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La déradicalisation à la française cherche encore sa doctrine

samedi 29 juillet 2017, par Les influences.fr

Un rapport du Sénat souligne les défis posés par la déradicalisation des islamistes radicaux en France, tandis que le Canard Enchaîné éclaire sur la difficulté de surveiller des centaines de partisans d’EI dans les prisons.

Société. La sénatrice Esther Benbassa (EELV), rapporteure d’une étude parlementaire sur la déradicalisation en France initiée au nom de la commission des Lois en mars 2016 et publiée le 12 juillet, s’en est à peine réjouit. Quelques jours après la publication du rapport, le ministère de l’Intérieur a ordonné la fermeture du seul centre français de déradicalisation de Pontourny en Indre-et-Loire, ce que le rapport préconisait fermement et de façon urgente : Cette expérience, une première, a tourné au fiasco pour un budget annuel avoisinant les 2,5 millions d’euros... pour 9 intégristes à déradicaliser là où on en attendait 25, et qui ne comptait plus un seul de ces "cobayes" récalcitrants depuis février dernier.
Avec cette fermeture, le plus simple a été fait, car la déradicalisation à la française cherche encore sa doctrine. Les débuts sont chaotiques et ont donné lieu à un bazar de la déradicalisation où l’effet d’aubaine aux subventions côtoie l’amateurisme, si ce n’est le charlatanisme.

" La radicalisation n’est pas un phénomène sui generis, instruisent les sénateurs. Si la typologie des terroristes présente une grande diversité, on ne peut pas nier que la majorité est issue de milieux défavorisés, y compris les convertis à l’islam, et nombre d’entre eux sont passés par la case délinquance. Une réflexion urgente sur la politique de la ville, en l’occurrence sur les banlieues, la création d’emplois pour réduire le chômage parmi cette catégorie de jeunes, qu’ils soient citadins ou ruraux, un investissement de taille pour réduire leur échec scolaire, la création d’une police de proximité, l’aide aux associations de quartiers, la mise en place de mouvements de jeunesse font partie de la prévention en amont qu’on ne peut pas contourner."
Les parlementaires de ce nouveau rapport préconisent dix pistes de recherche et d’action publique.

Améliorer et c’est euphémisme, la sélection des associations qui interviennent au niveau tant national que local est le credo du rapport. La première des propositions " recommande l’élaboration d’un cahier des charges et une évaluation systématique du contenu des prises en charge. En effet, dans la plupart des cas, les préfectures ont recruté des associations sans aucune ligne directrice. Par ailleurs, peu avaient fait l’objet d’une véritable évaluation. Le constat est le même concernant les formations mises en place par les pouvoirs publics et visées par notre proposition n° 2. Les administrations demandeuses doivent veiller à bien identifier en amont les objectifs de formation, plutôt que de s’en remettre à des organismes aujourd’hui exonérés de tout contrôle." détaille ainsi la sénatrice

Ayant rencontré quelques difficultés à trouver du grain à moudre en France où ce type de programme est tout neuf, les sénateurs se sont déplacés et ont étudié des centres de déradicalisation en Europe. La proposition n° 4 résulte de ces retour d’expériences étrangères. " Ce que nous avons vu à Vilvorde et Aarhus nous incite à mettre l’accent sur l’individualisation des prises en charge, la coordination des intervenants, le partage des informations. Nos voisins européens étant souvent plus avancés que nous sur ces sujets car ils ont débuté avant nous, nous préconisons au travers de la proposition n° 5 la mise en réseau des expérimentations françaises et étrangères."

La question épineuse du retour des djihadistes en France : 750 personnes dont 450 mineurs. Dans les prisons, on estime que 450 détenus islamistes seraient susceptibles de passer à l’acte, et 1800 sont en voie de radicalisation.

"Le plus consternant en France" souligne le rapport concerne la radicalisation qui touche beaucoup de mineurs. " Ces derniers sont donc plus précisément ciblés par cinq de nos propositions. La proposition no 6 vise à encourager le développement de placements innovants pour les mineurs radicalisés placés sous main de justice. Des expériences intéressantes ont été menées en Ile-de-France. La PJJ a développé de nombreux programmes en faveur de ces jeunes radicalisés ou en voie de radicalisation, pour lesquels un référentiel de prise en charge est nécessaire. Tel est l’objet de notre proposition n° 7. En dépit des rigidités administratives et juridiques, il faut empêcher une rupture dans la prise en charge lorsque ces jeunes atteignent la majorité : c’est le sens de notre proposition n° 8. La proposition no 9 tend à étendre de un an à deux ans la durée maximale du placement en centre éducatif fermé."

La question la plus épineuse et d’actualité brûlante à trait à ces djihadistes et leurs familles qui reviennent de Syrie ou d’Irak. C’est la dernière proposition sénatoriale que " les pouvoirs publics doivent prendre à bras-le-corps". Ce phénomène concernerait 750 personnes dont 450 mineurs. " Nous préconisons le développement de nouveaux modes de prise en charge familiale, pour l’accueil des femmes qui ne font pas l’objet de poursuites et des mineurs de retour de la zone syro-irakienne " recommande la co-rédactrice du rapport d’information, Catherine Troendlé (LR).

" Même si le Califat de l’EI perd des territoires significatifs ou symboliques, il lui reste une immense médiathèque très persuasive sur Internet. " Philippe Salazar.

Pas sur que cela suffise, il y a urgence en effet. Dans son édition du 26 juillet, Le Canard enchaîné avance des chiffres inquiétants -et confidentiels - pour ce qui concerne la surveillance des détenus islamiques en France. 451 détenus auraient été identifiés par l’administration comme étant susceptibles de passer à l’acte, dès leur sortie de prison. 1800 prisonniers sont qualifiés par la même administration comme étant "en voie de radicalisation". Le Bureau central du renseignement pénitentiaire (BCRP) est à la peine (notamment informatique), et ne dispose pas de grands moyens pour lutter contre le prosélytisme des islamistes.

Or la perte sévère de territoires du Groupe État islamique en Irak et en Syrie cet été ne réduit pas pour autant son influence idéologique. " S’il ne dispose plus de capitales régionales ou de lieux emblématiques, le Califat (EI/NdR) a lancé sur le Net, une gigantesque médiathèque très efficace et persuasive qui lui permet de maintenir son influence", analyse le philosophe Philippe-Joseph Salazar, auteur de Paroles armées-Comprendre et combattre la propagande terroriste ( qui connaîtra une édition américaine aux éditions de l’Université de Yale à la rentrée).


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