Jean-François Marmion docteur ès connerie

Le 14 décembre 2019

4/13. PSYCHOLOGIE DE LA CONNERIE (SCIENCES HUMAINES).
Essais, documents, non fiction : nos 13 prix Idées Les Influences 2019.

PSYCHOLOGIE Incroyablement plastique, très créative, et toujours aussi largement mystérieuse, la connerie est à la hausse dans les sujets d’étude. Une rimbambelle d’essais philosophiques ou neuroscientifiques a particulièrement marqué l’édition en 2019 (Lire revue Idées n°5, disponible en librairie), mais celui qui sort haut la main son épingle du jeu est un document, Psychologie de la connerie. Sous la direction du journaliste Jean-François Marmion, le livre est à la fois un recueil des meilleurs entretiens sur le sujet avec le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, le neuroscientifique Antonio Damasio, l’économiste comportementaliste Dan Ariely ou encore l’ethnopsychiatre Tobie Nathan, et un beau grain à moudre sur la ou plutôt les conneries.
Le Nobel d’économie et psychologue Daniel Kahneman explique la connerie par notre système de raisonnement à deux vitesses, Système 1/Système 2. Le deuxième est un mode de raisonnement précis mais lent, tandis que le premier est notre pilotage automatique qui nous permet de décider rapidement de nos actions sur tous les sujets. Mais d’augmenter les risques. Vigilance : notre rationalité est limitée, prévient et théorise un autre Nobel d’économie, Herbert Simon.

Les cons les plus dangereux : le connard et l’intelligent sans affect

Sujet d’étonnement, et d’amusement parfois, la connerie peut aussi au 21e siècle conduire à des dystopies catastrophiques. Le règne des réseaux dit sociaux a boosté la connerie a gros débit : les algorithmes renforcent l’entre soi, et par conséquent l’abrutissement consenti. Internet est une industrie du bullshit, de la foutaise de masse. Dans ce cas, l’un des contributeurs, le philosophe Pascal Engel - qui a dressé une intéressante typologie des cons-, remarque : « La foutaise est à la fois bête parce qu’elle est hors de contrôle, et habile parce qu’elle se trouve au service de stratégies politiques et de propagande  ». Sur l’échelle de la connerie, le plus toxique et le connard ou la connasse. Mais le pire est la connerie la plus insidieuse : être gouverné par des personnes à la « bêtise sophistiquée », selon l’expression de l’écrivain Robert Musil. C’est-à-dire une intelligence qui n’est pas raccord avec ses affects.

Psychologie de la connerie, Jean-François Marmion (dir.), Éd. Sciences humaines, 378 p., 18 €.

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