Guillaume Duval : « Un festival des idées pour permettre à la gauche de penser et de se reparler »

Le 5 juillet 2019, par Emmanuel Lemieux

Le journaliste cofondateur d’Alternatives économiques estime que les thèmes de l’écologie et de la justice sociale et territoriale vont émerger des rencontres de la Charité-sur-Loire ce week-end.

#Politique

Débats. Le premier « Festival des idées » à la Charité-sur-Loire (Nièvre) tout ce week-end du 5-7 juillet ? Plutôt le Game of thrones de la gauche ! Qui va influencer et impressionner parmi les intervenants du PS et du PC, de la France insoumise et des nouvelles stars politiques que sont les Verts – sans oublier leurs intellectuels compagnons et leurs journalistes organiques ?
Organisée par Christian Paul, ex-député des lieux (et circo historique de François Mitterrand), mais aussi Secrétaire d’État à l’Outre-mer sous Jospin, chargé déjà du labo des idées au PS et chef chaotique des députés frondeurs, et Guillaume Duval, co-fondateur d’Alternatives économiques, cette réunion politico-intellectuelle d’une gauche en miettes depuis 2017, est présentée comme un petit événement. Sur le papier et l’affiche, le programme a belle allure. « Ce festival est différent aussi parce que nous croyons à ces moments généreux où chacun prend la parole et trouve sa place, où l’écoute des autres permet de penser mieux. Trois jours pour faire émerger des initiatives, des forces nouvelles, un imaginaire qui mobilise. Quarante débats intenses, un programme passionnant, pour partager des idées et leur mode d’emploi, pour brasser du concret et des rêves !  » annoncent les programmateurs. La colère fluorescente de novembre-décembre a contribué à mettre plus nettement à l’agenda, le monde rural et le mouvement des Gilets jaunes Mais on gambergera aussi sur l’importance de la nation, les coopérations économiques, les identités modernes, les effets du communautarisme islamiste, la nécessité d’une nouvelle protection sociale, les impacts de l’intelligence artificielle et de la robotisation, ou encore la diversité des inégalités… Le contenu et la forme des « débats inversés », des « cartes blanches », des « utopies concrètes », des show cases d’idées chez l’habitant ont été imaginés suite à « l’appel » d’une cinquantaine d’intellectuelles et d’intellectuels en février dernier. Le titre de cette première est « Faire tomber les murs (du titre éponyme de l’essai d’Agathe Cagé, l’ex-collaboratrice de la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem qui l’a publiée dans sa collection chez Fayard, et qui intervient elle dans le débat sur l’égalité scolaire) pour mieux « mieux inventer de nouveaux horizons ».

« Avec François Hollande, je crois que nous avons atteint des sommets, ceux de l’énarchie social-libérale qui a dominé tout le PS. »

Guillaume Duval : " Des idées et des débats pour se sortir de cette déprime collective assez profonde".

Même si Guillaume Duval s’octroie un verre de Montirius Vacqueyras mineral 2017 lors de l’entretien, on croit comprendre que la préparation du « Festival » a été ardue et diplomatique. « Des idées, il y en a. Mais avant de penser tous ensemble, il faut surtout se parler, ce qui est l’objectif premier  » nous résumait t-il la veille de la manifestation. Il n’a eu de cesse tous ces mois, de nouer de petits fils entre les différentes parties. Le journaliste a le flegme du démineur et la diplomatie du Casque bleu. Éditorialiste et essayiste, mais aussi membre du CESE à la commission Environnement, président du Collectif sur l’étiquette, il sait parler les langues politiques et associatives et concilier des logiques différentes – sans oublier les ego surdimensionnés. « Toutes ces dernières années, j’ai assisté comme beaucoup, à l’échec cuisant de ce qui m’avait motivé depuis ma jeunesse, confie l’ancien militant du courant Ceres (Chevènement) des années 1970. Avec François Hollande, je crois que nous avons atteint des sommets, ceux de l’énarchie social-libéral qui a dominé tout le PS. Il nous faut des idées et des débats pour se sortir d’une déprime collective assez profonde.  » Guillaume Duval, lui, pronostique l’émergence de thèmes d’idées comme « la fusion écologie et justice sociale », « la question des inégalités territoriales  » et « l’intégration européenne comme levier de progrès ».

Un manifeste et des ateliers de réflexion pour la suite

Le 8 juillet et toutes les semaines à venir, que restera t-il dudit Festival ? Pour Guillaume Duval, ce rendez-vous sera réussi s’il enclenche une dynamique. « Nous ne souhaitons pas rajouter une boutique de plus dans le paysage déjà encombré des petits clubs de réflexion, mais faire un événement qui donne envie de refonder un corpus d’idées, de retrouver une sensibilité commune, d’aborder courageusement et politiquement des thèmes délaissés ou esquivés par la gauche.  » La clôture du Festival pourrait s’achever par un manifeste, et surtout par un groupe WhatsApp prêt à travailler durablement en ateliers de réflexions, des thèmes, mais aussi et peut être surtout, leurs conditions de réussite politique.

Au fait, si la gauche politique subit une grave défiance, à quoi sert le pouvoir intellectuel autoproclamé de gauche ? Un rire, un soupir : « Il faudrait en effet que l’on se pose et qu’on leur pose sérieusement la question. » Au prochain Festival.




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