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Monsieur Bill, un fait-divers de cinéma-vérité

vendredi 1er juillet 2011, par Emmanuel Lemieux

Monsieur Bill a été guillotiné le 26 juillet 1960. Monsieur Bill (1936) était à l’entame de ses vingt ans. Monsieur Bill a alimenté la presse populaire des faits-divers, a éclairé les photographies de Détective et de France Soir, aura accroché telle une boule stroboscopique à fantasmes toutes les opinions et tous les dégoûts. Monsieur Bill a terrifié, a fasciné, a déconcerté. Monsieur Bill en fut satisfait qui, arrêté pour un crime affreux, puis un crime parfait avoué, alla jusqu’au bout de sa mythomanie et de ses provocations, et expérimenta à fond un suicide médiaticosocial, sanctionné par la guillotine. L’écrivain Alexandre Mathis a repris le dossier empoussieré, et fait repartir ce vrai petit film noir de la fin des années cinquante.

"Sur Internet, je suis tombé sur un ramassis d’âneries concernant Georges Rapin alias Monsieur Bill.", témoigne Alexandre Mathis. Ce qui lui a donné le déclic est la photographie qui figure en couverture de cette biographie rêvée -à moins que ce ne soit un rêve biographé-, intitulé Les fantômes de M. Bill. Dans un roman vrai précédent, Allers sans retours, l’écrivain avait également restitué la vie hallucinée et contaminée par le cinéma d’un autre assassin. "Cette photo représente M. Bill, le 4 juin 1959, dans l’escalier de la 1ère Brigade territoriale, bizarrement elle n’a pas été publiée dans la presse mais dans deux ouvrages sur l’affaire " décrit l’auteur. On y voit un jeune homme, dandy, derrière ses lunettes noires, et qui, malgré les menottes serrées, fume un mégot avec une élégance de jeune premier. On sent tout le potentiel d’un petit fauve de l’exhibition .

La parade et l’oubli

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Georges Rapin alias Monsieur Bill. Avant d’être un assassin, l’apprenti-comédien aimait à diffuser ce portrait. (Source : Paris-Match)

Pour élucider M. Bill, l’écriture d’Alexandre Mathis se trousse dans la topographie d’un Paris onirique, bâti avec le relevé obsessionnel des adresses des annuaires de l’époque, mais aussi dans le matériau des coupures de presse, et surtout des figures imposées et des références aux noirceurs du cinéma français. Du propre aveu de l’auteur, des images, des scènes, des attitudes vécues par Georges Rapin fonctionnent en fondu-enchaîné dans la fiction cinématographique de l’époque. Emane de ce biopic vénéneux et poétique, une mélancolie moirée, une sensation gazeuse de réalité.

Ce criminel là aurait pu être une silhouette du Rififi chez les hommes, avec un regard intriguant tiré de La vie criminelle d’Archibald de la Cruz, et un mouvement brusque aperçu dans A bout de souffle. " Le cinéaste Joël Séria qui l’a croisé à l’époque en a conservé, ce sont ses termes, un souvenir glaçant" confie l’écrivain biographe. Son petit théâtre choisi était les bars de de Pigalle. Le jeune bourgeois rêvait d’être comédien, prenait des cours, prit surtout la pause canaille mais sa grande scène définitive fut un fait-divers de grande cruauté. Pourquoi tua t-il de cette façon, la nuit du 30 mai 1959, ( jour anniversaire de la mort de Jeanne d’Arc), et dans la forêt de Fontainebleau, Dominique Thirel, petite amie, petite entraîneuse de bars à bouchons, cinq balles dans le corps et immolation par essence, alors qu’elle vit encore ? M. Bill porte le fer. M. Bill joue avec le feu. Lui qui voulait se faire adopter comme truand de Pigalle, fut lâché par ce milieu même qui ne souhaita pas voir son ordre remué par cet être fantasque, et se débrouilla pour que la Première Brigade Territoriale du commissaire Chaumeil lui mette le grappin dessus. Arrêté, M. Bill capta alors toute la lumière, et tenta de prolonger le plaisir en s’accusant du meurtre d’un pompiste, puis au fil des jours, d’une dizaine de meurtres supplémentaires. Cette obstination à parader avec des images factices et des miroirs de Narcisse le conduisit tranquillement à l’échafaud. Exécuté dans la torpeur de l’été, le condamné n’eut pas le droit à la remémoration d’une tombe, mais au carré des suppliciés d’Ivry, puis plus tard à l’anonymat glacé du cimetière de Thiais.

Alexandre Mathis offre à M. Bill, cinquante ans après sa disparition, son press book le plus complet et toujours aussi intriguant.


Repères :

Par Jacques Richardle 25 novembre 2012 : Monsieur Bill, un fait-divers de cinéma-vérité

Le passionnant livre d’Alexandre Mathis est "déjà" un film "en bouteille millésimée" !

Le cinéma comme on l’aime suinte à chaque page, et on rêverait qu’il soit possible de reconstituer le décor de Pigalle grandeur nature en studio pour adapter ce polar noir (et blanc) afin de retrouver le secret perdu des films de Jean-Pierre Melville.
Un tabac assuré, à notre époque où "fumer tue" !
Lire "Les Fantômes de Monsieur Bill" sans modération est un acte de résistance à notre époque "policée" du politiquement correct.

- Monsieur Bill, un fait-divers de cinéma-vérité

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le 24 novembre 2012 : Monsieur Bill, un fait-divers de cinéma-vérité

pour écouter

Alexandre Mathis, Jacques Pradel, RTL : L’affaire Georges Rapin - sur "Les Fantômes de M. Bill"

http://www.rtl.fr/emission/l-heure-du-crime/ecouter/l-heure-du-crime-du-02-juin-2011-l-affaire-georges-rapin-7691513747


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