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Viviant J-1

samedi 10 juin 2017, par Emmanuel Lemieux & Olivier Roller

Rencontre à la veille du premier tour des législatives avec un candidat, journaliste littéraire et politique, qui revendique une "déprofessionalisation" des élus.

Le Feuilleton du quinquennat. Une toute dernière vidéo pour la route sur son compte Tweeter, une Stella, la première depuis le début de la campagne, une pause dans le Jardin des Tuileries à vue de l’Assemblée nationale... Il fait partie des centaines de candidats aux législatives, petits destins zappés, happés ou envolées selon la grande loterie électorale. Son sort sera scellé à 20 heures dimanche 11 juin. Promis juré, quoi qu’il arrive c’est "ma première et dernière campagne électorale de toute mon existence".

L’Obs lui a consacré un article bienveillant et un shoot devant le Palais-Bourbon dans lequel il aimerait tellement parlementer. Il pensait que le comité éditorial de Grasset accepterait son projet de récit de campagne, mais il a été recalé malgré le parrainage de Yann Moix. Arnaud Viviant, journaliste et romancier, a du sauter sans élastique et sans étiquette au maillot dans le grand bain à remous. L’ à-valoir consenti par un éditeur aurait pu financer sa campagne, l’intello précaire en a été de sa poche. Quelque chose comme 1200 euros, coût d’impression à l’os des affiches et des bulletins de vote pour la circonscription du 18e arrondissement. Singularité : son affiche à l’italienne et le code-couleurs évoquent plus une couverture de livre de Gallimard. Le reste, c’est économie de guerre, système D des réseaux sociaux et amitiés de rencontre.

" La campagne m’a permis de toucher du doigt cette professionnalisation morbide : franchement pourquoi El Khomri ou Bournazel s’obstinent-ils à décrocher un énième mandat ? "

Le rédacteur en chef de Charles, excellente revue de culture politique, depuis prend des notes et des émotions en rafale. Un insupportable mégalo XXL à prétention debordienne-libertaire hors-sol ricanent certains. Lui se veut ethnographe de lui-même. Il a découvert ses limites et ses propres forces, la puissance du verbe, même devant une assemblée de quelques dizaines de personnes dans un bar à tapas. Il y a cette follower qui ayant pitié de lui, a été collé "professionnellement" les affiches du candidat dans les spots officiels du 18e arrondissement. Il y a cette psychanalyste de la Butte, régnant sur toute la psyché montmartroise, qui lui a ouvert son carnet d’adresses et quelques clés locales. Convaincre, argumenter, séduire. Mais aussi observer. Beaucoup. Vivre une campagne de l’intérieur. " Là on sent vraiment la violence et la portée des mots" remarque le chroniqueur littéraire du Masque et la Plume, qui aura pris beaucoup de plaisir à fignoler ses discours, les apprendre par coeur et les déclamer sans aucune note. Il faut l’entendre déguster comme des bonbons, ces mots qu’il choisit dans une incarnation vibrante à l’ancienne.

À J-1, Viviant sans parti est t-il vraiment parti ? Il se présente dans une circonscription où se battent de façon très caricaturale les "professionnels" de la politique : Myriam El Khomri (PS) et Pierre-Yves Bournazel (LR) qui se réclament tous deux de " la majorité présidentielle avec Emmanuel Macron", sans oublier les pistoleros de la gauche dite radicale toujours aussi forts pour les duels narcissiques et fratricides : Caroline de Haas ( PCF, EELV, Ensemble-le microparti de Clémentine Autain) contre Paul Vannier (La France insoumise, toute seule). Dans ce territoire bigarré, on trouve une flopée de cinquante nuances de progressistes, de droite dure contre droite molle, de gauche 100% bio, de décroissants, de cheminadiste et d’asselauniste, d’ouvriériste et de citoyens vrais de vrai. Lui même ne figure même pas dans les courriers de profession de foi, enveloppes vomissant tracts et prospectus. Il pourrait être proche idéologiquement de la liste #mavoix. S’il a fait cette campagne, Arnaud Viviant le doit à un texte, sa tribune ironique intitulée Comme tout le monde je suis candidat, publiée dans Le Monde en 2016 sur la professionnalisation du monde politique : " La campagne m’a permis de toucher du doigt cette professionnalisation morbide : franchement pourquoi El Khomri ou Bournazel s’obstinent-ils à décrocher un énième mandat ? Pour faire quoi ? Je pense qu’ils l’ignorent eux mêmes." Ce qui est cruel dans cette histoire, c’est que cette même analyse de la "déprofessionnalisation" nécessaire des recrues de la république a été partagée, si ce n’est systémisée par l’actuel président. Le 11 juin Macron sera vraisemblablement en marche à grandes enjambées, élu ou pas Viviant continuera sa route.

> Lemieux&Roller


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