Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Lagence de presse des Idées

Crise du syndicalisme : à qui la faute ?

Publié le 17 mars 2021 par


Ces deux ouvrages aux statuts différents, une analyse, un témoignage, se penchent sur les causes de la crise lente et profonde du mouvement syndical.Mais qui est la poule, qui est l’œuf de cette crise endémique, la société, le nouvel ordre du travail, les centrales syndicales, leurs leaders ? Michèle Millot et Jean-Pol Roulleau, qui animent l’Observatoire des relations économiques et sociales, passent en revue cette méforme du syndicalisme. Celui-ci semble mourir à petit feu. Mais, partant de la conclusion des auteurs : « le syndicalisme n’a d’avenir que s’il fait preuve de son utilité », il est possible de suivre leur raisonnement : les organisations naguère vives sont aujourd’hui atones, leur faiblesse viendrait de leur incapacité à affronter les transformations du monde et de l’entreprise, peinant à comprendre les nouveautés. Les solutions proposées sont simples : participer à l’entreprise, la gérer, améliorer le bien-être des salariés, accompagner les processus de décision, la transition numérique et écologique et prendre en compte les nouvelles couches de syndicalisables, souvent travailleurs indépendants et qui subissent la crise, particulièrement depuis la pandémie. Millot et Roulleau proposent la relance des sections d’entreprise, créant ainsi un syndicalisme de proximité, pouvant même, le cas échéant, tenter de sauver l’entreprise en difficulté.
Las, le syndicalisme de service proposé tient plus de l’accompagnement social de l’entreprise que de la défense des intérêts matériels et moraux des salariés. Rappelons que, s’il s’agit de proposer des services aux salariés, cette idée a été théorisée il y a plus de cent ans sous l’expression « syndicalisme à bases multiples ». Il n’est pas sûr que les remèdes proposés améliorent en quoi que ce soit les relations sociales dans le monde du travail, nombre de salariés témoignant de la difficulté d’implanter une section syndicale dans une entreprise.

Et ce n’est pas non plus le portrait que Jean-Bernard Gervais campe de la CGT et de son actuel leader, Philippe Martinez, qui risque d’améliorer l’image de la Centrale.Il décrit une confédération laminée par des divisions internes, abasourdie par les échecs successifs lors des différents conflits sociaux. Mais il y a quelque chose de la déception et de la rancœur dans le témoignage de l’auteur. Son profil traduit bien les efforts que cherche à produire la CGT en terme de lien social. Il a été recruté en 2016 comme conseiller à la communication dans la nouvelle équipe de Philippe Martinez. Rien ne permet de dire que ce qu’il avance est entièrement vrai ou entièrement faux. Le lecteur se retrouve dans l’insécurité de l’interprétation permanente. Tout ce qui a été dit ou fait dans la Centrale est considéré par son auteur comme négatif. Martinez n’est pas l’homme de la situation. Chargé de la communication, ses relations se sont dégradées assez vite avec son employeur syndical, jusqu’au point de non-retour et au conflit. 
Son récit est aussi une chronique de ces quelques mois durant lesquels la Centrale va d’échec en désillusion sans trouver les moyens même de sauver les meubles et les apparences : défaite aux élections professionnelles face à la CFDT – qui est en fait un échec de la CGT face à elle-même –, déroutes sociales contre Macron sur la réforme du fret… le constat est amer et sans appel. Le principal responsable en serait Philippe Martinez. Mais d’emblée dans le récit plusieurs aspects font tiquer le lecteur. La présentation de Suresnes comme une banlieue chic semble, pour les années 1960, surprenante. Ainsi le parcours confédéral et la formation de Martinez n’ont pas été vraiment étudiés. En effet, avoir un père Interbrigadiste, puis responsable du Parti, avoir participé chez Renault à la défense des dix salariés menacés de licenciement entre 1986 et 1988 ne nous paraît pas  anodin dans le mouvement communiste et syndicaliste, même sur le déclin. Enfin, Gervais censé incarner un point de vue moderne ne prend surtout pas du tout en compte l’évolution du syndicalisme, qui depuis les années 1980 – sauf en 1995 – a perdu de sa superbe et quasiment tous les conflits dans lesquels il s’est engagé. 

On ne peut qu’être déçu par ces deux ouvrages qui ressassent de vieilles lunes ou de vieilles rancœurs, mais ne parviennent pas à trouver des pistes pour sortir de l’impasse.
Sans avoir de solution à la crise traversée par les organisations syndicales, lorsque l’observateur regarde les autres forces politiques et sociales, il peut s’interroger sur l’état général du tissu social pour constater que ce n’est pas mieux ailleurs… On pourrait ajouter en inversant la phrase de l’homme d’affaires américain, Warren Buffet : « Il y a une guerre de classe, nous sommes en train de la perdre. »

Renouveau du syndicalisme : défis et perspectives, Michèle Millot et Jean-Pol Roulleau, Le passeur, 318 p., 21,50 €. Paru janvier 2021.
Au royaume de la CGT. La résistible ascension de Philippe Martinez, Jean-Bernard Gervais, Michalon, 286 p., 19 €. Paru janvier 2021.

Abonnez-vous ! Partager sur Twitter Partager sur Facebook

Laisser un commentaire

Ce site web utilise ses propres cookies et ceux de tiers pour son bon fonctionnement et à des fins d analyse. En cliquant sur le bouton Accepter, vous acceptez l utilisation de ces technologies et le traitement de vos données à ces fins. Vous pouvez consulter notre politique en matière de cookies.   
Privacidad