Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Lagence de presse des Idées

#Politique

Mickaël Nogal, le député sans parachute

Publié le 29 avril 2021 par

Être un élu LREM. Un parlementaire vient de publier La séance est ouverte (Rocambole), son témoignage de l’intérieur. Donne-t-il envie pour 2022 ? Rencontre.


Mickaël Nogal, député LREM et auteur de La séance est ouverte, Paris, mardi 27 avril 2021. © Olivier Roller pour Les Influences.

Depuis août dernier, Mickaël Nogal (né en 1990) s’est mis au parachute. L’art du vertige et de la chute libre. « Pour l’instant, je n’ai pu faire que trois sauts, l’aérodrome est fermé pour cause de Covid, nous explique t-il. C’est un sport extrême que l’on doit savoir maîtriser pendant une durée de  6 minutes. »

En politique, il n’a pratiqué pour l’instant que le parachutisme ascensionnel. En 2012, élection de François Hollande, le toulousain Mickaël Nogal était au MJS (Mouvement des jeunes socialistes). En 2017, on le comptait parmi la garde des JAM (les Jeunes avec Macron). Entre les deux, l’orphelin en 2012 du candidat Dominique Strauss Kahn a connu les atermoiements d’un quinquennat : « Hollande a fait deux ou trois choses, mais la déception s’est installée. Et puis j’en avais assez de ce parti où l’on ne débattait plus depuis des années. L’excommunication est toujours de mise dans un jeu interne suicidaire, le jeu de “Qui sera le plus à gauche”. On me disait “tu es de droite”, donc sous-entendu tu pars. La transformation du Parti socialiste en un petit noyau de gens centrés sur eux-mêmes et qui n’ont que le mot d’ordre de se rassembler entre eux me désole. » Pour prendre un peu d’air, il crée, avec Sacha Houlié et Pierre Person, deux autres futurs moines-soldats comme lui du macronisme, un micro think tank, La Gauche libre, qui ne durera que la distance à parcourir d’un bac à sable. Une rencontre à Bercy avec le ministre Emmanuel Macron, et c’est l’échappée belle. Mickaël Nogal devient le responsable de la presse et de la com’ des JAM et vit « l’adrénaline » de la campagne de 2017. Il a même été le chauffeur du candidat Macron en tournée à Toulouse : « Ce jour-là, faute de moyens, c’est moi qui faisais office de chauffeur. J’avais emprunté la voiture de mon père car je n’osais pas faire monter Emmanuel Macron dans mon épave, une Opel Corsa édition spéciale Coupe du monde 98. »

Christophe Borgel l’a félicité le soir de son élection.L’ancien député « parachuté » de la 9e circonscription de Haute-Garonne, numéro 3 du PS et fin connaisseur de la carte électorale, lui, a mordu la poussière, mais son ancien assistant parlementaire, Mickaël Nogal, est devenu avec 51,91 % face à un élu Insoumis, député LREM de la 4e « circo » (celle de la place du Capitole jusqu’aux quartiers du Mirail et Saint-Simon). Sur les affiches de sa propre campagne, le candidat, à côté d’un Emmanuel Macron copié-collé, se trouvait « beaucoup trop grand ». À vingt-six ans, il fait partie de la dizaine de benjamins de moins de trente ans débarquant dans un hémicycle fortement rajeuni par la loi sur le non-cumul des mandats et l’effet Macron. « Le dimanche du second tour, ça a été comme une montagne russe émotionnelle »,décrit-il. L’élu tout frais était en revanche un briscard du Palais Bourbon, lui qui, durant cinq années, avait arpenté le labyrinthe de ce « Poudlard de la République » pour le député Borgel. Seul le rite de la remise de l’écharpe tricolore, qu’il appelle « starter-pack », lui a clairement montré qu’il avait changé de statut : comme tout parlementaire, il s’est vu remettre en plus une cocarde pour sa voiture et ce « symbole méconnu des députés et des sénateurs français, une broche elle-aussi tricolore, surnommée le baromètre ». 

Il s’est vu attribuer le siège n° 548 dans l’hémicycle et le bureau n° 5470/5471, cantonné avec les élus de province dans l’immeuble du 101, rue de l’Université. Un classique : il a utilisé un temps le lit de camp dans le bureau avant de se mettre en co-loc à Paris intra-muros et mesuré tout ce pognon de dingue au mètre carré. Il s’estime bien payé, mais regrette de ne compter que sur un budget restreint pour ses collaborateurs, « c’est quand même un boulot pas facile, ingrat, stressant et précaire, j’essaie de ne jamais l’oublier ». Sa place, il l’a trouvé comme vice-président de la commission des Affaires économiques car « l’économie est au centre de tout », mais se reprend-il devant nous : « Au centre de tout, mais pas le centre, et surtout pas de la politique ». Il est également membre de la délégation aux Droits des femmes. On paierait assez cher pour le voir dans ce groupe parlementaire d’amitié du Venezuela, à côté des chavetistes de LFI qu’il tacla comme « indécents »« Alexis Corbière m’a demandé sur un ton offusqué, voire dégouté, ce que je faisais là, comme si c’était une chasse gardée », explique ce rejeton de parents espagnols, fana du Real Madrid cela va s’en dire, et qui connaît la vie de Podemos et de Ciudadanos sur le bout des doigts. Manuel Valls, au fait  ? Un modèle ? Un contre-exemple ? Un ange passe. 

Son livre se lit exclusivement sur l’appli d’une start-up française : «Avec ce Netflix littéraire, je suis certain que j’atteindrai un peu plus de lecteurs.»

Avant, « Micka » s’est un peu cherché. Au Lycée international Victor-Hugo, l’ado de seize ans a expérimenté la contestation contre le CPE (Contrat première embauche) en 2006. « On a dû bloquer la bretelle d’autoroute de Colomiers avec 200 jeunes », se souvient-il, sourire en coin. De 2010 à 2012, Il a été correspondant, toujours dans ce satellite résidentiel de Toulouse, pour La Dépêche du midi. « J’ai adoré cette période, dit-il, un sourire aux anges. J’ai du écrire un millier d’articles en deux ans. Mon fait d’armes est un reportage sur un surveillant d’un lycée pro menacé d’expulsion, je crois que mon article lui a été utile. Sinon, je me suis retrouvé assez vite sur les sujets économiques.  Être localier, c’est mettre un peu de bonheur dans la vie des gens dont on rend les actes visibles, et puis c’est découvrir la séduction que tentent d’exercer sur vous les pouvoirs politiques et économiques locaux. »  

Il vient de publier son récit 100 % numérique, pardon, son texte conçu comme « une série en 10 épisodes ».  La Séance est ouverte est disponible sur la plateforme de lecture en streaming Rocambole, une appli sur mobile créée par « une start-up française ». « Les livres papier de politiques se vendent la plupart du temps à une cinquantaine d’exemplaires, analyse l’ancien communicant. Avec ce Netflix littéraire, je suis certain que j’atteindrai un peu plus de lecteurs. » Ses droits d’auteur, s’il y en a, seront intégralement versés à l’association Un abri qui sauve des vies, « une association créée pendant le premier confinement, qui œuvre pour mettre à l’abri des femmes victimes de violences conjugales et intrafamiliales ». En une quarantaine de pages, il décrit la vie ordinaire d’un député de base. Où l’on apprend au passage que des Bentos tricolores et des chaussettes marquées « gauche » ou « droite » sont proposés à la boutique de l’Assemblée nationale et que la Buvette a fini par être appréciée par les députés macronistes, elles et eux qui étaient moqués au départ comme des Martiens buveurs de fontaine d’eau d’entreprise, de Coca Diet et mangeurs de quinoa sur le pouce. « Faire partie de la majorité ne présente pas que des avantages. Le fait majoritaire nous dilue aussi, et réduit notre propre temps de parole », explique celui qui a connu le bizutage des « députés godillots ».  

Dans une préface signée Emmanuel Macron, voilà que son parcours politique de jeune député est comparé à ceux de Jaurès et Poincaré. Mais en mieux.

Le livre est bien plus retenu que son auteur. Il esquive aussi quelques mauvaises querelles. Un peu Rubempré, Mickaël Nogal s’est fait accrocher sur des déclarations trop embellissantes. Un truc à l’envers : là où d’autres se tapiraient dans les petites lignes d’un CV, il aurait surgonflé son passage chez Orangina comme responsable des relations institutionnelles. Auparavant, il a fait partie de l’équipe française de l’Exposition universelle à Milan. Il est aussi discret sur son passage à Havas, après avoir rédigé un mémoire pour son master Iscom, intitulé « Le made in France comme levier dans les stratégies de lobbying », sous la direction de Stéphane Fouks, vice-président du même Havas. 
Mais la préface signée Emmanuel Macron le dépeint comme un jeune homme méritocratique – et influent en Macronie : « Il y a quelque chose de la légende dorée républicaine dans le parcours politique de Mickaël Nogal. Député à 26 ans. Comme Poincaré ou Jaurès. Mais Poincaré ou Jaurès ne venaient pas d’un milieu ouvrier, n’étaient pas nés d’un père immigré, n’avaient pas commencé à gagner leur vie à 17 ans. » 

 Dans le livre qu’il veut « intimiste », tout est à peu près en self-control. Il voue une admiration sans bornes à sa mère, une employée de mairie, notamment pour ce qui concerne son chocolat chaud à l’espagnol dont la consistance doit faire tenir un churro droit comme une chandelle. « C’est elle qui m’a donné le goût de la politique et du féminisme », insiste-t-il. Le père est en retrait du récit. « Je ne voulais pas chouiner comme Calimero », explique l’enfant de divorcés. De son père, il retient les origines modestes, le travail commencé jeune et toute une vie invisible d’ouvrier chez Ymeris, dans la fabrique de tuiles de la multinationale française. « Il s’intéresse de nouveau à la politique depuis que je suis élu », remarque celui qui défend depuis toujours le principe de « l’égalité réelle »

Le récit est plutôt sobre sur son travail parlementaire, et c’est dommage. Comme si, paradoxe, cette zone grise de la démocratie qui en est pourtant le cœur, était censée ennuyer le lecteur citoyen, shooté à la théatrologie politique.  C’est pourtant dans ces délibérations, loin du Barnum, qu’il s’est aiguisé. Son premier amendement concernait la réduction de la TVA à 5,5 % pour la location longue durée de fauteuils roulants par les handicapés. Des heures de négociation et d’études pour faire coïncider le droit français avec l’européen. « La loi ELAN du 23 novembre 2018, portant sur l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique, constitue à mes yeux l’un des meilleurs exemples dont je puisse vous parler puisque j’en étais le responsable pour la majorité à l’Assemblée », avance Mickaël Nogal. Et d’expliquer comment il a dû rallier des voix de l’opposition alors que le gouvernement se bouchait le nez pour faire passer un article dont il est le plus fier : « celui qui favorise l’occupation temporaire des logements et des bureaux vacants pour en faire des logements d’urgence pour les plus précaires. » Sur le fond, il explique : « le bâtiment représente en France un quart des émissions de gaz à effet de serre et 45 % de la consommation d’énergie. Alors quand on parle de réduire l’impact sur l’environnement, la rénovation des logements s’avère être un passage obligé. » Fin 2020, il a été nommé à la tête du Conseil national de l’habitat (CNH) pour trois ans. On note qu’il a rajouté à sa panoplie un intérêt pour les questions de sécurité. 

Les Gilets jaunes ? Ceux qui vous disent qu’ils sentaient venir ce mouvement, c’est du pipeau !

À Toulouse, « Monsieur le député » peut évaluer à l’œil nu depuis quatre ans les violences et inégalités de la société. La cité où vécut le terroriste Mohamed Merah, et où prospère le narco-business, fait partie de son territoire. « 80 % des terroristes sont français. Cela nécessite un travail de terrain rigoureux et en profondeur, dit-il en marchant sur des œufs. Depuis 2012 et l’horreur de l’attentat, on voit bien que l’éducation, l’emploi, les investissements dans la sécurité, le logement, les services publics et les mobilités, l’urbanisme repensé sont nécessaires. Et que ça prend du temps. Beaucoup de temps : de nombreux Toulousains ignorent que se trouve ici le magnifique lac de la Reynerie. »
Le quinquennat précédent avait été martelé par la violence islamiste, celui-ci a du aussi encaisser un mouvement social inédit.

« Les Gilets jaunes ? Ceux qui vous disent qu’ils sentaient venir ce mouvement, c’est du pipeau ! Nous avons tous été surpris par le caractère soudain du mouvement. Il y a eu les ronds-points mais très rapidement, ce qui aurait pu être de la politique a relevé de l’ordre public. À Toulouse, la deuxième ville de France à accueillir le plus de manifestations, les policiers et les gendarmes ont été attaqués avec des pierres, mais aussi de l’acide. » Une pandémie mondiale, elle, a consommé la seconde partie du quinquennat, et son impact illisible pour l’instant rend plus incertains les effets et le verdict des urnes à la présidentielle de 2022. En cinq ans, le parti présidentiel semble avoir toujours l’épaisseur d’un ectoplasme. Le député plaide l’indulgence et fait remarquer que « deux partis ont émergé ces dernières années dans le paysage politique, La France Insoumise et En marche » et qu’ils « présentent les mêmes fragilités de croissance ». Pas un mot qui fâche non plus sur celles et ceux qui ont quitté le groupe : « Ça nous fait du bien. Beaucoup d’individualités ont profité de l’occasion en 2017 pour se faire élire, mais beaucoup de ces egos n’ont jamais vraiment participé aux débats qui sont nombreux dans le groupe quoi que on en pense », tranche-t-il. À l’approche de la présidentielle, les députés LREM peuvent participer à la réflexion de ce que le  parti appelle les « causes » qui seront autant de thèmes de campagne.

Son petit livre s’achève comme un « cliffhanger » (personne accrochée à la falaise), le nom d’une technique de suspense chez les scénaristes de séries : Mickaël Nogal repiquera-t-il à sa fonction de député ? « Pas sûr, lâche t-il dans un en-même-temps de sincérité et de rouerie. Je me mettrai la pression en janvier, je réfléchirai avec mes parents, ma compagne et mes amis. Il y a ce qui est gagnable mais aussi ce que j’ai envie de faire. On ne meurt pas parce qu’on n’a pas été élu ou parce que l’on décide de ne pas renouveller un mandat. Mais, d’une façon ou d’une autre, je continuerai à faire de la politique jusqu’à la fin de ma vie. » Comment atterrir ? Délice du vertige.

La séance est ouverte, Mickaël Nogal, avec Jean-Baptiste Bonaventure, 42 p., à télécharger sur la plateforme Rocambole. Paru avril 2021.

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