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Nudge d’État

Publié le 11 octobre 2021 par

L’idée : Masques, déplacements, vaccins… La pandémie a été l’occasion de réaliser des expériences grandeur nature de persuasion publique. La journaliste Audrey Chabal a enquêté sur ces petits stratèges de l’incitation de masse.


#SUR-LA-PILE

Depuis une dizaine d’années, le « nudge » constitue un outil politique de persuasion. « Coup de pouce » ou littéralement petit « coup de coude » gentiment assené dans les côtes de son interlocuteur, cette théorie forgée dans les sciences comportementalistes, par Cass Sunstein et Richard Thaler, participe du management des opinions. L’État français s’y est mis lui-aussi et a créé sa ronflante Nudge Unit. Au pays de Courteline, le « département des sciences comportementales » est rattaché à la DITT (Direction interministérielle de la transformation territoriale).

La journaliste Audrey Chabal explique dans son petit livre d’enquête quelques secrets de fabrication en temps de Covid. Le gouvernement s’est ainsi appuyé sur les services de l’agence BVA et ses experts en nudge pour communiquer sur l’utilisation du gel hydroalcoolique et des masques « grand public », concevoir les pictogrammes les plus clairs possibles concernant les distanciations sociales, ou encore chercher arguments et biais pour accepter les dérogations de déplacement et aujourd’hui se faire vacciner. Le nudge se veut vecteur d’incitation douce, censée être efficace auprès des populations d’individualistes toujours plus réticentes à ce qui vient d’en haut ou s’avère contraignant.

Un nudge peut cacher un sludge

Mais comment nudger le nudge ? L’enquêtrice pointe en effet une faiblesse du nudge, sa brève durabilité. Tous ces messages et leur framing (encadrement en psychologie) ont toujours besoin d’être réactivés. À l’instar des rumeurs, ce sont plutôt les mauvais génies qui auraient la vie dure : un nudge peut cacher un sludge (boue), un message malveillant et très boueux. Mais des nudgeurs théorisent déjà sur le nudge Plus : une sorte de message à double effet, après le message premier, un second se déploierait avec l’objectif de le conforter. Testé par son administration, sous le premier mandat de Barak Obama, le nudge ou « paternalisme libertaire », comme le pointe ses détracteurs, n’est pas une panacée. Si on est bien loin du complotisme d’un État malfaisant, Audrey Chabal souligne une question de philosophie politique, elle, plus profonde et qui donne une allure moins légère à son enquête : avec le «nudge» justement, où passe la politique et son biotope ennuyeux de délibérations et de contre-pouvoirs ?

Souriez, vous êtes nudgé. Comment le marketing infiltre l’État, Audrey Chabal, Éditions du Faubourg, 207 p., 18 €. Paru mars 2021.


Sur notre site : lire un article de référence, « Comment la théorie du coup de coude a pris un méchant coup de pied », Rémi Sussan, mis en ligne le 21 octobre 2012.

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