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Macron et ses 45 conseillers

samedi 1er juillet 2017, par Les influences.fr

Des jeunes technos et des éminences grises avant l’âge : Officialisée depuis le 18 juin, la liste fournie des conseillères et conseillers de l’Élysée forge le feuilleton du quinquennat, et son style.

Le Feuilleton du quinquennat. C’est officiel depuis le 18 juin : le cabinet du président de la république se compose de 45 conseillères et conseillers. Alors que le candidat avait juré-craché qu’il voulait en finir avec la pléthore de petits hommes de bons conseils, au statut flou voire à la condition clandestine, dans les ministères soit 10 collaborateurs maxi pour un ministre, 8 pour un un ministre délégué et 5 pas une plus pour un secrétaire d’État, l’Élysée aimante autant de collaborateurs que sous l’ère Sarkozy, et beaucoup plus que François Hollande et ses 30 conseillers (mais il est vrai une bonne cinquantaine à la fin du quinquennat).
Ceux qui font tourner la machine auprès du secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kolher, sont la secrétaire générale adjointe Anne de Bayser, ex secrétaire général adjoint de la Mairie de Paris, le chef de cabinet, François-Xavier Lauch et le chef de cabinet adjoint, Rodrigue Furcy, tous puisés dans l’annuaire du service public.

Bon courage aux médias pour ce quinquennat : les conseillers com’ s’inspirent d’ Obama, soit des journalistes encadrés, embedded ou gentiment mis à distance.

Certains ont déjà leur petite empreinte de notoriété comme la conseillère presse et communication, Sibeth Ndiaye. La jeune femme énergique au parcours méritocratique s’était distinguée dans le documentaire de Yann L’Hénoret, Macron : les coulisses d’une victoire, faisant la leçon à David Doucet, red-chef des Inrocks en ligne, pour son analyse sur les positions du candidat Macron vis-à-vis du mariage pour tous. D’origine sénégalaise et naturalisée en juin 2016, elle s’est encartée au PS, et a été au service de presse de Claude Bartolone, alors président du Conseil de Saint-Denis, puis a rejoint celui du ministère de l’économie sous Arnaud Montebourg et faire la rencontre décisive avec son successeur, Emmanuel Macron. Depuis quelques semaines, elle donne le "la" de la com’ présidentielle : des journalistes cadrés, embedded, ou gentiment mis à distance. L’inspiration puise directement dans la communication du président Barak Obama qui a donné des cauchemars aux médias.
Moins connue, mais pas moins stratégique : Barbara Frugier est conseillère pour ce qui relève de la communication internationale du président. Elle était son attachée de presse à Bercy, et depuis le début de l’année, elle dirigeait la communication de la Banque de France.
Patron de la communication du candidat, Sylvain Fort est désormais le responsable des discours et de la mémoire, comme nous l’avions déjà annoncé.

Un autre roque de fonction a eu lieu avec Quentin Lafay qui après avoir écrit des discours pendant la campagne, a été bombardé conseiller prospective du président. Quentin Lafay. À 27 ans, il a signé un premier roman très remarqué, Place Forte chez Gallimard. C’est une fable politique, nourrie au bon grain de sa connaissance des mécanismes du pouvoir et des influences, sur un homme politique devant agir à l’opposé de ses convictions. Quentin Lafay sera t-il le Béranger Thérice du quinquennat ? On a du lui poser la question mille fois depuis sa nomination.

Fidèle entre les fidèles, Ismaël Emelien est un jeune conseiller spécial. Un poste attribué d’ordinaire à des éminences grises comme Jacques Attali ou Henri Guaino, et qui nourrit vite les légendes politiques et d’influence, entre le président occulte et House of Cards.
Celui qui accompagne Macron depuis Bercy, et qui soutint allègrement en son temps la candidature de Dominique Strauss-Kahn, est un "bébé Havas".

Conseiller spécial : le genre de poste qui nourrit vite les légendes politiques et d’influence, entre président occulte et House of Cards.

Il a d’ailleurs cofondé en 2013, Fink, un "cabinet de conseil en réflexion" avec un certain Gilles Finchelstein, directeur des études d’Havas Worldwide (ex-Euro RSCG) et qui cumule avec la direction générale de la Fondation Jean-Jaurès (FJJ), proche du Parti socialiste. Emelien est censé s’être détaché de sa petite société afin d’éviter les accusations de conflit d’intérêts mais à l’heure où nous mettons en ligne cet article, et un bon mois après sa prise de fonction, rien n’a été officialisé auprès du greffe du tribunal de commerce. Un nouveau cas de "phobie administrative" ?
À la FJJ, Ismaël Emelien a laissé de bons souvenirs, notamment dans une réflexion collective sur le thème de Repenser l’action publique , atelier qu’il co-dirigeait avec l’économiste Julia Cagé qui elle a soutenu à mort... la candidature Benoit Hamon à la présidentielle.

Autre fidèle en acier trempé, Stéphane Séjourné est conseiller politique. Ce trentenaire a été encarté au PS, occupé un poste au cabinet de Jean-Paul Huchon en 2012, et forcé sa chance en entrant à celui de Macron à Bercy. Depuis, il boulonne les relations avec les élus locaux.

Rebecca Peres est conseillère parlementaire, elle exerçait une fonction de conseillère politique dans le précédent quinquennat, auprès de Clotilde Valter secrétaire d’État à l’artisanat et à la formation professionnelle.
Quant à Fabrice Aubert, il couvre les questions relatives aux institutions, à l’action publique et à la transition numérique. Ce jeune haut-fonctionnaire a été également membre de think tanks, foyers d’idées caractéristiques de l’alliage du libéralisme-progressisme macronien, Les Gracques et Bouger les lignes.

Jusqu’alors, il était directeur des systèmes d’informatique et de communication du ministère de l’Intérieur. Énarque, il est passé par le secrétariat de la préfecture de l’Yonne et le cabinet d’un porte-parole, Laurent Wauquiez :
Laurent Hottiaux conseille sur les thèmes de sécurité intérieur. Moins connue de la technosphère, Sonya Djemni-Wagner, est conseillère sur les questions de justice. Première substitute à l’administration centrale du ministère de la justice, elle était depuis 2016, sous-directrice de la négociation et de la législation pénales de la direction des affaires criminelles et des grâces à l’administration centrale du ministère de la justice. La magistrate a aussi contribué à des réflexions et été la porte-parole d’un rapport en 2011, sur la justice, un pouvoir de la démocratie dans le cadre du think tank Terra Nova, socialiste libéral à l’origine et depuis, très macro-compatible.

Stanislas Cazelles est le Monsieur Outre-mer de l’Élysée. Caractéristique : il est issu de la même promotion qu’Emmanuel Macron, (promotion Léopold Sédar Senghor, 2004). L’énarque a déjà occupé plusieurs postes sous Sarkozy, au Ministère de l’Outre-mer au sein du cabinet de Marie-Luce Penchard (2010-2012). Depuis aout 2015, il était chargé de mission auprès du directeur général outre-mer à l’administration centrale de ministère de l’intérieur et au ministère de l’intérieur.

Des dossiers diplomatiques lourds et prioritaires comme ceux de la relance de l’Europe, des migrants ou du changement climatique.

La diplomatie du président mobilise des conseillers pour le monde entier, autour de Philippe Étienne.
L’Europe est prioritaire : Conseiller Europe et G20, Clément Beaune a de la suite dans les idées : il débuté sa carrière à la direction du Budget, au bureau des lois de Finances, rejoint le cabinet du premier ministre, Jean-Marc Ayrault, et surtout Emmanuel Macron, en 2014 à Bercy, en tant que conseiller pour les affaires européennes et budgétaires ; Conseiller technique Europe, Alexandre Adam diplomate venu de l’ambassade de France à Berlin ; conseiller technique Europe, Nicolas Jégou, polytechnicien et énarque, ancien maître de conf en macro-économie à Sciences-Po, était jusqu’alors dans l’administration de la Commission européenne.
Aurélien Lechevallier, énarque lui aussi de la même promo qu’Emmanuel Macron et ex-conseiller diplomatique d’Anne Hidalgo à la Marie de Paris, est le conseiller diplomatique adjoint et sherpa G7.
Franck Paris est le "Monsieur Afrique". C’est un ancien rédacteur Afrique centrale et orientale à la Direction Afrique et océan Indien (DAOI) du Quai d’Orsay. Il a été au cabinet de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, comme conseiller Europe jusqu’en 2015. Il est également le second énarque condisciple du président. La conseillère technique Afrique et relations bilatérales est la diplomate Marie Audouard. Leur fonction a démarré sur les chapeaux de roue avec le premier déplacement du chef de l’État au Mali pour saluer les forces françaises de l’opération Barkhane.
Ahlem Gharbi, énarque, franco-tunisienne, ayant vécu son baptème du feu à l’ambassade de France en Égypte au moment des printemps arabes est conseillère technique Afrique du Nord et Moyen-Orient, après être passée par Total.

Chargée des zones Asie, Russie, Caucase, Turquie, Balkans, et du dossier extrêmement lourd des réfugiés, Alice Rufo (la fille du célèbre pédopsy) aura fort à faire, d’autant plus que sa nomination a été précédée par des critiques et lazzis hostiles émanants de journalistes et de fonctionnaires du quai d’Orsay.
Monsieur cyber-sécurité au ministère des affaires étrangères, Étienne de Gonneville est désormais conseiller affaires stratégiques.
Signe des temps nouveaux, Jennifer Moreau est la conseillère technique pour ce qui concerne les politiques de développement et le changement climatique.

Des experts affutés sur les réformes du travail et des droits sociaux.

L’autre pôle assez chargé concerne l’économie, l’industrie, les questions sociales et les solidarités : Conseillère technique protection sociale et comptes sociaux, Marguerite Cazeneuve, HEC et Mc Kinsey, était sous le précédent quinquennat au cabinet du ministre des finances et secrétariat d’État au budget ; conseiller technique macro-économie, Charles-Henri Weymuller transfuge de la direction générale du Trésor où il a notamment suivi le traité de libre-échange transatlantique (Tafta) ; conseiller social, Pierre-André Imbert ancien militant d’Attac, et dir-cab au ministère du Travail durant le quinquennat précédent ; conseiller technique participations et économie numérique, Cédric O , un HEC qui a été de la campagne présidentielle autodétruite de DSK avant d’être attaché parlementaire de Pierre Moscovici et de le suivre à Bercy ; conseiller technique industrie, commerce et artisanat, Jonathan Nussbaumer, qui vient de la direction générale des entreprises au ministère de l’économie ; conseiller fiscalité et prélèvements obligatoires, Laurent Martel vient de l’inspection des finances, il était conseiller technique sous le dernier quinquennat auprès du Budget ( Cahuzac ; Cazeneuve) ; conseiller entreprise, attractivité et export, Emmanuel Miquel, a un parcours de capital-risqueur et était responsable des comptes de campagne d’Emmanuel Macron ; conseiller énergie, environnement, transports, Antoine Pellion, ingénieur des mines vient en ligne directe du cabinet de Ségolène Royal au ministère de l’écologie ; conseiller technique énergie, Thibaud Normand  ; conseillère technique écologie, Diane Simiu, polytechnicienne, a été directrice des programmes du WWF et chef du bureau du marché des carbones au ministère de l’écologie ; conseiller technique transports, Jimmy Brun est ingénieur ponts et vient du ministère de l’écologie où il a officié au bureau de la qualité de l’air puis à celui de l’ouverture à la concurrence des marchés ferroviaires ; conseiller technique logement, Tristan Barrès reprend à l’Elysée la même fonction qu’il a occupé au Logement avec les ministres Sylvia Pinel, puis Emmanuelle Cosse ; conseillère cohésion des territoires, logement, Anne-Claire Mialot, venue de la fonction publique territoriale était conseillère à Matignon pour Manuel Valls et Bernard Cazeneuve ; conseillère solidarités et santé, Marie Fontanel était directrice régionale déléguée de l’ARS ( Agence régionale de santé) de la région Grand Est, par ailleurs elle est aussi issue de la fameuse promotion Léopold Sedar Senghor ; Le conseiller économie, finances, industrie, Alexis Zajdenweber a fait l’essentiel de sa carrière à la direction générale du Trésor au ministère de l’économie et des finances, suivant des dossiers comme le blanchiment. Conseiller de "Mosco" à Bercy, il était jusqu’alors directeur des participations "énergie" de l’Agence des participations de l’État (APE). En 2007, il appelait à une réforme du PS dans une tribune publiée par Marianne et co-signée avec Benjamin Griveaux, Gaspard Gantzer, Lionel Choukroun et Mathias Fekl, mais ça c’était dans le monde PS d’avant.
Audrey Bourolleau est la conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural. Elle est d’ores et déjà mise sous haute surveillance médiatique car c’est une ancienne lobbyiste de l’industrie viticole.

Pour les questions de société et de culture, le casting est plus original et symbolique.

Une conseillère culture franco-italienne comme symbole fort de l’Europe d’une culture commune, et un techno super-U pour l’enseignement supérieur.

Conseillère technique droits humains, francophonie, rayonnement culturel, société civile, Soria Blatmann avait déjà occupé un poste similaire à Matignon auprès de Jean-Marc Ayrault (2012).
Conseillère technique inclusion, égalité femmes hommes et citoyenneté,
Constance Bensussan. ancienne IGAS, était jusqu’alors secrétaire générale de la lutte contre les discriminations.
Conseillère culture et communication, Claudia Ferrazzi, franco-italienne, symbole d’une culture commune européenne. Auparavant, cette énarque qui a croisé le futur président à l’Inspection des finances a été administrative adjointe du Louvre et secrétaire générale de la Villa Médicis. Son mari, Patrice Backhouche, est un proche de Matteo Renzi et est l’ancien dir-cab de Fleur Pellerin à la Culture.

Conseiller enseignement supérieur, recherche et innovation, Thierry Coulhon est mathématicien de formation, professeur notamment à l’université de Cergy-Pontoise dans les années 1990-2000. Mais il est un surtout un techno super-U. Il a engrangé de nombreuses fonctions administratives au sein de l’université ( vice-président du conseil scientifique de 1995 à 1996, vice-président à la contractualisation de 1996 à 1999, et chargé de mission culture de 1999 à 2003, puis est élu président de juin 2004 à juillet 20082). Il a été aussi élu vice-président de la Conférence des présidents d’université (2006-2008). Durant le quinquennat Hollande, il a pris de l’air comme directeur du Mathematical Sciences Institute de la Australian National University (ANU) à Canberra. Pour mieux revenir en 2015 comme président de l’Université de recherche Paris Sciences et Lettres (PSL Research University).
Il a déjà été conseiller sous le quinquennat Sarkozy : conseiller spécial au sein du cabinet de la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Valérie Pécresse depuis juin 2008, il avait supervisé l’application de la loi sur l’autonomie des universités avant d’être nommé directeur adjoint du même cabinet ministériel (2009-avril 20102).

Enfin, Cyril Mourin , ancien adjoint à la mairie du XIVe et ex- dir-cab de Thierry Braillard, Secrétaire d’État aux sports, est conseiller sport, engagement associatif, et a un oeil particulier sur les gros enjeux que représentent une éventuelle sélection de Paris pour l’organisation des J.O.

À noter, innovation, qu’une dizaine de ces collaborateurs sont partagés avec Matignon (qui compte d’ailleurs avec 47 membres plus de conseillers que l’Élysée). Il s’agit de Diane Simiu, Marguerite Cazeneuve, Cédric O, Tristan Barrès, Laurent Martel, Constance Bensussan, Jimmy Brun, Jonathan Nussbaumer et Charles-Henri Weymuller.


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