Influences : n.f.
  1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
  2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
  3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

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Présidentielle 2022 : Un océan d’oublis

Publié le 27 octobre 2021 par

PAR Philippe Metzger, ancien officier de marine, économiste et spécialiste des énergies maritimes.

L’innovation maritime se voit attribuer un milliard d’euros dans le cadre du programme d’investissements France 2030. Un milliard pour explorer  les fonds marins. Ainsi en a décidé l’État. Fermez le ban. Mais force est de constater que l’économie maritime, représentant pourtant plus de 4% du PIB, est finalement la grande oubliée de ce plan. La toute dernière frontière demeure un vaste océan d’oublis et d’impensés politiques. Pourquoi, par exemple dans ce même plan, focaliser les travaux sur le véhicule routier ou l’avion autonomes, en ignorant superbement la nécessité de travailler sur le navire, tant pour les phases de transit que pour les stations à quai ?  L’IA envahit elle aussi l’espace maritime, la France risque de se retrouver à la remorque de bien d’autres pays en matière de navigation autonome.

Autre exemple édifiant : dans son allocution, le président de la République évoque le bio-mimétisme. Dans ce domaine, de nombreuses initiatives ont déjà vu le jour, comme par exemple une peinture de coque reproduisant les qualités de glisse dans l’eau de la peau des delphinidés, ce qui permet la diminution sensible des frottements et une réduction de près de 10% de la consommation en énergie de propulsion d’un navire. Le gisement et l’inspiration biomimétique de la mer sont considérables, et largement reconnus. Mais avant de se lancer dans une recherche sur des applications issues du milieu océanique, encore faudrait-il le connaître. Aujourd’hui, seuls 10% de la biodiversité marine sont connus. Chaque jour, de nouvelles espèces sont découvertes, et les millions qu’il reste à identifier mobilisent les chercheurs du monde entier. Alors que la conquête spatiale connaît un nouvel essor grâce aux initiatives privées, alors que des milliards de dollars sont investis, voire engloutis, dans une course qui parfois même semble s’emballer pour maîtriser le voyage intersidéral, la mer qui occupe 70% de la surface du globe est totalement absente de l’imaginaire français du progrès. Nous rêvons de Mars sans posséder le savoir minimum relatif à notre planète.

Pour l’instant, cet espace est un confetti de puissance politique

À bien y regarder, le programme France 2030 recèle un potentiel de développement colossal pour le maritime, sans qu’il ne soit jamais cité ni envisagé. Energies, transport, alimentation, santé, industrie, hydrogène, tous ces secteurs pourraient intégrer un volet maritime. Cette transversalité en filigrane pourrait à elle seule porter tout un programme. Développement des énergies marines renouvelables, production d’hydrogène à partir de ces moyens de fabrication, transformation de la propulsion thermique des navires, aquaculture au profit de la pharmacologie et de l’alimentation, ou encore processus industriels de nos chantiers navals allant vers un respect total de l’environnement, la liste est longue. Si des innovations ont vu le jour récemment, il reste des domaines où la recherche doit être vigoureusement orientée par la puissance publique comme le moteur à supraconduction ou les piles à combustible de haute puissance.

Dans l’exploration sous-marine, l’exploitation des terres rares a aussi été indiquée par le président. Il est tentant pour le deuxième espace maritime mondial de s’intéresser aux ressources que contiennent nos eaux. Mais ne serait-il pas plus pertinent d’innover en matière de pêche pour accéder à des méthodes respectueuses des espèces et des fonds ? D’autant qu’un tel travail pourrait être appliqué aux pays producteurs (rappelons que la France importe 70% de sa consommation halieutique) qui ratissent et raclent sans vergogne un milieu fragile.

Pour l’instant, cet espace est un confetti de puissance politique. Nous n’avons pas les moyens de son contrôle, car notre marine n’est pas adaptée à la surveillance de 11 millions de Km2. Si l’on veut une «maritimité» digne de son rang, il conviendrait d’instruire une approche globale et d’inclure l’ensemble des actions et des potentiels écologiques dans une notion large de puissance environnementale. Avec cette vision politique, tous les échanges commerciaux, la mobilité, l’économie et la défense seraient évalués à l’aune du respect de l’environnement et des travaux engagés pour parvenir à une réponse acceptable. La capacité à éradiquer les émissions polluantes de toute nature pourrait constituer le critère de base. La France possède les atouts pour être le fondateur ambitieux de ce nouveau concept.

Alors explorons les fonds marins, tout en gardant à l’esprit que la mer concerne une pensée incluant les secteurs économiques, sociaux et stratégiques. Surtout, arrêtons d’oublier que « navire » est l’anagramme d’« avenir ».

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