Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Lagence de presse des Idées

Esprit saboteur es-tu là ?

Publié le 21 avril 2021 par

Relire un classique de l’anarchisme, Le Sabotage d’Émile Pouget.


Par Sylvain Boulouque

Émile Pouget.

La remise en circulation d’une édition imprimée du Sabotage d’Émile Pouget est une excellente idée. Pour mémoire, Pouget appartient aux figures de l’anarcho-syndicalisme. Il naît en 1860 et meurt à 71 ans dans l’oubli, entouré seulement des débris d’une vieille garde syndicaliste révolutionnaire. Il a émergé comme un militant insurrectionnel, façonné par un milieu familial très attaché à la question sociale. Il assista, par exemple, au procès des fédérés narbonnais, dès l’âge de 11 ans. Quand il débarque à Paris, l’adolescent de 14 ans travaille dans le grand magasin Au Bon Marché, où il fonde le syndicat des employés de commerce et participe au groupe libertaire naissant. Anarchiste insurrectionnaliste, il rédige des textes antimilitaristes mais surtout met sa pensée en acte, participant au pillage de boulangeries lors de la manifestation du 9 mars 1883.  À son procès, il revendique à la fois ses textes radicaux et les pillages. Condamné à huit ans de prison, il en effectue trois. Il tentera ensuite de créer un quotidien anarchiste avant de fonder le Père Peinard. Obligé de s’exiler en raison des lois scélérates de 1893-1894, Pouget était quant à lui rétif à la propagande par le fait. En Angleterre, il participe au regroupement libertaire autour de la revue The Torch, et découvre la théorie et la technique du sabotage. A son retour en France, Émile l’indocile est d’abord spontanément circonspect quant à la défense du capitaine Dreyfus. Son allergie antimilitariste l’oppose aux partisans du capitaine, leur demandant de s’engager avec la même fougue pour le sort des bagnards anarchistes injustement condamnés. Puis finalement, il s’y lance à corps perdu. Après l’expérience du Journal du peuple, le quotidien anarchiste dreyfusard, dont Pouget et Sébastien Faure ont été les chevilles ouvrières, il œuvre à la construction de la CGT, défendant contre Jaurès l’idée de grève générale. Il se fait apôtre de la journée de 8 heures. Émile Pouget est l’un des principaux prometteurs de la neutralité politique dans le mouvement syndical, affrontant même ses propres compagnons libertaires sur cette question.

La théorie du sabotage aujourd’hui serait bien plus difficile à mettre en œuvre dans une société de la surveillance généralisée

À partir de 1910, il prend du recul et devient l’un des commentateurs avisés et l’une des voix écoutées de la vie de la CGT et du mouvement libertaire, publiant régulièrement ses analyses. C’est dans ce contexte qu’il rédige le Sabotage. Le texte est daté, renvoyant à une pratique sociale ancienne, qui ne se limite pas à la destruction de l’outil de travail mais s’inspire aussi des refus d’obéissance, le Go Canny, « Ne te fatigue pas » en écossais, c’est-à-dire «Produis moins que ce que l’on te demande ». Refuser les ordres et les contraintes, tel pourrait être le sous titre du texte. Le Sabotage peut être aussi, ce qui semble plus évident, la destruction de l’outil de travail ou la mise hors service de la production en rendant quelques produits nécessaires inutilisables. Ce qui fait le débat et le piment du texte aujourd’hui, c’est que la technique du sabotage serait bien plus difficile à mettre en œuvre dans une société de la surveillance généralisée. Il reste des pratiques proches comme le boycott et une autre totalement perdue, le label syndical, qui pourraient être remise au goût du jour. Le Sabotage, quant à lui, ne relève plus directement des pratiques employées dans le monde du travail.

Un petit regret, l’édition est suivie d’un second texte, Le Parti du travail. Pouget y refuse les chapelles politiques dans la confédération. Mais la logique éditoriale aurait voulu que soit plutôt réédité l’admirable et tout aussi subversif L’ Organisation du surmenage, consacré au taylorisme, dont le texte est en résonance avec les pathologies du monde du travail d’aujourd’hui. Ce qui n’empêche pas de relire ce classique d’Émile Pouget, remarquablement illustré par l’éditeur.

Le Sabotage, Émile Pouget, Nada éditions, 142 p. 8 €. Paru avril 2021.

Abonnez-vous ! Partager sur Twitter Partager sur Facebook

Laisser un commentaire

Ce site web utilise ses propres cookies et ceux de tiers pour son bon fonctionnement et à des fins d analyse. En cliquant sur le bouton Accepter, vous acceptez l utilisation de ces technologies et le traitement de vos données à ces fins. Vous pouvez consulter notre politique en matière de cookies.   
Privacidad