Le sociologue Bernard Lahire ouvre sa banque des rêves

Le 14 avril 2020, par Emmanuel Lemieux

Pour en savoir plus sur les soucis, les préoccupations et les obsessions des rêveurs confinés.

Une façon d’appréhender l’impact d’un confinement collectif face à une menace invisible comme un virus est, peut-être, d’analyser les rêves des unes et des autres. C’est tout le pari sociologique de Bernard Lahire, professeur à l’ENS-Lyon et directeur de l’équipe « Dispositions, pouvoirs, cultures, socialisations » du Centre Max-Weber (CNRS), auteur d’une Interprétation sociologique des rêves (La Découverte). Il estime que sa discipline a beaucoup de choses à préciser que la psychanalyse ne sait pas faire. Il invite donc tout citoyen confiné à lui faire récit de ses rêves. L’événement inédit lui permettra de mesurer les effets produits sur les rêveurs.

Que souhaitez-vous approfondir dans votre sociologie des rêves ?

BERNARD LAHIRE : Le premier tome de ma sociologie des rêves, paru en 2018, a permis d’expliciter le cadre théorique d’une nouvelle science des rêves qui intègre certains apports essentiels de la psychanalyse mais corrige aussi toutes ses erreurs, erreurs que plus de cent ans de travaux scientifiques sur le rêve (en psychologie cognitive, en psychiatrie, en linguistique, mais aussi en sciences sociales) ont pu déceler.
Il serait fastidieux de les résumer en quelques mots mais disons que la théorie freudienne de la censure, censée expliquée toutes les bizarreries du rêve, ne résiste pas à l’examen et c’est le concept de « communication de soi à soi » qui rend raison du fort degré d’implicite des productions oniriques.
Les images du rêve fonctionnent à l’économie et chaque image condense beaucoup d’expériences ou les présuppose. C’est ce qui explique l’étrangeté de beaucoup de rêves. Loin d’être un espace marqué par la censure, le rêve exprime très directement des choses qui sont tues dans la vie éveillée. C’est pour cela que l’étude du rêve est importante. Elle donne accès à une certaine vérité du sujet rêvant qui fait travailler chaque nuit ses préoccupations les plus fortes dans l’existence. La sociologie des rêves est un sociologie des préoccupations ou des soucis, des obsessions parfois, qui « travaillent » les rêveurs et rêveuses.

On sait que les rêves post-traumatiques posent une loupe sur nos existences

L’événement de la pandémie modifie t-il votre projet ?

Quand la pandémie a commencé en Chine je terminais l’écriture du second tome de L’Interprétation des rêves qui devrait paraître en janvier 2021 aux Éditions la Découverte. L’ouvrage a été remis à l’éditeur deux semaines avant le début du confinement. Donc pour le moment rien n’a modifié mon programme de recherche. Il existe d’ailleurs de nombreux travaux sur les rêves en périodes de guerre, ou sur des rêves post-traumatiques, auxquels je faisais référence dans mon premier livre. La situation actuelle est inédite pour des Français vivant au XXIe siècle, mais elle n’est pas inédite dans l’histoire de l’humanité. Et d’autres situations traumatisantes ou perturbantes ont été étudiées par le passé. Mais en revanche, je me suis dit qu’il était opportun de recueillir des récits de rêve faits dans la période de confinement car une telle situation de peur d’un ennemi invisible, de perte de liberté, de perte de contact physique avec autrui, d’enfermement domestique, d’incertitude sur la fin de la période de confinement (strict ou allégé), tout cela produit des effets sur les individus rêvants. Et cela réveille en chacune et chacun d’entre nous des peurs, angoisses ou traumatismes passés. On sait que les rêves post-traumatiques posent une loupe sur nos existence. Ils révèlent par leur intensité plus nettement les problèmes existentiels.

On peut donc « déposer » ses rêves à votre adresse mail, c’est bien ça ?

C’est ça. Les personnes intéressées sont invitées à m’envoyer à mon adresse professionnelle (bernard.lahire@ens-lyon.fr), leurs rêves de confinement, même quand ils ne semblent pas « parler » directement du confinement ou de la pandémie Je précise aussi que je ne peux rien faire des rêves sans leur mise en rapport avec des éléments biographiques concernant la personne qui rêve, et sans précisions faites sur différents aspects de leurs rêves. Cela suppose un certain nombre d’échanges avec les personnes dépositaires de leurs rêves. Les banques de rêve brutes, sans données sur les sujets rêvant, ne servent malheureusement quasiment à rien.
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Par Amar Lakhdarle 18 juin 2020

M Lahire nous aura éclairé sur une possible approche sociologique du rêve. Par une voie différente je le rejoints en ses conclusions puisque je pose - depuis 2 -3 dizaines d’années - que :

Volontiers normatif et moralisateur (bigre !) le rêve est un possible régulateur social mais un sournois désenchantement en plombe l’étude

Le philosophe qui se risque à peser l’infime et à penser bien tranché sur tout : la Vie, l’Amour, la Mort, Etc. s’est-il jamais résolument penché sur la compréhension des rêves ? Non, catégoriquement non, si ce ne sont deux trois annotations puériles clairsemées au fil des siècles.

Les scientifiques quant à eux se réfugient derrière leurs appareils à proscrire tout commentaire oiseux et leur sagacité se cantonne précautionneusement aux données solides . . . que le temps effritera bientôt. De cette esquive nul n’a conscience ; les scientifiques, comme il est de rigueur (pourtant absente ici), allant jusqu’à se faire fort de leurs limites. Jouvet qui fait pourtant grand cas de son « onirothèque personnelle » de 6800 rêves me balance ne pas s’intéresser à l’aspect subjectif des rêves.

Protection que tout cela. Réflexe sans réflexion.

Il leur échappe un premier point, celui de l’intérêt de dissocier un rêve somme toute physiologique s’inscrivant dans les cycles de sommeil et dont on ne peut dire grand-chose hors spéculation, d’un rêve laissant une trace mnésique. On peut risquer un parallèle entre la santé qui est la paix des organes et le silence des fonctions et ce sommeil physiologique. Nos paupières clignent, notre digestion se fait, notre respiration ventile, notre cœur bat, survient une tension quelconque, physique ou psychologique, et ces fonctions s’adaptant, ou s’adaptant mal, en seront affectées et pourront même devenir conscientes. Il en va de même pour le rêve dont on garde une trace mnésique, et c’est enfantin à prouver chez une certaine catégorie de personnes (ex fumeurs). Sans qu’il soit besoin d’y mêler la symbolique, tant c’est à lecture directe. On a un souvenir de rêve lorsqu’il y a tension, majoritairement de notre fait.

Ceci vaut pour une première approche, qui mènera à se rendre compte que le rêve est un EXIGEANT ami. A l’instant me vient cette formule Dis-moi quoi te hante, je te dirai ce que tu devrais être.

Afin de les traduire j’introduis la notion de balise, j’attribue un rôle clair à l’enfant qui apparaît dans le rêve, je distingue les rêves faussement sexuels des rêves qui le sont réellement, j’affirme que la négation existe dans les rêves, que ceux-ci n’ont quasi rien à voir avec l’inconscient - point de voie royale mais au contraire une voie démocratique vers les autres.

De fait l’homme est ORTHONIRIQUE.

Songe, mensonge, méprise
Mon intérêt pour la compréhension des rêves s’étale sur pratiquement 30 années et m’a amené à croiser ce que l’histoire, dont l’actualité, en a parfois sauvegardé – à l’état brut. Mon approche, fatalement critique du fait de mon savoir, a voulu que je révise (mais s’il vous plaît ne parlons pas mécaniquement de révisionnisme) ces contenus oniriques ou passant pour tels. Descartes, Freud ou Primo Levi me sont apparus comme sujets à caution, je justifie cela sur ce petit site.
Pour ce qui est de Primo Levi il n’est même pas question d’interprétation mais de simple comparaison, de mise en perspective selon la formule à la mode. . .
Mon site WEB CLICK

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