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Faut-il brûler Tintin ?

samedi 5 juin 2010, par Emmanuel Lemieux

Interdire "Tintin au Congo" reviendrait à un autodafé, a plaidé en substance l’avocat des éditions Casterman contre un plaignant congolais soutenu par le CRAN. Le sociologue Michel Wieviorka, lui, conseille la ringardisation définitive de cet album. Verdict le 21 juin 2010.

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Bienvenu Mbutu veut faire retirer de la vente Tintin au Congo, jugé raciste et humiliant pour l’identité africaine.

Ouvert le 28 avril à Bruxelles, le procès au civil voulu par Bienvenu Mbutu, un ressortissant de la RDC, République démocratique du Congo, pour faire retirer de la vente l’album Tintin au Congo (Casterman, 1931) -ou à défaut insérer un avertissement- a été soutenu par le Conseil Représentatif des Associations noires de France (CRAN).

Un autre plaignant vivant à Kinshasa, ancienne colonie belge, s’est associé à la plainte.
Accusation portée par Me Ahmed L’Hedim, l’un des avocats du principal plaignant : « Ce livre contient manifestement des images et des dialogues à caractères racistes et offensant à l’égard des Noirs, mais aussi de l’humanité tout entière. Il est simplement insupportable à mon client que ses enfants puissent tomber sur ce livre et se sentent insultés  »

Symbole contre symbole. Le ténor de la défense, Me Alain Berenboom, l’avocat de l’éditeur Casterman et de Moulinsart SA, société ayant les droits commerciaux autres que les droits d’édition, est aussi l’ancien président de la Ligue belge des droits de l’Homme. " Je ne peux pas accepter le racisme, mais je juge aussi épouvantable que l’on brûle des livres. Interdire des livres, c’est les brûler" a t-il notamment plaidé. Tintin au Congo, publié dans les années 1930 et dans la mentalité colonialiste dominante de l’époque, n’est pas un livre raciste, a défendu encore l’avocat : " il n’a jamais causé de trouble à l’ordre public, y compris en Afrique."

Questionné sur cette affaire l’année dernière par L’Annuel des idées, le sociologue Michel Wieviorka, conseiller scientifique du CRAN, estimait que plutôt qu’un procès mieux valait prendre Tintin au Congo pour ce qu’il est, une vieillerie des mentalités coloniales :

" Mon conseil est de contribuer à la "ringardisation" accélérée de Tintin, avant tout, ce qui n’interdit pas d’en dénoncer le racisme, y compris en demandant un avertissement en page de garde. Mais j’ajoute que le racisme de Tintin n’est pas le même que celui qui ronge notre société : il est colonial, il est condescendant, il vise de toutes autres figures que l’immigré ou le Noir aujourd’hui en France, et avec d’autres préjugés. Ce racisme lui-même est également ringard."

Le tribunal de première instance devrait annoncer le 21 juin s’il est compétent pour ce dossier ou s’il refile la patate chaude au tribunal de commerce.


Repères :

A lire sur notre site, en rubrique The Question : Michel Wieviorka


Par Tintinle 11 juillet 2017 : Faut-il brûler Tintin ?

Retirer Tintin au Congo de la vente, ridicule...

- Tintin

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Par dravitchle 2 octobre 2011 : Faut-il brûler Tintin ?

Comme on ne peut blâmer le moyen âge d’avoir été le moyen d’âge, ni l’esclagiste d’avoir été esclavagiste, on ne peut blâmer Tintin d’avoir été au Congo dans les années 30.

Par contre, ce qui serait dommage en 2011, ce serait de ne pas dessiner "Mamadou et Binéta en France"

Cultiver l’identité Africaine et construire les Etats-Unis d’Afrique, c’est plus motivant à mon sens que combattre un passé stérile qui n’est pas le nôtre.


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