Influences : n.f.
  1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
  2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
  3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Filtré pour vous : L'actualité politique et intellectuelle

La manif des paumés

Publié le 13 septembre 2021 par

Quand une manifestation montre un peuple sans idées et dans une mauvaise passe politique en impasse.

J’ai regardé sur le vif, grâce à la chaîne de l’ORTF russe RT, la manif’ anti-passe de la rue de Rivoli à Paris. D’ailleurs pourquoi cet anglicisme honteux de gestionnaire « le pass » (fou comme le virus chinois a fait débarquer chez nous un flot d’anglicismes), et non pas the good old French word : la passe… rue Saint-Denis, à la transversale de la rue de Rivoli. Ah, la cartographie parisienne ! Mais ce serait plus sexy non, « la passe » ? Dites : « Moi je suis contre la passe sanitaire ! » Réponse : « Puceau, mal baisée ». Et j’en passe. Mais le gender neutral « pass » semble ne pas passer.

Bref j’ai regardé durant plus d’une heure cette manif’ entre l’angle de la rue à portée de l’église de Saint-Germain l’Auxerrois , dont le tocsin donna le signal du massacre de la Saint-Barthélemy en août 1572, pour éliminer les réfractaires huguenots à la passe catholique, et le Palais dit Royal, (un temps Palais Égalité) d’où partit un appel à l’insurrection le 12 juillet 1789 – lieu de théâtre, d’intrigues politiques, de prostitution et de racolage en tout genre. Et donc désormais le siège de trois hautes instances judiciaires de la république.

Je me disais : tout de même les lieux et le parcours sont bien choisis. La cartographie est parlante. Elle devrait susciter une réflexion. Elle devrait faire penser, elle devrait inspirer : depuis le temps qu’on endoctrine le bon peuple avec le devoir de mémoire et les lieux de mémoire, eh bien, là, entre  le lieu de l’appel au massacre de ceux qui refusaient la vaccination catholique (dite « conversion », comme on dit « variant ») et le lieu d’où partit l’appel à l’insurrection qui aboutit au 14 juillet, il y a de quoi faire, ou au moins de quoi dire. Eh bien non, ce fut une manif’ analphabète et amnésique. Trois exemples de cette déchéance de la parole populaire politique, tonitruante et inefficace.

Ce n’est pas du Victor Hugo. La foule est nue.

Un manifestant, rue Saint Honoré, devant un café dont la terrasse était ouverte – une manif’ donne soif, et le bougnat encaisse car les touristes sont au spectacle – se fait traîner par la  police. Une femme en tignasse hurle : « Il a rien fait ! ». Que fait-elle ? Rien. Non, elle prend une photo. Bref elle aussi « elle a rien fait ». En 1789 son aïeule aurait embroché un garde suisse.

Soudain, le refrain de La Marseillaise : «  Marchons ! Marchons ! ». Et ? Et la foule qui gueule reste immobile, à se prendre en cliché. La foule sait-elle ce que Victor Hugo fait d’une foule parisienne en révolte, au moins dans un téléfilm (car, lire du Victor Hugo…) ? Tu parles … Alors « marchons », sur place.

À un autre moment de cette lutte épique, on scande « Nous on est là ». Eh oui, si vous êtes là c’est que vous n’êtes pas ici. Mais les princes gestionnaires qui vous gouvernent sont bien « là », eux, dans leurs quartiers à vous regarder vous contredire, et à rire aux éclats. C’est « ici » que vous devriez être, et le dire, et tenir ferme. Tenir la rue.

Et puis le clou du spectacle, une banderole collée sur un de ces palais volés par la Révolution aux anciens prétendus tyrans qui eux avaient plus de respect pour « leur peuple » que les dirigeants de la république : les rois s’appuyaient sur le peuple contre la teigne de la noblesse et de la bourgeoisie – les ancêtres des rentiers de la finance et des gestionnaires hyperqualifiés qui aujourd’hui vous gouvernent, qui retournèrent le peuple contre le seul rempart à leur avidité de pouvoir, le roi. Et ce fut 1789. Donc la banderole, noir sur blanc, comme le drapeau des Talibans. Ah, me dis-je, enfin du massif, du décisif, du hard power populaire : « Dictature ! ». Et quoi ? Eh bien, rien. On hisse une banderole et, je l’ai vu, on bouffe un jambon-beurre.

Tout à côté on trouve l’ancienne salle de sport, maintenant un musée (la muséomanie tue la politique !), où contre la tyrannie (on ne disait pas en 1789 « dictature », qui gardait encore sa noblesse romaine), le peuple par ses délégués prêta le Serment du Jeu de Paume, le 20 juin 1789. Serment fondateur de la notion moderne de « peuple français ». Eh bien, croyez-vous que cette foule politiquement analphabète se rendait compte que le lieu parlait, que ce lieu sublime en appelait à elle, que les voix de la Révolution, sorties des tombeaux, leur criaient : « Soyez dignes de nous, redevenez le peuple, soyez le peuple ! ».

Bien sûr que non.

Ce n’est plus le serment du Jeu de Paume, mais les slogans des paumés.

Ce peuple actuel est nu de mots. Pour visualiser cette nudité de mots, cette nudité politique, cette nudité  physique il suffit de regarder : les forces de police sont caparaçonnées comme des soldats de Star Wars et les armées fantastiques du Seigneur des Anneaux, des armures d’insectes noirs, et la foule est en shorts et tricots, en sandales et casquette, comme à la plage. La foule ne fait pas le poids : elle est nue.

Nue de mots, nue d’idées, nue de corps. Pour le moment.

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