Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Lagence de presse des Idées

Anarchisme théorie

Publié le 13 avril 2021 par

Publication aux éditions de L’Échappée d’un livre collectif qui veut renouveler la théorie de l’anarchisme devant les nouveaux enjeux du XXIe siècle.

Pour un anarchisme révolutionnaire, Collectif Mur par Mur, L’Échappée, 286 p., 17 €. Paru 16 avril 2021.

Par Sylvain Boulouque

Paradoxe contemporain, l’anarchisme sature de multiples imaginaires de la culture pop et inspire des micro-expériences locales, alors que son expression politique publique, elle, est quasi inaudible. Les anarchistes ont perdu de leur vigueur théorique d’antan et sont comme absents de l’agora. Partant de ce constat, le collectif Mur par Mur (on ignore qui ils sont, des universitaires probablement, et qui nous imposent sans discussion, une confiance de principe) défriche les terrains oubliés de l’anarchisme et tente de rénover une approche théorique. Constat : au XXIe siècle, l’anarchisme est totalement éclaté. Il essaime en Zones d’autonomie temporaires, expérimentant des horizons possibles mais sans parvenir à redonner un sens global au mouvement libertaire, contrairement à toutes les expériences qui ont eu lieu lors des deux siècles précédents. Le collectif intellectuel reprend lui la tradition de l’anarchisme insurrectionnel et organisationnel qui depuis le XIXe siècle veut  que l’ensemble des expériences converge vers la destruction de l’autorité et du capitalisme.

L’ouvrage se compose de trois grands thèmes. Il rappelle ce qu’a été l’anarchisme historique et révolutionnaire, notamment à travers la pensées de Bakounine et de Malatesta. Puis, retour sur les mutations contemporaines de l’anarchisme qui, du Comité invisible jusqu’aux expérience de contre société et d’investissement des libertaires dans les luttes contemporaines – associatives, environnementales, féministes, antiracistes, culturelles, etc… – , présentent une forme de post-modernisme. Celle-ci semble faire perdre au mouvement libertaire ce qui a été pendant longtemps l’expression de sa force collective, chaque libertaire œuvrant vers la construction d’une autre société.

Mur par Mur fait de la destruction de la société industrielle et de ses nouvelles techniques de domination numériques, l’objectif principal de l’anarchisme au XXIe siècle

Pour le collectif, les Gilets jaunes ont posé de nouveau la question de la remise en cause du pouvoir. Nous objecterons qu’une intentionnalité révolutionnaire a existé certes, mais que celle-ci a été plus que limitée et très temporaire contrairement à ce que laisse entendre sans trop de rigueur, le collectif d’auteurs. Mais la question des Gilets jaunes n’est par centrale, car Il est important selon l’analyse du collectif, de souligner la portée des actes révolutionnaires. Il refuse le schéma marxisant des contradictions du capitalisme dans le système qui le conduirait à sa perte, affirmant les capacités politiques des insurgés à mettre à bas l’ancien monde. Les actes révolutionnaires s’opposent à toutes les formes de pouvoir et cherchent non pas à s’adapter mais à détruire la société. Mur par Mur fait de la destruction de la société industrielle et de ses nouvelles techniques de domination numériques, l’objectif principal de l’anarchisme au XXIe siècle. Il propose une remise en cause direct de ce système, plus importante que les autres luttes sectorielles. En reprenant les classiques de son histoire politique, Mur pour Mur rappelle que l’objectif premier de l’anarchisme est la destruction conjointe de l’État et du capitalisme. Il la nomme joliment la politique du ratage. Il réinterroge ainsi l’imaginaire libertaire et ses capacités d’organisation, né des tentatives insurrectionnelles de la Commune de Paris et de la Révolution espagnole.

L’essai revigorant, bien construit bien écrit, appelle quelques interrogations et commentaires historiques. D’abord, il convient de souligner que l’une des originalités de l’anarchisme a toujours été de multiplier les pratiques. Au XIXe siècle et au XXe siècle, les compagnons mettaient en avant l’expérience qui découlait de l’idée. Aujourd’hui, la floraison des pratiques sans qu’elles ne soient rattachées à un but global a tendance à faire perdre à l’anarchisme tout son sens et le faire dérailler de son inscription historique. Il existe également des limites dans la critique de ces pratiques. Par exemple, sur la compatibilité actuelle de l’anarchisme avec la social démocratie, celle-ci a toujours existé. Que l’on se souvienne du syndicalisme révolutionnaire historique ou ds tentatives de républiques éducatives chères à Paul Robin, de l’orphelinat de Cempuis ou encore d’un Sébastien Faure avec la Ruche. On peut aussi s’interroger sur les autres expériences révolutionnaires de type bolchevique ou réformiste social-démocrate qui ont dénaturé, voire entacher l’idée de transformation du monde. Ces échecs auraient pu donner une nouvelle chance à l’anarchisme mais pour le moment celui-ci a été emporté dans ce même torrent. Les expériences de l’anarchisme et son rapport à la violence, en Espagne par exemple, n’ont pas été analysées jusqu’au bout. Ce non travail intellectuel a participé à la désagrégation d’une théorie. Enfin, le dernier aspect abordé par cet essai est peut être l’élément théorique le plus passionnant de la réflexion. Il concerne la destruction des pouvoirs. En effet, si les mécanismes de domination restent les mêmes, les techniques elles ont profondément changé. Reste à savoir quels sont les types d’insoumission et d’ingouvernabilité aujourd’hui qui pourrait faire vaciller ce pouvoir mutant, et si l’affirmation de l’anarchisme comme mode expression politique constitue un horizon possible.

L’ouvrage s’inscrit dans la tradition anarchiste insurrectionnel d’inspiration communiste libertaire. Il pose des questions passionnantes, autant à ceux qui s’intéressent à l’anarchisme qu’à ceux qui s’en réclament. Gageons qu’il suscite des débats pour reformuler la réflexion et les pratiques libertaires. Rien que pour cela, le livre doit être lu et analysé.

http://data.abuledu.org/URI/58635393
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