernières nouvelles et selon nos sources, Edgar Morin ne projette pas d’aller faire des conférences dans le califat auto-proclamé.

Edgar Morin, indigné à son tour, a adressé une lettre le 4 septembre aux rédacteurs en chef du Magazine littéraire, lettre que nous reproduisons :

Paris 04/09/2016

Chers Pierre Assouline et Hervé Aubron,

Auteur de La Rumeur d’Orléans, je sais comment une information sans fondement peut être tenue pour certitude et disposer de pseudos preuves. Je suis moi-même depuis que j’ai critiqué la politique répressive d’Israël à l’égard des Palestiniens, victime d’une rumeur calomniatrice qui assure que je souhaite l’élimination ou la destruction de l’État d’Israël. Or aucun propos, aucune déclaration, aucun écrit de ma part ne témoigne d’un tel souhait. À l’origine de cette rumeur, il y a sans doute des fanatiques pour qui la moindre critique d’Israël est antisémite, et qui attribuent au critique une idée ou pensée qui leur est étrangère mais permet de les lapider psychiquement.

« J’en ai un peu assez d’être traître, je l’ai été sous Vichy, je l’ai été pendant la guerre d’Algérie, j’ai été traître au communisme, et depuis 15 ans je suis traitre au judaïsme. »

Je vous serai donc reconnaissant, vue que l’article de Szafran a repris cette méchante rumeur, de faire état de mon démenti. Je souffre de ce que la calomnie, issue d’esprits fanatiques en état d’hystérie qui voient des ennemis dans des critiques et travestissent leur pensée, se soit répandue auprès de braves gens ignorants ou crédules et qui me considèrent non seulement comme antisémite, mais aussi, puisque d’origine juive, comme traître. J’en ai un peu assez d’être traître, je l’ai été sous Vichy, je l’ai été pendant la guerre d’Algérie, j’ai été traître au communisme, et depuis 15 ans je suis traitre au judaïsme.

J’ai d’ailleurs donné mon point de vue sur la condition juive et sur Israël dans mon livre paru au Seuil, Le monde moderne et la condition juive que l’on pourrait facilement lire s’il se trouvait facilement en librairie, et auquel je renvoie pour tous ceux qui seraient intéressés sur ma vraie pensée sur ces problèmes.

Par ailleurs je reprends ici le courriel que je vous ai adressé quand j’ai pris connaissance de l’article me concernant de Maurice Szafran dans le Magazine littéraire qui me stigmatise à partir d’un mien tweet :

“Les barbares tuent indistinctement par attentats suicides, les civilisés tuent indistinctement par missiles et drones.”

Sans doute les missiles et drones visent des objectifs de guerre, mais nos informations et le film américain God Killing nous montrent qu’ils font beaucoup plus de victimes civiles que militaires. Si le parallèle est abusif, il comporte à mon avis l’évocation de notre propre barbarie que l’on tend à occulter.
D’où cet autre tweet :

“Toute la barbarie est seulement chez l’ennemi, n’est ce pas ?”

Or je n’ai jamais pensé ni dit que « la barbarie première pèse davantage sur Busch et ses alliés que sur les émirs et califes de Daech ». ni « renvoyé dos à dos bourreaux et victimes » et par là « dédouané l’assassin ». Et l’hallucination atteint son comble quand Szafran assure que j’ai « accouru au secours des fanatiques musulmans et de leurs communicants les islamo-gauchistes ».
Du coup sur la base de ce seul tweet, Szafran me salit d’une tache ineffaçable et annonce urbi et orbi mon naufrage intellectuel.

« Toute ma vie, j’ai répugné à l’hystérie de guerre qui non seulement rend aveugle sur l’ennemi mais détecte des complices imaginaires. C’est vrai je n’ai jamais été anti-allemand quand je combattais les nazis, et je ne suis ni anti-arabe, ni antimusulman. »

Il suffit de lire mes écrits notamment après les attentats pour savoir ce qu’il en est.
Toute ma vie, j’ai répugné à l’hystérie de guerre qui non seulement rend aveugle sur l’ennemi mais détecte des complices imaginaires. C’est vrai je n’ai jamais été anti-allemand quand je combattais les nazis, et je ne suis ni anti-arabe, ni anti-musulman. J’ai aussi pensé qu’il y avait, comme l’avait vu Benjamin, de la barbarie dans toute civilisation y compris la nôtre, et qu’une autocritique de notre civilisation est nécessaire, comme le premier l’avait osé le « marrane » Montaigne suivi en cela par Montesquieu.
Je trouve déplorable et trop fréquent que l’on prête à autrui les idées stupides ou mauvaises qu’il n’a pas.
Les périls et angoisses de notre temps font qu’hélas les délires vont s’aggraver de toutes parts, mais j’espère que des îlots de rationalité et de sensibilité demeureront notamment dans une revue littéraire comme la vôtre.

Edgar Morin


Par Sidi Zekrile 8 septembre 2016 : Edgar Morin répond aux accusations d’islamo-gauchisme pro-Daech

Les sous-mariniers ont beau jeu de parler de "naufrage"


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Par Iwan Lambertle 7 septembre 2016 : Edgar Morin répond aux accusations d’islamo-gauchisme pro-Daech

Bravo M. Morin, ces delires de soi disant penseurs à propos des musulmans et les intellectuels critiques dont vous êtes sont non seulement infamants mais ils sont dangereux ! Ils clivent un peu plus les classes populaires au bénéfice des eternels causeurs et bénéficiaires des guerres et de la soi-disant crise économique. ..

- Lambert iwan

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