Influences : n.f.
  1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
  2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
  3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

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Astérix manque de jus

Publié le 23 octobre 2021 par

Vite ! Réchauffez la potion magique ! Astérix et le griffon, l’album le plus raté depuis longtemps.


Avec un tel personnage monstrueux, le lecteur est toujours pris dans les filets de la corruption sentimentale et de la lecture automatique : on pardonne beaucoup de choses d’entrée de jeu. Mais cette fois la magie est congelée. Autant divulgâcher, Astérix et le griffon est un rendez-vous à peu près raté, et même une figure imposée du ratage dans ce 39e album où l’on glisse beaucoup. Les expérimentés Ferri et Conrad ont cette fois manqué de jus, à l’instar du petit Gaulois éternel privé lui aussi de sa potion magique – ce qui était une réjouissante digression avant de tourner au vinaigre de lecture. Certes, reprendre un mythe, ne pas se laisser intimider et le renouveler tient de la prouesse. Et les deux ont réussi quelques travaux d’Hercule.

Cela part pourtant bien. En s’intéressant aux limes de l’Empire, ce vaste Barbaricum inconnu des Romains, on a envie de suivre tout ce petit monde et on jubile de cette Terra incognita imaginé par les deux lascars. Pour relancer sa popularité, Jules César a envoyé en commando dans cet au-delà, son géographe houellebecquien Terrinconus, un chasseur de chimères et gladiateur combattant les animaux sauvages, Jolicursus, et un petit troupeau de Romains. Leur mission est de capturer le Griffon, une créature mythique vivant au milieu des glaces. Leur guide est une prisonnière de ces contrées, une barbare amazone nommée Kalachnikovna. La troïka Astérix, Obélix, Panoramix et Idéfix est devancière dans le grand blanc. C’est que notre druide national a été alerté par son ami et collègue, le chaman Cékankondine par voie psychique, un rêve inquiétant. Les Gaulois se retrouvent chez les Sarmates, où ce sont les femmes puissantes qui font la guerre, et les hommes la vie domestique. Cela dure le temps de quatre planches.

Conrad, pourtant au meilleur de sa forme graphique, ne parvient pas à réchauffer une histoire qui trépigne sur place.

Très rapidement, ça se grippe et coronavirusse. Les faiblesses du scénario s’exposent. Mécanique, mal ficelé, mal rythmé, il ne parvient pas à se développer. Les personnages s’ankylosent. Astérix est cryogénisé. Obélix se fait tout petit. Panoramix est grippé. Idéfix passe son temps hors-cadre, à courir avec une meute de loups, comme s’il pressentait la difficulté de trouver sa place dans ce récit. Des personnages intéressants sont à l’étroit et finissent en avortons psychologiques. Conrad, pourtant au meilleur de sa forme graphique, ne parvient pas à réchauffer une histoire qui trépigne sur-place. Certes, il y a de belles images isolées, des cadrages audacieux et des chevaux expressifs mais dans un ensemble saturé, et comme l’a édicté la charte industrielle de la série, son lot de jeux de mots et d’éléments de la vie moderne. Au bout de trois vannes sur les Scythes et Amazone, on se lasse. Et à la fin, le lecteur perd pied sur l’histoire aussi fragile que la glace. Et Boredom is coming.

Astérix et le griffon, Perri et Conrad, Les Éditions Albert-René, 48 p., 9,90€.

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