Influences : n.f.
  1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
  2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
  3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

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La Nouvelle Droite et ses variants

Publié le 6 avril 2021 par


Il faut bien commencer par une critique de  forme pour ce livre qui n’est pas édité. Des économies ont été faites sur la préparation de copie ; malheureusement cela se voit. L’ouvrage est constitué d’articles publiés à diverses occasions et rassemblés pour constituer une réflexion de fond sur la Nouvelle Droite. Le sujet est nécessaire et urgent, dans la mesure où les idées mises ici en évidence ont conquis l’opinion publique très au-delà de l’extrême droite en tant que telle. Le sujet est si important qu’il mériterait un livre, et non pas une collection d’articles qui  multiplient les redites et souvent s’interrompent au moment où la réflexion prend réellement forme. L’ouvrage  pèche donc un peu en termes de synthèse : il faut dire que, avec la Nouvelle droite, la grande difficulté réside précisément dans la conception d’une synthèse, dans la mesure où le GRECE, qui constitue le point de départ de l’analyse, et les groupes et idées qui s’y rapportent ou s’y sont rapportés, a donné naissance à des « dissidences », à des scissions, à des ruptures, qui ne sont pas toujours idéologiques.

Stéphane François revient à juste titre à la personnalité clivante d’Alain de Benoist, et s’emploie à retracer l’évolution de sa pensée et ses réajustements permanents, qui brouillent la lisibilité de la mouvance – tel est le terme qui est choisit pour rendre compte de  cette extrême droite théorique et de ses productions intellectuelles. Dans sa conclusion l’auteur propose que le thème de l’identité soit la porte d’entrée de ce monde qui rassemble des  personnalités et des conceptions fort différentes, où l’on peut noter l’extrême rareté des femmes – une seule est ici citée.

Pérénnialisme, folkisme, nordicisme, néopaganisme, mixophobie…

La description propose, chapitre après chapitre, les différents thèmes qui forment la constellation de l’extrême droite théorique : la haine de l’autre, la relation avec la Tradition ou le pérennialisme, celle avec le nazisme, l’écologie, le folkisme, le néopaganisme, le nordicisme, l’antisémitisme, et donc rappelle la structure  fondamentalement binaire de cette pensée : le Nord et le Sud,  le couple ami/ennemi, le progrès vs. la révolution conservatrice. Et oublie entre autres la tension homme/femme ou encore la question, très rapidement abordée, de l’aristocratisme. Ces oublis viennent de la composition du livre qui n’est pas systématique : un article sur Guillaume Faye, un sur Alain de Benoist, mais Robert Steuckers qui est une figure récurrente à droite n’a droit qu’à une note de bas de page. Sans doute des notions récurrentes – nordicisme, néopaganisme, mixophobie, entre autres – et l’analyse de la méthodologie propre à la  mouvance permettent-elles de reconnaître, comme autant de marqueurs, ce qui unifie cette pensée dans ses différences. L’obsession « nordiciste », entre science, alterscience et idéologie, est particulièrement bien mise en évidence par l’auteur qui en est un des meilleurs spécialistes : le glissement permanent d’un travail de recherche à une idéologie raciste, de l’étude d’une civilisation à l’invention d’une race prétendument supérieure, et qui serait en danger du fait des « mélanges » raciaux. Les continuités sont parfaitement décrites entre le néopaganisme et en particulier l’écologie qui comme projet anti Lumières n’est pas  un engagement récent de l’extrême droite théorique, mais bien un de ces thèmes phares. Les projets politiques qui découlent de ces positions, à mi-chemin entre la recherche fondamentale (par exemple sur les Indo-européens) et l’instrumentalisation politique ne sont pas assez mis en évidence ici : ils sont simplement opposés au positionnement « quiétiste » des pérennialistes héritiers de Guénon qui s’en tiendraient  aux spéculations ésotériques

Mes critiques  révèlent une frustration : en réalité tous les thèmes importants sont  évoqués, ainsi que les stratégies de la Nouvelle Droite par exemple en direction de la gauche. Ce qui manque, c’est une réflexion systématique, ou plutôt de faire comprendre en quoi tous ces groupes font en réalité système. Certes nous avons des références à la pensée d’Evola ou de Gunther, ainsi qu’une discussion sur René Guénon, mais rien sur Maurras qui a cependant constitué un racisme civilisationnel – par opposition au racisme biologique –, et mériterait de figurer dans la généalogie de la Nouvelle droite. En réalité le livre est  extrêmement riche, à la fois en informations et en réflexions. Il problématise un grand nombre de sujets et, fondé sur un travail de recherche approfondi, sérieux, incontestable, il entre dans la plus fine nuance pour distinguer les ramifications et les filiations. Le travail théorique sur la notion de mouvance est bien mis en place, et l’analyse du gramscisme ou de la métapolitique de cette extrême droite (p. 25-26) est lumineuse.

La Nouvelle Droite et ses dissidences. Identité, écologie et paganisme, Stéphane François, Le Bord de l’eau, 240 p., 20 €. Paru janvier 2021.

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